‹ Valentine ou La Nina canadienne [microforme]Chapitre 1 sur 24 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

Mme. DERBOIS, SAINT-LEON.

(Mme. Derbois est assise et brode ; St.-Léon, debout, appuyé sur sa chaise, examine.) Mme. DERBOIS.

Mais vraiment, c’est,une folie ! ...

ST.-LEON

Eh bien ! guëérissez-là, ‘en me nommant votre époux. Mur. DERBOIS.

Vous êtes fou, décidément !

Sr. LEON.

; J'en conviens....mais....c’est de vous, madame. Mus. DERBOIS.

Allons ! La guérison sera facile.

Sr. LEON.

Il faudrait pour cela, placer votre main dans la mienne, et vous rappeler tout ce qu’un tendre attachement peut avoir de charmes.

Mur. DERBOIS.

J'ai déjà porté la chaine de l’hymen; mais, je vous avouerai que ce premier essai ne m’encourage guère.

Sr, LEON.

Vous voulûtes peut-être choisir alors, et vous savez que c’est une véritable lotterie ; au hasard—

prenez encore un billet.

Murs. DERBOIS.

C’est une assez bonne plaisanterie.

Sr. LEON.

Sérieusement, madame, si malgré mon étourderie, l'amour s’était rendu maître de moi ; s’il dépendait du bonheur de ma vie entière de vous convaincre de ma sincérité. ....

Mure. DERBOIS (se levant).

Je vous plaindrais, et je chercherais à vous faire

oublier une mauvaise pensée.

Sr. LEON.

Mais si, chaque jour, ma passion devenait plus violente.

Mme. DERBOIS.

Alors!...mais je suis bien bonne de vous écouter.

Sr. LEON.

Je vous préviens, que si je ne parviens à vous rendre sensible, j’en perdrai la raison.

Mux. DERBOIS.

En bonne foi, vous en prenez la route. . . .Quelle tête!....

ST, LEON

Que vous importe ma tête, pourvû que mon cœur soit à vous ?....Dans l’espoir de vous plaire, je me corrige chaque jour.

Mue. DERBOIS,

C’est sans doute pour commencer sa conversion, que monsieur passe toutes ses matinées à la chasse. ; |

et vous 1asard—

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nait plus

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LS à vous

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mon cœur ire, je me

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Sr. LEON (Jinement).

Madame se serait-elle apperçue de mon ab-

sence ?

Mur. DERBOIS.

Qu'il reste des jours entiers sur l’eau, dans une barque, seul ; au risque de nous faire craindre mille fois pour sa vie ?....

Sr. LEON.

J'y resterais des siècles, si vous conduisiez la

nacelle. Mme. DERBOIS.

Que lorsqu'il demeure au logis, il nous étourdit à force de s’exercer au pistolet ?....C’est au point qu’on ne s'entend plus dans la maison.

Sr. LEON.

Mais si je m’approche de vous, vous causez sur le champ avec M. de Prainville; si je vous propose de vous accompagner à la promenade, vous me refusez. |

Mur. DERBOIS.

Brisons là !....Comptez-vous rester longtemps à lhabitation.

Sr. LEON.

Maïs, je l’espère.

Muse. DERBOIS.

Je vous y engage; la belle saison est à peine commencée.

Sr. LEON.

Je ne partirai qu'avec vous.

Mu. DERBOIS.

Qu’avec moi !....mais j’ai le projet d’y demeurer

encore longtemps; sans moi, que deviendrait cette :

Lu et

pauvre Valentine ?

Eh! sans moi, qui pourrait vivre dans cette ha-

bitation. J’ai seul le talent de faire tout ce que je veux de ce hourru de Prainville ; ce vieux capitaine qui croit toujours être sur son bord, qui tranche en vrai commandant de Corsaire et qui,cependant, au milieu de ses bourrasques, est bien la meilleure pâte d’homme qui soit sous les cieux, son entêtement à

part, Mae. DERBOIS.

Sa brusquerie augmente depuis la perte de son neveu; cependant, on wa pas eu de nouvelles certaines. ...

Sr. LEON.

Aucunes. ..,L’équipage a péri, dit-on.

Mur, DERBOIS,

C’est encore grâce à l’entêtement de M. de Prainville. Au moment d’unir son neveu à sa nièce, la guerre éclate entre PAngleterre et les Etats-Unis ; M. de Prainville, qui se souvient de son ancien état, veut que Charles consacre sa vie à sa patrie ; mais, comme il n’aime point le service de terre, il le fait monter sur un vaisseau britannique, Charles dut à cette circonstance de n’avoir point pris part aux lauriers remportés à Chateauguay. Les larmes de Valentine ne purent rien, et ce fatal naufrage ravit

à cette amiable enfant un amant qu’elle adorait. Sr. LFON. |

Eh ! par une bizarrerie de M. de Prainville, il veut maintenant unir sa nièce à un vicil ami, gouteux, possesseur d’une immense fortune ; comme si l'argent, à l’âge de Valentine, pouvait consoler d’un

jeune mari, Murs. DERBOIS,

Croyez-vous que M. de Prainville exécute son ridicule projet ?

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Sr. LEON.

Oui, madame, rien n’est plus sûr; c'est la seule chose, sur laquelle je n’ai pu lui faire entendre raison. ...C’est qu’il croit commander à un jeune

cœur comme à un vaisseau de guerre.

Mur. DERBOIS.

Sr. LEON. - Il est décidé au point que je n’ôserais le contra-

rier.

Muse. DERBOIS.

Cependant ! je vous prie d’unir vos efforts aux

miens.

Sr. LEON.

Vos désirs sont des ordres, : adame; mais, pour m'encourager : si je parviens à empêcher ce mariage promettez-moi de m’épouser ?

Mu. DERBOIS.

Je fais un marché plus raisonnable... .Si Valen-

tine épouse Charles ; le même jour, je vous accorde

ma main.

Sr. LEON.

C’est vouloir évoquer les morts ; et je ne suis pas

un Orphée.

Muse. DERBOIS.

N’en parlons plus ! Telles sont mes conditions. Sr. LEON.

Me voilà certain d’un éternel célibat.

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