‹ Valentines et autres versChapitre 3 sur 64 · LA RENCONTRE · texte numérisé non relu

LA RENCONTRE

Vous mîtes votre bras adroit

Un soir d'été, sur mon bras... gauche.

J'aimerai toujours cet endroit,

Un café de la Rive-Gauche ;

Au bord de la Seine, à Paris :

Un homme y chante la Romance Comme au temps... des lansquenets gris ; Vous aviez emmené Clémence.

Vous portiez un chapeau très frais Sous des nœuds vaguement orange, Une robe à fleurs... sans apprêts, Sans rien d'affecté ni d'étrange ;

Vous aviez un noir mantelet,

Une pèlerine, il me semble,

Vous étiez belle, et... s'il vous plaît,

Comment nous trouvions-nous ensemble 1

VALEXTINES 35

J'avais l'air, moi, d'un étranger, Je venais de la Palestine A votre suite me ranger, Pèlerin de ta Pèlerine.

Je m'en revenais de Sion,

Pour baiser sa frange en dentelle,

Et mettre ma dévotion

Entière à vos pieds d'Immortelle.

Nous causions, je voyais ta voix Dorer ta lèvre avec sa crasse, Tes coudes sur la table en bois, Et ta taille pleine de grâce ;

J'admirais ta petite main Semblable à quelque serre vague, Et tes jolis doigts de gamin, Si chics ! qu'ils se passent de bague ;

J'aimais vos yeux, où sans effroi Battent les ailes de votre Ame, Qui font se baisser ceux du roi Mieux que les siens ceux d'une femme ;

Vos yeux splendidement ouverts Dans leur majesté coutumière...

Etaient-ils bleus ? Etaient-ils verts ?

Ils m'aveuglaient de ta lumière.

Je cherchais votre soulier fin, Mais vous rameniez votre robe Sur ce miracle féminin, Ton pied, ce Dieu, qui se dérobe I

Tu parlais d'un ton triomphant, Prenant aux teintes mignardises De tes lèvres d'amour Enfant Les cœurs, comme des friandises.

La rue où rit ce cabaret, Sur laquelle a pu flotter l'Arche, Sachant que l'Ange y descendrait, Porte le nom d'un patriarche.

Charmant cabaret de l'Amour !

Je veux un jour y peindre à fresque

Le Verre auquel je fis ma cour.

Juin, quatre vingt cinq, minuit... presque

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