I. - ACTE D'ACCUSATION Le Crhne de Bénonces {Ain
Le 31 août 1895, fut découvert au lieu dit le Grand-Prc, situé commune de Bénonces (Ain), le cadavre affreusement mutilé d'un jeune bi^rger, âgé de seize ans, Victor Portalier. Vers une heure de laprès-midi, il avait quitté le domicile de son maître, le sieur Berger, cultivateur au hameau d'Anglas, pour conduire le bétail au pâturage. A trois heures environ, un autre berger, Jean-Marie Robin, Agé de douze ans, aperçut le troupeau de Portalier dans un champ de tréile. Il appela en vain son camarade et s'efforçait de ramener le bétail quand il remarqua sur la terre des traces de sang. Edrayé, il héla d'autres pâtres qui lui signalèrent la présence du garde champêtre. Celui-ci se rendit sur les lieux et, suivant les traces de sang, se trouva bientôt en présence du cadavre de Portalier, caché sous des genévriers, presque nu et couvert de blessures. Une énorme plaie s'étendant de l'extrémité intérieure du sternum au pubis ouvrait entièrement le ventre ; les intestins s'en échappaient et se répandaient surlabdomen et sur une cuisse.
Une autre blessure avait ouvert l'estomac et laissait se répandre sur le sol des matières alimentaires. Le thorax portait trois blessures, dont une de six centimètres de longueur sur trois de largeur, trois autres blessures existaient au cou : l'une d'elles, longue de trois centimètres, large de quatre, avait sectionné la carotide. Portalier avait donc été égorgé, éventré puis odieusement mutilé. Quatre des blessures qu'il avait reçues devaient entraîner la mort presque immédiate. L'état de la victime a permis de penser que le mobile du crime avait été l'assouvissement sur le cadavre d'une passion immonde. Le jeune Portalier avait été confie par sa mère à la Société lyonnaise pour le sauvetage de l'cnlance qui Tavait plac(', depuis trois ans, chez le sieur Berger, où sa conduite avait été exemplaire. Il avait su se faire aimer de tous.
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l»ersonm' dans la région ik^ poiivail être son assassin, mais les soupçons se porlèrenl sur un vagab >nd d'allure sinistre qui avait rùdé dans le village la veille et le jour du crime. Les déclarations précises de plusieurs témoins qui l'avaient remarqué permirent de formuler son signalement. Il était ilgé de trente ans environ, de taille moyenne, vêtu d'un gilet de lustrine noire avec manches, d'un pantalon à raies noires et blanches, coilTé tantôt d'un béret tantôt d'un chapeau de paille. Il était chaussé de galoches et portait un sac de toile grise et un bâton. I.a barbe noire comme .«îes cheveux était taillée en pointe et clairsemée sur les joues. La bouche était déformée, son œil droit était taché dune rougeur et surmonté dune cicatrice. La trace de ce vagabond fut suivie pendant toute la journée du
3 août jusqu'à six heures du soir, au moment où il traversait la ligne du chemin de 1er, au passage à niveau de Villebois ; mais il fut impossible de savoir ce qu'il était devenu à partir de ce moment, et les recherches restèrent infructueuses pendant deux ans. Elles n'avaient pas cependant été abandonnées.
M. le juge d'instruction de Belley, frappé, comme plusieurs magistrats, de la similitude qui existait entre le crime de Dénonces et divers crimes commis dans des circonstances analogues sur plusieurs points delà France, s'était elforcé de préciser et de compléter le signalement de l'auteur présume et avait rédigé une commission rogatoirequi, adressée à de nombreux parquets, amena enfin la mise sous la main de la justice de l'assassin de Victor Portalier. Le 4 août 1897, le nommé Joseph Vacher était arrêté dans l'arrondissement de Tournon à raison d'une agression significative commise sur une femme. Son signalement présentait une analogie tellement frappante avec celui du vagabond désigné parles témoins de Renonces, qu'il fut après sa condamnation par le tribunal de Tournon (7 septembre 1897), transféré à Belley.
Il opposa d'abord à l'inculpation des dénégations énergiques, mais formellement reconnu par plusieurs témoins qui lavaient vu à Bénonces dans les journées des 30 et 31 août 1895, il se reconnut coupable non seulement de l'assassinat du jeune Portalier, mais encore de plusieurs autres crimes semblables, par lui commis dans diverses régions de la France, qu'il avait parcourues en vagabond pendant les années 1894, 1895, 1896 et 1897 et à raison desquels ropinion publique, surexcitée, avait injustement fait peser des soupçons sur des innocents.
Ces aveux n'étaient point inspirés par le remords. Convaincu d'être l'auteur du crime. Vacher a tenté d'échapper à l'expiation suprême en faisant surgir des doutes sur sa responsabiUte et il a cherché son salut dans le nombre et l'horreur de ses crimes, se représentant comme un aliéné en proie à des accès subits et inconscients de rage furieuse, tuant alors au hasard, souillant parfois les cadavres de ses victimes et leur faisant subir d'affreuses mutilations sous l'empire de la folie.
La répétition et la monstruosité des crimes devaient être l'un des éléments de ce système de défense, et c'est pourquoi Vacher a fait certains aveux,
s'arrtHant d'ailleurs dans celle voie, lorsqu'il ne lui a plus paru ulile pour a délense d'y persévérer.
Si incomplets qu'ils soient, ces aveux corroborés par une longue et patiente inrorniatiou, révèlent une vérilable série de crimes qui dépassent en horreur tout ce que l'imagination humaine peut concevoir.
En ce qui touche le crime de Dénonces, Vacher l'a avoué au magistrat instructeur dans les termes suivants:
(' De Saint-Ours, je suis revenu à Bénonccs, où j'ai tué un jeune garçon que vous me dites s'appeler Portalicr, mais dont je ne savais pas le nom; il était debout, je crois, dans un pré où il gardait son bétail.
u Je suivais un chemin qui conduisait à la montagne et passait non loin du pré. Je me suis approché du berger. Je ne lui ai rien dit, il ne soupçonnait pas pourquoi je m'approchais de lui. Je l'ai saisi brusquement à la gorge. Je l'ai tué avec un couteau dont je ne me rappelle pas la l'orme et que j'avais sur moi. Je lui ai coupé la gorge et je crois aussi lui avoir arraché les parties sexuelles avec les dents. J'aurais préfère abandonner certains détails en ce qui concerne certaines vilaines choses que j'ai faites, et je crains que l'exemple de ma maladie ne devienne nuisible à la mofalité de la jeunesse... Vous me demandez comment j'étais habillé, je ne m'en souviens pas; si je me suis lavé après le crime, je ne m'en souviens pas non plus, mais je le crois. J'ai traversé ensuite des bois. Au surplus il n'est pas possible de me rappeler d'autres détails, en raison de l'état dans lequel je me trouvais. »
Ces aveux complétés par les constatations matérielles ne laissent aucun doute sur la culpabilité de Vacher. C'est bien lui qui a égorgé, é ventre^ mutilé, pour satisfaire ses monstrueuses passions, le jeune l'orlalier. Et il a commis ce crime non dans un accès de folie furieuse comme il le prétend, mais avec préméditation et en pleine conscience.
Apercevant un enfant isolé, sans défense, il s'est détournéde son chemin et il s'est approché doucement de lui, sans éveiller sa détiance, tenant ouvert dans la main son couteau pour lui couper la gorge. Puis brusquement, il l'a saisi par surprise et l'a frappé mortellement.
Obéissant ensuite à son effroyable perversité, il l'a déshabillé, éventré, mutilé, souillé. Sa passion satisfaite, avec la même présence d'esprit et le mèmesaiig-froid qu'il avait apportés à la préparation du crime, il cache le cadavre sous les buissons, change de coilfure, met son vêtement sous son bras afin de n'être pas reconnu et entreprend à grande allure une marche forcée à travers champs, qui le soustrait bientôt aux recherches. Ce crime prémédité, accompli en pleine conscience, est le seul que les règles de la procédure criminelle aien t permis de comprendre dans la présente accusation.
Les antécédents de Vacher
Joseph Vacher est né à Beaufort Jsère), le 10 novembre 180'J. Il est issu d'une famille de cultivateurs honorables et très nombreuse. Ses parents
étaient sains de corps et d'esprit. Parmi ses ascendants, il n'en a jamais existé de fou, dépileptiquo ou d'idiot. Il n'a soulTertdans son enfance d'aucune maladie susceptible d'ébranler ultérieurement son système nerveux. Il allègue cependant que dans son jeune âge, il fut mordu par un chien enragé et que sa famille lui fit prendre un remède secret qui eut pour effet de riiébétcr et de lui vicier le sang. Ses crimes ne seraient, d'après lui, que des accès de rage dus à cette morsure et à ce traitement.
Il a été établi que Vacher n'a jamais été mordu par un chien enragé, il aurait été seulement léché par un chien suspect dhydrophobie et aurait bu un breuvage préparé par un empirique. Les médecins experts affirment que ce fait ne peut avoir eu aucune influence sur son état mental. lia grandi à Beaufort, laissant le souvenir d'un enfant sournois et méchant.
Plus tard, il essaya de se mettre en service, mais il ne put rester nulle part. A dix-huit ans, il entra comme postulant chez les frères maristes de Saint-C.enis-Laval.
Il en sort deux ans après, pour s'être livré, d'après un témoin, à des actes infâmes sur ses camarades. Peu après, il tente d'accomplir violemment sur un enfant un acte contre nature. 11 contracte ensuite une maladie honteuse pour laquelle il s'est soigné à Grenoble et à Lyon.
Après un séjour à Genève, il commence, le 15 novembre 1890, son service militaire au 60* régiment d'infanterie à Besançon. Les renseignements recueillis sur cette période de sa vie, auprès de ses camarades et de ses supérieurs, le représentent comme se livrant à des actes de violence et inspirant des craintes, pour leur sécurité, aux hommes qui devaient vivre auprès de lui. Il fut même, en octobre 1891, mis en observation à l'infirmerie comme atteint d'idées noires avec délire de la persécution. 11 n'en obtint pas moins le grade de sergent. Mais en 1893, ses menaces, ses violences, certaines incohérences dans ses paroles entraînèrent son envoi à l'hôpital avec ce diagnostic « troubles psychiques ».
Quelques jours après, il était mis en congé de convalescence de quatre mois afin qu'il n'eût plus à reparaître au corps.
Pendant ce congé, il alla rejoindre, à Baume-les-Dames, une jeune fille qu'il avait connue à Besançon et avec laquelle il voulait se marier, dit-il. Ne pouvant triompher de ses refus, il se rendit le 2o juin 1893 auprès d'elle, la blessait à la tête de trois coups de revolver, puis tournant son arme contre lui-même, il essayait de se suicider en se tirant plusieurs coups de revolver. L'une des balles pénétrait psu" l'oreille droite où elle se trouve encore, causant la surdité complète du côté droit, ainsi que la paralysie du nerf facial et du nerf auditif du même côte.
Les blessures reçues parla victime n'entraînèrent qu'une incapacité de travail de quinze jours. Quant à Vacher, il fut, à raison des signes de dérangement cérébral qu'il avait donnés au régiment, placé en observation à l'asile d'aliénés de Dôle, le 7 juillet 1893. Le 2 août suivant, il était définitivement réformé avec congé n" 2, pour troubles psychiques, et le certificat de bonne conduite lui était accordé. Il s'évadait peu après de l'asile de Dôle,
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était repris à Besançon et bénéficient d'une ordonnance do non-lien, basée sur son état d'aliénation mentale caractérisée par le délire de la persécution.
Mais, s'il était considéré par la justice comme irresponsable à raison de son attentat do Baiime-los-Dames, il devait, par cela même, être maintenu dans un asile d'aliénés. Aussi ful-il transféré comme aliéné dangereux à l'asile de son département d'origine, à Saint-Robert. Mais il v était à peine interné, que son état mental se transformait, tout indice de folie disparaissait, si bien que le 1" avril 1894, il sortait de l'asile de Saint- Robert entièrement guéri d'après la déclaration du médecin-directeur et ne présentant plus aucune trace de folie.
Il résulte donc des appréciations des médecins aliénistes, qui doivent être acceptées en leur entier comme l'expression de la vérité au moment où elles ont été formulées, que Vacher, après avoir été atteint d'une aliénation mentale transitoire à l'expiration do son service militaire avait quelques mois plus tard recouvré toute sa raison, qu'il sortait do l'asilo Saint-Robert sain d'esprit, conscient et responsable. Les sanglants attentats auvquolsil va se livrer ne seront donc que la manifestation toujours identique de la mémo passion sadique et sanguinaire. Ils seront l'œuvre d'un monstrueux criminel, ils ne seront pas celle d'un fou.
Les aveux de Vacher
En ne tenant compte que des révélations faites par l'accusé au magistrat instructeur et dont l'exactitude a été vérifiée, révélations qu'il a un jour brusquement interrompues, Vacher a, depuis sa sortie de l'asile Saint- Robert jusqu'au moment de son arrestation, tué quatre garçons, six jeunes filles et une vieille femme. Il a en outre tenté de violer une enfant de onze ans. Après avoir quitté le {"' avril 1894 l'asile Saint-Robert, Vacher se rendit à Saint-Genis-Laval, puis il se dirigea vers Grenoble en passant à Beaurepairc i Isère).
C'est dans cette commune que le 20 mai 1894, il a assassiné, puis violé Eugénie Delhomme, âgée de 21 ans. Elle passait seule, le soir, dans un chemin isolé. Il se jeta sur elle, l'étrangla, puis lui coupa la gorge avec un couteau, la frappa violemment au ventre à coups de soulier et lui arracha une partie du sein droit. Il transporta ensuite sa victime, dont il avait déchiré les vêtements, derrière une haie et la viola.
Le corps ne fut découvert que le lendemain. Mais l'assassin avait pris la fuite à travers champs et allait se placer dans une ferme aux environs de Grenoble, tandis que les soupçons se portaient successivement sur plusieurs jeunes gens de Beaurepaire signalés à tort par l'opinion publique. Des environs de Grenoble, Vacher se rendit dans la Bresse, puis il eut la pensée d'aller à Menton auprès d'une de ses sœurs fixée dans cette ville et par laquelle il espérait être recueilH. Au cours de ce voyage qu'il efTectuait en entier à pied, suivant son habitude, il rencontra le 20 novembre 1894, sur le territoire de la commune de Vidauban, une enfant de treize ans,
Louise Marcel, fille d'un fermier. Elle était seule dans ce lieu isolé. 11 la saisit au cou et l'entraîna dans une bergerie, puis il tenta de l'étrangler, lui coupa la gorge, l'éventra et lui arracha les seins. Il prétend ne l'avoir
pas violée.
Dans cette affaire encore, un innocent fut injustement soupçonné. Qiiont à Vacher, s'éloignant à la hâle, capable, grâce à sa constitution physique de parcourir de grandes distances, inconnu dans le pays, s'écartant des chemins, sachant dissimuler sa marche, il était bientôt à l'abri des recherches. Il lui fut ainsi possible do revenir cà Grenoble. Il y séjourna trois mois à la ferme de l'hospice, puis il prit la résolution de se rendre à Paris en passant par Dijon et Lyon. 11 se trouvait aux environs de cette ville le 12 mai 1895. Il rencontra sur la route 71, vers 9 heures du matin, à proximité du lieu dit le Bois-de-Chêne, une jeune fille de dix-sept ans, originaire d'Etaule, nommée Augustine Mortureux. Il se jette sur elle, regorge à coups de couteau, transporte son cadavre dans une friche longeant la route et essaye de mutiler ses seins. Le cadavre fut retrouvé dans une cavité du sol, les jupes relevées sur la poitrine et les jambes écartées. Il n'y avait pas eu viol. On constata que les souliers de la victime et ses boucles d'oreilles lui avaient été enlevés.
Ce crime causa une émotion profonde dans la région, plusieurs personnes furent inculpées, l'une d'elles même, dénoncée avec passion par ses ennemis, fut renvoyée devant la chambre des mises en accusation qui rendit une ordonnance de non-lieu. Or, ce crime était l'œuvre de Vacher qui l'avoue. 11 reconnaît même qu'il a pris les souUers de la victime qui paraissaient convenir à ses pieds. Après l'assassinat d'Augustine Mortureux, Vacher au lieu de continuer son chemin vers Paris revient sur ses pas. Il se place chez un fermier pour la saison des foins, et prend ensuite la route de Chambéry et d'Aix-les-Bains en passant par Dénonces, où il reviendra plus tard et assassinera Victor Portalier.
Dans la matinée du 24 août 1893 à Saint-Ours (Savoie) il égorge dans sa maison la dame veuve Morand, âgée de S8 ans et la viole, puis il s'enfuit après avoir fermé la porte à double tour et enlevé la clef. On voit sur les vêtements de la victime des tâches d'huile. Or, dans le sac de Vacher on a trouvé un flacon d'huile dont il n'a pu indiquer l'emploi et les médecins experts ont pu se demander si Vacher, qui avoue le viol, n'avait pas en réalité pratiqué sur sa victime un attentat plus odieux encore. C'est quelques jours après ce crime que Vacher, revenant sur Bénonces, y assassina Victor Portalier le 31 août, dans les circonstances ci-dessus rapportées. Après avoir traversé les départements de l'Ain et de l'Isère, il passe dans la Drôme et le 22 septembre il égorge à Truinas d'un coup de couteau qui tranche le cou jusqu'à la colonne vertébrale la jeune Aline Alaise, âgée de seize ans. Il pratique sur son corps quelques mutilations et un commencement d'éventration. Dérangé dans sa sinistre besogne, il dut abandonner sa victime et tandis qu'un berger atteint d'imbécillité était arrête comme coupable de l'assassinat d'Aline Alaise, il se rendit dans le département de l'Ardèche où
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lo 29 septoinbrc il coinmoH:iit à Sainl-KlieniiP-de-Uoulogne un nouveau crime sur la porsonnc d'un berger de quatorze ans. Plcrro Massol-Pelct. Ce crime est l'exacte répélition de celui de Bcnonces. Surpris dans un lieu désert, le jeune Massot-Pelet est étranglé, égorgé, éventré, ses organes génitaux sont blessés, puis l'assassin se livre sur le cadavre à un immonde attentat.
Un innocent a été longtemps soupçonné d'être l'autour de ce crime, l'our faire tomber ces soupçons injustes, il a fallu que les aveux de Vacli<'r fussent l'objet d'une vérificiition qui n"a laissé aucun doute sur leur véracité.
Après le crime de Saint-Etienne-de-Boulogne la trace de Vacher est perdue jusqu'au 1" mars 1896 où on le retrouve dans la Sarllie. essayant de violer à Noyen une enfant de onze ans, Marie llérouet, qui fut sauvée par l'arrivée d'un garde particulier accouru à ses cris.
Frappé par Vacher d'un coup de pied au visage, le garde dut le laisser fuir. Un gendarme monté sur un vélocipède le rencontre, lui demande ses papiers, ne reconnaît pas en lui l'inculpé signalé et le laisse continuer sa route.
Tandis que le parquet de la Flèche instruisait colin affaire, le parquet de Boaugé poursuivait Vacher pour vagabondage et coups et blessures, et le faisait condamner, le 9 mars 1896, à un mois d'emprisonnement. Cette peine et celle de trois mois d'emprisonnement prononcée par le tribunal de Tournon sont les seules que Vacher aient encourues.
On le retrouve en juillet 1896 à Précy (Seine-et-Oiso). A la fin de ce mois, il prend la direction du Midi. I,e 10 septembre, il assassine à Biisset ^\liior) une jeune femme âgée de dix-neuf ans, Marie Mounier, récemment mariée au sieur Laurent. Il l'étrangle, l'égorgé comme ses autres victimes et lui enlève son alliance en or. La disposition des vêtements déchirés indique qu'il s'apprêtait à pratiquer l'évenlralion. Le corps fui trou\é dans des fougères, au pied d'une haie vive.
Quelques jours plus tard, le i'"' octobre, dans la Haute-Loire, .à la Varenne-Sainl-Honorat, il donne la mort à la jeune Rosine P.odier, bergère, âgée de quatorze ans, dont le corps fut trouvé dans un fourré de pins, de genêts et de bouleaux. Il régorgc,l'é ventre et lui enlève les parties génitales externes par une incision qui entame les cuisses. 11 prétend s'être dirigé immédiatement après co crime vers l'Kspagne et être revenu ensuite à Lyon, en passant par Montpellier et Xtmes.
Cette période de l'existence de Vacher n'est pas connue. Il est certain toutefois qu'il se trouvait en février 1897 dans le Tarn, à Lacamie.
Vers la fin de mai 1897, il tue aux environs de Lyon, à Tassin-la-Demi- Lune, un jeimo vagabond, Claudius Boaupied, âgé de quatorze ans.
Cet enfant avait quitté sa famille qui avait cessé de se préoccuper de lui, son cadavre ayant été jeté par le meurtrier dans le puits d'une ferme abandonnée, sa mort fut ignorée.
Vacher a fait l'aveu de cet assassinat dans un moment de vanité et pour montrer la véracité doses récils aux incrédules portés à penser qu'il se vantait de crimes qu'il u'avuit pas commis.
Claudius Heaupied était entré le matin dans une maison inhabitée où Vacher avait passé la nuit. Ce dernier lui coupa la gorge avec un rasoir, déshabilla le corps et le jeta dans le puits où il ne fut découvert que le 2î» octobre à l'état de squelette.
Quelques jours plus tard et encore dans le Rhône, à Courzieux-la-Giraudière, il lue, le 18 juin, un berger de treize ans, Pierre Laurent.
Entre onze heures et minuit, cet enfant ramenait des bœufs chez son maître. Il est assailli par Vacher qui tente d'abord de l'étrangler, puis régorge et lui fait au bas-ventre une large plaie. Il traîne ensuite le corps derrière une haie et se livre sur lui à un acte de pédérastie.
Après ce crime, il se dirige vers Lyon qu'il traverse et passe dans l'Isère, où il reste quelques jours. Il est enfin arrêté à Champis, dans l'Ardèche, au moment où il tontait défaire subir k la femme Plantier le même sort qu'cà ses autres victimes. Grâce à la prompte arrivée du sieur Plantier, accompagné de deux autres personnes, il fut saisi malgré sa résistance acharnée ; mais rien n'indiquait à ce moment que le vagabond qui venait de renverser la dame Plantier, sans avoir d'ailleurs le temps de se livrer à d'autres violences, fût l'auteur de tant de crimes impunis.
Le présent acte d'accusation a rapporté sommairement les crimes avoués par Vacher, au cours de l'instruction ouverte au sujet de l'assassinat de Bénonces, du jeune Porlalier. Il ne croit pas pouvoir rechercher si d'autres attentats du même genre, à l'égard desquels des charges pèsent sur l'accusé mais qu'il n'a pas avoués, ne lui sont pas aussi imputables.
Après de longues et minutieuses observations, les trois docteurs qui l'ont examiné ont formulé leur avis en ces termes : « Vacher n'est pas un épileptique, ce n'est pas un impulsif. C'est un immoral violent, qui a été temporairement atteint de délire mélancolique avec idées de persécution et de suicide.
« L'otite traumatique dont il est porteur semble n'avoir eu jusqu'à présent aucune influence sur l'état mental de l'inculpé.
« Vacher, guéri, était responsable quandil est sorti de l'asile Saint-Robert.»
Ses crimes sont d'un antisocial sadique, sanguinaire qui se croyait assuré de l'impunité grâce au non-lieu dont il avait bénéficié et à sa situation de fou libéré.
Actuellement, Vacher n'est pas un aliéné, il simule la folie. Vacher est donc un criminel. Il doit être considéré comme responsable, cette responsabilité étant à peine atténuée par les troubles physiques antérieurs.