‹ Œuvres, Volume 1Chapitre 4 sur 115 · JOCASTE , ANTIGONE , ÉTÉOCLE , OLYMPE · texte numérisé non relu

JOCASTE , ANTIGONE , ÉTÉOCLE , OLYMPE

JOCASTB.

Olympe» soutiens-moi, ma douleur est extrême.

ÉTÉOCLE

Madùne, qa*avez-vous? quel trouble?...

JOCASTE

Ah ! mon fils , Quelles traces de sang vois-je sur vos habits ? Est-ce le sang d*un frère, on n'est-ce point du vôtre ?

lO I.E8 PRàfiES ENNEMIS ,

ÉTÉOCLB.

Non, Madame, ce n'est ni de Fnn ni de l'autre.

Dana son camp jusqu'ici Polinice arrêté ,

Pour combattre , âmes yeux ne s'est point présenté.

D'Argiens seulement une troupe hardie

M'a Toulu de nos murs disputer la sortie.

J'ai Élit mordre la poudre à ees audacieux ;

Et leur sang est celui qui paxfttt à vos yeux.

JOCASTK.

Mais que prétendiez-^ ous, et quelle ardeur soudaine Tons a fait tout à coup descendre dans la plaine ?

ÂTÉOCLE.

Madame ^ il était temps que j'en usasse ainsi , £t je perdais ma gloûre à demeurer ici.

Le peuple , à qui la faim «e faisait déjà craindre , De mon peu de TÎgueur commençait à se plaindre» Me reprochant déjà qu'il m'avait couronné.

Et que j'occupais mal le rang qu'il m'a donné, n le faut satisfaire; et , quoi qu'il en arrire, Thèbes, dès aujourd'hui , ne sera plus captive; Je veux, en n'y laissant aucun de mes soldats, Qu'elle soit seulement juge de nos combats.

J'ai des forces assez pour tenir la campagne ; Et, si quelque bonheur nos armes accompagne , L'insolent Polinice et ses fiers alliés Laisseront Thèbes libre , ou mourront à mes pieds .

JOCASTB.

Vous pourriez d'un tel sang, 6 cie],souiller vos armes! La couronne pour vous a-t-elle tant de charmes ? Si par un parricide il la fallait gagner, Ah ! mon fils , à ce prix voudriez-vous régner ?

Mais il ne tient qa*à vons, si Fbonnenr tous anime. De nous donner la paix sans le secours d*nn crime. Et de votre coarroux triomphant aujourd'hui.

Contenter votre frère , et régner avec lui.

éTéocLE.

Appeles-vous régner partager ma couronne.

Et céder lâchement ce que mon droit me donne?

JOCASTE

Tons le savez , mon fils , la justice et le sang Lui donnent, comme à vous , sa part à ce haut rang. Œdipe , en achevant sa triste destinée , Ordonna que chacun régnerait son année.

Et , n'ayant qu'un état à mettre sous vos lois , Voulut que, tour à tour, vous fussiez tous deux rois. A ces conditions vous daign&tes souscrire.

Le sort vous appela le premier à l'empire , Vous montâtes au tr6ne , il n'en fut point jaloux ; Et vous ne voulez pas qu'il y monte après vous?

iTiocLE.

Non, Madame , à l'empire il ne doit plus prétendre : Thèbes à cet arrêt n'a point voulu se rendre ; Et lorsque sur le trône il s'est voulu placer. C'est elle , et non pas moi , qui l'en a su chasser. Thèbes doit-elle moins redouter sa puissance , Après avoir six mois senti sa violence ?

Voudrait-elle obéir à ce prince inhumain , Qui vient d'armer contre elle et le fer et la faim ? Prendrait- elle pour roi l'esclave de Mycène , Qui pour tous les Thébains n'a plus que de la haine , Qui s'est au roi d'Argos indignement soumis.

Et que l'hymen attache à nos fiers ennemis?

19 I.ES FBÈRBS BNKEMIS ,

Lorsque le roi d'Ârgos Va choisi pour son gendre. Il espérait par lui de roir Thèbes en cendre. L*amour eut peu de part à cet hymen honteux; Et la seule fureur en alluma les feux.

Thèbes m*a couronné pour éviter ses chaînes; Elle s'attend par moi de voir finir ses peines ; Il la faut accuser si je manque de foi; Et je suis son captif, je ne suis pas son roi.

JOCi^STE.

Dites f dites plutôt , cœur ingrat et farouche , Qu'auprès du diadème il n'est rien qui tous touche. Mais je me trompe encor, ce rang ne vous plaît pas, Et le crime tout seul a pour vous des appas.

Hé bien , pnisqu'à ce point vous en êtes avide , Je vous offre à commettre un double parricide : Versez le sang d'un frère ; et , si c'est peu du sien. Je vous invite encore à répandre le mien. - Vous n'aurez plus alors d'ennemis à soumettre , D'obstacle à surmonter , ni de crime à commettre ; Et , n'ayant plus au trône un fâcheux concurrent , De tous les criminels vous serez le plus grand.

ÉTÉOCLE

Hé bien , Madame , hé bien , il faut vous satisfaire ; II faut sortir du trône et couronner mon frère; Il faut , pour seconder votre injuste projet. De son roi que j'étais devenir son sujet; Et , pour vous élever au comble de la joie , Il faut à sa fureur que je me livre en proie , Il faut par mon trépas...

JOCJLSTE.

Ali ï ciel ! quelle rigueur !

TBAGéDIB. l3

Que vous pénétrez mal dans le fond de mon cœur ! Je ne demande pas que vous quittiez Fempire : Régnez toujours, mon fils, c'est ce que je désire. Mais si tant de malheurs tous touchent de pitié , Si pour moi votre cœur garde quelque amitié , Et si vous prenez soin de votre gloire même , Associez un frère à cet honneur suprême ; Ce n*est qu'un vain éclat qu'il recevra de vous , Yotre règne en sera plus puissant et plus doux. Les peuples , admirant cette vertu sublime , Voudront toujours pour prince un roi si magnanime; Et cet illustre effort, loin d^àffâiblir vos droits , Tons rendra le plus juste et le plus grand des rois : Ou, s'il faut que mes vœux vous trouvent inflexible , Si la paix à ce prix vous parait impossible , Et si le diadème a pour vous tant d'attraits , ka moins consolez-moi de quelque heure de paix. Accordez cette grâce aux larmes d'une mère :

Et cependant, mon fils , j'irai voir votre frère; La pitié dans son âme aura peut-être lieu , Ou du moins pour jamais j'irai lui dire adieu. Dès ce même moment permettez que je sorte ; J'irai jusqu'à sa teute , et j'irai sans escorte ; Par mes justes soupirs j'espère l'émouvoir.

ÉTÉOCLE

Madame , sans sortir vous le pouvez revoir ; Et , si cette entrevue a pour vous tant de charmes , Il ne tiendra qu'à lui de suspendre nos armes. Vous pouvez,dès cette heure,accompUr vos souhaits. Et le faire venir jusque dans ce palais.

J'irai plus loin encore ; et, pour faire connaître — I. Racine. ^

l4 LES PRÈRBS BVKEMIS,

Qu'il a tort en effet de me nommer un trtttre , ' Et que je ne suis pas on tyran odieux , Que Ton &88e parler et le peuple et les dieux. Si le peuple y consent, je lui cède ma place : Mais qu'il se rende enfin si le peuple le chasse. Je ne force personne , et j'engage ma foi De laisser aux Thébains k se choisir un roi.

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