‹ Valbert ou Les récits d'un jeune hommeChapitre 19 sur 27 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

de voir s'enfuir au premier réveil. Ah ! mon cher ami, combien je suis heureux ! Ces misérables morceaux queje copie, je les entends qui chantent un chant d'allégresse; il me semble parfois que chacune de leurs notes s'anime, prend un corps, et tendrement me sourit, pour m'encourager au travail. Et je revois alors le parc de Saint-Cloud, le petit sentier tapissé de feuilles rouges, et cette gracieuse jeune femme assise sur le banc, près de moi, me récompensant de mon apprentissage de cordonnier par la calme gaieté de ses yeux.

<( Je connais maintenant le bonheur de vivre, je connais le travail, et tout ce qu'il offre de repos et de soulagement aux âmes fatiguées. Et je connais aussi l'amour, le seul vrai bien. En tout temps j'ai désiré le connaître, guidé vers lui, à travers les ténèbres d'une vie de mensonges, par quelque sûr instinct originel qui m'interdisait de prendre plaisir au reste

des choses. Et maintenant je le connais. Oui, n c'était une étoile enchantée qui me guidait vers lui; car le reste des choses n'est que misère et néant, en comparaison de Tamour; et dans Tamour j'ai trouvé l'unique asile de mon pauvre cœur. Et je peux enfin vous dire ce que c'est que Tamour... »

Je crus hien que le chevalier Valbert se trompait, une fois de plus, et que jamais, décidément, il ne j)arviendrait à me dire ce qu'était l'amour. Car la passion qu'il avait mise à mo dépeindre son honhoui' l'avait tout à fait épuisé; et juste à ce moment il dut s'interrompre, et un accès de toux le saisit où il me sembla que son reste de vie allait s'abîmer. Une toux épouvanlable, je ne puis me la rappeler sans frémir de pitié. Les gros yeux soudain s'étaient remplis de sang, et un flot de sang coulait sur la bouche grande ouverte, rougissant la sueur qui tombait du front. La

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