SCÈNE PREMIÈRE
AXIANE seule.
ri 'cifTERDROKS- iTotTS jamais que des cris de virtoîre, ^ Qai de mes ennemis me reprochent la gloire?
Et ne ponrrai-je au moins, dans de si grands malheurs, . M'entretenir moi seule avecque mes douleurs ! D*un odieux amant sans cesse ponrsuiTie , On prétend, malgré moi, m*attacher à la vie.
On m'observe, on me suit. Mais , Porus , ne crois pas Qu'on me puisse empêcher de courir sur tes pas ! Sans doute , à nos malheurs ton cœur n'a pu survivre. En vain tant de soldats s'arment pour te poursuivre : On te découvrirait au bruit de tes efforts ; Et, s'il te faut chercher, ce n'est qu'entre les morts. Hélas! en me quittant, ton ardeur redoublée Semblait prévoir les maux dont je suis accablée ; Lorsque tçs yeux, aux miens découvrant ta langueur. Me demandaient quel rang tu tenais dans mon cœur ;- Que, sans t'inquiéter du succès de tes armes. Le soin de ton amour te causait tant d'alarmes. Et^ourquoi te cachais- je , avec tant de détours Un secret si fatal au repos de tes jours !
Combien de fois , tes yeux forçant ma résistance ,
l38 Al^BXAlfU&V,
Mon coeur s'est-il vu près de rompre le silence? Combien de fois, sensible à tes ardens désirs, l^iTest-il en ta présence échappé des soupirs? Mais je Toulais encor douter de ta victoire.
J'expliquais mes soupirs en fiaveur de la gloire; Je croyais n'aimer qu'elle. Ah! pardonne, grand roi: Je sens bieu aujourd'hui que je n'aimais que toi. Tavoûrai que la gloire eut sur moi quelque empire : Je te l'ai dit cent fois. Mais je devais te dire Que toi seul en effet m'engageas sous ses lois. J'appris à la conna^e en voyant tes exploits; Et, de qiu,içlqne beau feu qu'elle m'eût enflammée. En un autre que toi je l'aurab moins aimée.
Mais que sert de pousser des soupirs superflus. Qui se perdent en l'air, et que tu n'entends plus? Il est temps que mon âiQ,e, au tombeau descendue , Te jure une amitié si long-temps attendue.
Il est temps que mon coeur, pour gage de sa foi , Monjtre qu'il n'a pu vivre un moment après toi. Aussi bien penses-tu que je voulusse vivre Sous les lois d'un vainqueur à qui ta mort nous livre ^ Je sai;i qu'il se dispose à me venir parler; Qu'en me rendant mon sceptre, il veut me consoler» Il ci^oit peut-être, il croit qu« ma haine étouffée , - A sa fausse douceur servira de trophée.
Qu'il vienne. Il me verra , toujours digne de toi. Mourir en veine , ainsi que tu moura» en roi.
TRAGÉDIE. l39