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DES VERS ET ACROSTICHES

Voici la règle :

Chaque fois qu’un mot se termine par un e muet non précédé d’un i ou d’un u, et que le mot qui suit immédiatement commence par l’une des voyelles a e i o u ou un h muet, il y a une syllabe de moins à compter.

Il en est de même lorsque le vers se termine par un e muet :

Soudain Potier se lève et demande audience,

ainsi que des terminaisons en es et eut (troisième personne du pluriel) :

Souffrirai-je à la fois ta gloire et tes injures?

Les forêts de nos cris moins souvent retentissent !

Voyons maintenant comment il faut procéder à la composition :

Il importe tout d’abord de donner un espacement des plus réguliers : donc, une grosse espace entre les mots, que l’on peut diminuer lorsque le vers est trop long, ou d’après les exigences de la justification.

Si les vers ont douze pieds, on choisit le plus long et on le met au milieu de la justification s’il ne fait pas ligne pleine.

La rentrée des vers plus petits se fait ensuite à raison d’un cadratin par syllabe (1). En conséquence :

Un vers de 10 pieds (2) se rentrera de 2 cadratins sur celui de 12.

Celui de 8 — — 4

En plus, naturellement, du blanc que le vers -de douze pieds peut avoir à sa gauche s’il ne fait pas ligne pleine.

Mais on est parfois obligé d’apporter des exceptions à cette

(1) Lorsqu’on est gêné par une justification étroite, on peut réduire la rentrée à un demi-cadratin par syllabe.

(2) Les vers de onze et de neuf pieds sont inusités.

règle, les vers n’ayant pas toujours une étendue uniforme, quoique comportant le même nombre de pieds.

Pour remédier à cet inconvénient, notre honorable ami M. Desormes, dans ses Notions de Typographie, indique un moyen auquel nous nous rallions complètement :

« Les vers, dit-il, ne doivent pas être trop rejetés sur la » droite ; mais ils ne doivent pas non plus tomber dans l’excès » contraire. Pour éviter ces deux cas trop fréquents, on com- » posera le plus long vers et celui qui semblera le plus court, )) afin de se rendre compte de l’écart produit. Si cet écart est » trop considérable et qu’il reste comme blanc un cadratin, )) notre avis est de mettre purement et simplement ce blanc à » gauche et de rejeter complètement le plus long vers sur la » droite, comme ceci :

» Le héron en eût fait aisément son profit :

» Tous approchaient du bord; l’oiseau n’avait qu’à prendre. »

On remarquera l’inégalité de ces deux vers, quoique ayant tous les deux douze pieds. Cet exemple prouve que la théorie de M. Desormes est préférable à celle enseignée précédemment.

Lorsqu’un vers est trop long pour être contenu dans la justification, on renferme la fin dans un crochet et on l’intercale au bout de la ligne de dessus ou de dessous, selon la place restée libre :

Voici présentement la lune, et puis l’histoire

D’Adam, d’Ève et des animaux...

Voyez, Messieurs, comme ils sont beaux !

Voyez la naissance du monde; [fonde,

Voyez... Les spectateurs dans une nuit pro- Équarquillaient leurs yeux et ne pouvaient rien

[voir;

L’appartement, le mur, tout était noir.

Ainsi qu’on vient de le voir, on peut faire une ligne spéciale d’une fin de ligne renfermée dans un crochet. Cependant, il est à remarquer qu’il est défendu de séparer deux rimes à la mise en page. Si l’on ne peut doubler une seconde ligne, on empiétera sur la garniture, en élargissant exceptionnellement la justification de la page qui doit contenir ce vers trop long.

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