‹ Valentines et autres versChapitre 20 sur 64 · JALOUX · texte numérisé non relu

JALOUX

En été dans ta chambre claire, Vers le temps des premiers aveux, (Ce jeu-là paraissait Te plaire) On ouvrait parfois Baudelaire, Avec ton épingle à cheveux,

Comme un croyant ouvre sa Bible, En s'imaginant que le Ciel, Dans un verset doux ou terrible, Va parler à son cœur sensible, Quelque peu superficiel ;

D'avance on désignait la page A droite ou bien à gauche, et puis, Par un chiffre le vers, ce mage Qui devrait être ton image, Ou me dire ce que je suis.

YALENTINES 91

Nous prenions du goût à la chose.

Donc on tirait chacun pour soi Un vers, au hasard, noir ou rose, Dans ce beau Poète morose.

Nous commencions, d'abord à Toi,

Attention ! Dans ta ruelle Tu mettrais l'univers entier.

Vous riez! bon pour Vous, cruelle !

Car ce vers Vous flatte de l'aile, Et c'est un compliment altier!

Un compliment comme en sait faire Un homme sagace en amour, Et qui fleure en sa gmce fière, Sous le style de La Bruyère, Son joli poète de Cour ;

Un compliment qui sent sa fraise, Son talon rouge, et qui, vainqueur, Allumant ses pudeurs de braise, Eût fait rire Sainte-Thérèse, Chatouillée... au fond de son cœur.

Qu'il est bon !oui .'...maismoi.. .je gronde! Y songez-Vous, avec ce vers, Quelle figure fais-je au monde, Dans cette ruelle profonde, Au milieu de cet Univers !

Ah! fi!... Pardonnez-moi... Madame..

Oui, je m'oublie !... oui, je sais bien.., Toute jalousie est infâme...

C'est un peu de vertige à l'àme, Ça va se passer... ce n'est rien...

Ah ! tant mieux ! je vous vois sourire Continuons ce jeu si doux ; Mais avant, je dois Vous le dire, Afin d'éviter un mal pire, Si jamais je deviens jaloux,

Rejetez-moi, moi G, moi N, Moi, vilain « monstre rabougri », Rejetez-moi dans ma Géhenne; Le jaloux n'est plus, dans sa haine, Rien... qu'un billet d'amour... aigri.

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