UNE VOIX
La terre est conviée à des fêtes prochaines;
L'ombre antique s'efface , et i'esprif rompt ses chaînes.
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Hommes , ne [dem*on8 pas sur nos Dieux qoi sont morts ; Saluons leur sépulcre, et partons sans remords !
^Âux vieux troncs consumés par le temps et la foudre Succède un bois plus vert engraissé de leur poudre ; La forêt d'âge en âge a des jets plus puissants , £t nous pourrons à l'ombre y reposer mille ans. Jamais le ciel n'est vide, et les races divines En fécondent le sol sous leurs saintes ruines : Leur grande âme s'épure au fond de ces tombeaux :
^'autres Dieux vous naîtront plus jeunes et plus beaux !
Quand le voile est tombé jusqu'aux pieds de l'amante. Tandis qu'elle résiste en sa pudeur charmante , L'amant regrette-t-il , en voyait ses beautés , Les fleurs , la pourpi^ et l'or de son sein écartés ? •
Homme, la blanche vierge à tes mains interdite, Que tu dois pressentir sous le voile du mythe , La douce Vérité , cédant à ton amour, Arrache de son corps un voile chaque jour ; Chaque jour elle veut qu'on voie ou qu'on devine. Quelques grâces de plus dans sa forme divine ; C'est ton amante encor sous des habits nouveaux : Au lieu de la Déesse aimais-tu ces lambeaux?
Laisse, artiste sacré, crouler tes vieux modèles,
Sans détacher ta main de tes marbres fidèles ;
Quand nul Dieu ne s'impose à ton libre ciseau ,
Écoute ta pensée et cherche l'art nouveau.
Si la blanche Aphrodite a déserté les grèves ,
Contemple les beautés qui peuplèrent tes rêves ,
Vers roiyinpe désert ne tounie plus les yeux.
Regarde dans ton cœur, c'est là qiie sont les Dieux I
Cueille les fleurs et For pour vêtir ces idoles,
De cent rayons épars tresse leurs auréoles;
GlSine , ô puissant frelon, par tout notre univers,
La forme et la couleur, trésors toujours ouverts ;
Mêle dans le creuset , pour ton œuvre hardie,
Le réel au possiUe; imagine, étudie;
Vois les taureaux bondir; vois danser sur les prés
Les filles aux doux yeux; dans les couchants dorés ,
Vois saillir des grands monts les arêtes chenues.
Et la pourpre échancrer le noir profil des nues;
Vois l'aube nuancer la mer de mille tons ;
Le lotus découper ses fleurs hors deslioutons.
Les nids s'entrelacer sur le chêne difforme ;
Vois comment le grand tout se sculpte et se transforme ;
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Mêle , quand tu pétris l*ai^e entre tes mains ,
Des gouttes d'eao du ciel à quelques pleurs humains,
Prends un peu de ton âme , un peu de la nature ,
Aux baisers du soleil expose la figure ;
Dès que luira son fron^ doré par leurs reflets ,
Ébauché dans ton cœur , le Dieu sera complet I
Éros, le Dieu vermeil que la mort décolore , Expire sur les fleurs qu'il vient de faire édore. Pose, ô cœur de seize ans, tes baisers sur son front, Mais sans larme : à leur Dieu les roses survivront. Va! les tendres soucis, les langueurs, les ivresses, La volupté des pleurs , Tâcreté des caresses , Ces flèches de son arc, ces feux de ses autels , Ces mille maux si doux, enfant, sont immortels!
L'homme peut voir crouler ses temples d'âge en âge.
Les débris de ses lois s'amasser par étage ,
Ses soleils s'éclipser ou brûler tour à tour,
Vivre sans rois , sans dieux , mais jamais sans amour !
Garde ton âme ouverte aux saintes voix du monde ; Poète , écoute encor les vents , les bois et l'onde ! La main qui de leurs nids chasse les vieux Démons , Va toucher le clavier des vagues et des monts. Et l'hymne où mille cris jetaient un sens étrange , Tu l'entendras chanter, pur de tout vil mélange. Chaque jour écartant un vain sujet d'effroi , La nature s'approche et tend les bras vers toi ; Vous pourrez vous aimer et vous parler en face , Plus d'œil caché dans l'ombre et d'Argus qui vous glace.
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Sans passer à travers les flûtes des Sylvains ,
Le vent de sa poitrine aura des sons divins;
Sa voix , de jour en jour moins mystique et plus tendre ,
T'expliquera les mots que nul n'a su comprendre;
A son grand livre ouvert , dans un antre inconnu ,
Comme en ton propre cœur tu pourras lire à nu ;
Vous serez confondus dans un hymen suprême ;
Tu croiras dans ses bruits t*ouîr chanter toi-même,
Car cette âme qui coule et mugit dans les bois
S*agite dans ton sang, soupire dans ta voix.
Au lieu du vieux Chaos où luttaient les Génies,
Un monde va s'ouvrir tout peuplé d'harmonies ,
Et tu seras le cri de ce Dieu souverain
Qui se parle à lui-même avec l'organe humain !
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Hommes I Tardent soleil dont un âge s'éclaire Est pour rage qui suit un feu crépusculaire ; Le flambeau de vos fils qui d'avance vous luit , Près du jour à venir n'est encor qu'une nuit! A chaque heure l'éther brille de plus de flamme , Et pour s'en pénétrer s'élargit l'œil de l'âme ; Chaque jour ce grand lac qui croit incessamment Réfléchit plus au loin l'azur du firmament ; Chaque jour il enferme une nouvelle étoile; Le ciel , pour s'y mirer, jette son dernier voile , Jusqu'i l'embrassement immense et triomphal Où doivent s'absorber la terre et l'idéal.
Alors, dans l'Océan , dont elles sont les gouttes, Pour n'en sortir jamais les âmes ibndront toutes , Et chaque être vivra dans un être commun , Et la lumière et l'œil , enfin , ne seront qu'un.
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 cette heure douteuse où le jour lutte encore , Tournez donc ?os regards du côté de Taurore ; En rappelante vous l'antique obscurité N*entravez pas ce char dans Fazur emporté ; Tout autre astre pâlit et s*efface d'avance , Sitôt que dans l'éther Tardent cocher s'élance ; A sa splendeur royale accoutumez vos yeux , Et laissez sans regret fuir le peuple des cieux ! Marchez vers Torient en troupes fraternelles ; Pour un hôte nouveau cueillez des fleurs nouvelles , Et sous un même toit allez vous réunir Pour recevoir en paix celui qui doit venir.