‹ ŒuvresChapitre 27 sur 30 · UN ADOLESCENT · texte numérisé non relu

UN ADOLESCENT

Dans le champ paternel que Tllissus arrose ,

Lorsque je yis Myrto , cueillant le laurier-rose ,

L*amour ne chantait pas encore dans son cœur ;

Elle me désolait avec son air moqueur ;

Près d'elle sans rougir m'attirait sur les gerbes ;

Quand elle avait couru tout le soir dans les herbes

£t trouvé quelque nid , rien ne lui manquait plus ;

Elle avait cependant ses quinze ans révolus ,

Et sans qu'une étincelle allât jusqu'à son âme ,

L'enfant , elle jouait sous mes regards de flamme !

J'immolai deux chevreaux dans le temple d'Éros,

Et le Dieu réveilla ce marbre de Paros.

Myrto m'avait quitté pour le Thébàin Évandre , Ni larmes ni présents n'obtenaient un mot tendre ; Ses yeux, muets pour moi, parlaient à l'étranger ; Quel caprice ou quel philtre avait pu la changer? Et moi , de son erreur pour la guérir plus vite, J'apporte une colombe à l'autel d'Aphrodite , Et le soir Myrto vient s'offrir à mes baisers, En tremblant à son tour de les voir refusés.

Si l'arc d'Éros se brise, et si tu meurs, Déesse, Si tune prêtes plus aux femmes de la Grèce Ta magique ceinture et lui son carquois d'or, Quel charme le printemps nous garde-t-il encor ? Quel Dieu fera chanter les nids sous les charmilles Et mettra le désir au cœur des jeunes filles.

£t comment éclôront sur dh sol attristé

Les deux célestes fleurs, l'amour et la beauté?

Meure l'Olympe entier si nous sauvons les roses I Les vieillards pleureront les Dieux vieux et moroses , Moi, j'avais froid au cœur devant ces rois grondants ; Ab ! prenne qui voudra leur foudre et leurs tridents ! Mais , ô vertes Paies, ô Muses , ô Cbarites, Prêtresses aux doux yeux dont nous suivons les rites , Nympbes au cbant liquide , ô reines des forêts Qui des amants beureux protégez les secrets, Cypris au sein de neige , à l'baleine de flamme , Éros , ô bel arcber si doux à percer l'àme , O vous par qui l'on aime , ô cbœur mélodieux , Ne survivrez- vous pas à cette mort des Dieux?

LE CHOEUR

« Homme, si, las d'amour, la soif da vrai t*altère, » Bois à la même source où s'abreuva ton père ; » N'y creuse pas le sable eu cherchant d'où vient l'eau » Pour que le flot abonde et jaillisse en ruisseau : » L'onde se troublerait, et sous ta main déçue » Peut-être en la sondant tu fermerais l'issue. «

Nos vieillards nous l'ont dit, et nous avons ri d'eux ! Et te voilà tarie , ô source des aïeux !

Insensés qui fouillez les racines des roses » Respirez le parfum sans nul souci des causes ! Quand vous aurez le?é tous les voiles sacrés Des flancs de la nature avec art déchirés , Quand vos doigts toucheront les. germes de la vie > Que du ventre au tombeau votre œil Taura suivie , Que le monde en débris vous aura laissé voir Les intimes ressorts qui le faisaient mouvoir, Quand ton œuvre d'orgueil enûn sera complète » Que nous restera-t-il, ô science? un squelette!

Nous avions une mère et nous buvions son lait , Une mère au front pur et dont Tœil nous parlait ; Par de molles chansons pleines de rêveries , Elle nous endormait sur sa robe fleurie ;

Des corbeilles de fruits étaient sor ses genoux , Nos frères les oiseaux partageaient avec nous ; Elle ayait le secret d'être féconde et belle Et de rester la même étant toujours nouTelle; Idais l'orgueil et Tennui nous prirent sur ses bras , — O Nature! pardonne à tes enfants ingrats. — Nous avons immolé , sans crainte , sans mémoire , Au tourment de chercher le doux repos de croire; Le chant intérieur en nous n'a plus chanté Et nous ne t'avons plus, sainte naïveté !

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