LA BALLADE DU MECHANT POETE
Beaux limousins, Gascons et Bordelais, Hordes du Nord et du Midi Bataves, Tous Allemands, Espagnols et Français, Bohémiens, peuples libres, esclaves, O vous les blonds et blancs comme des raves, Et vous les bruns noirs comme des navets, C'est moi qui suis le poète aux yeux caves. Pitié, pitié pour mes vers polonais !
Mon père était un loup dans les forêts, Ma mère fut une chienne aux crins flaves Et j'ai grandi dans les joncs des marais. Telle, aux lueurs des tristes rats-de-caves, Va la sorcière, aux viscosités hâves, Telle une Muse, avec ses yeux mauvais, M'a déniché dans un vieux tas d'épaves. Pitié, pitié, pour mes vers polonais.
Je n'ai gardé que mon luth polonais, Et que ma voix nazillarde, aux tons graves, Mon feutre à plume, et je vais, et je vais De cour en cour où sont les portiers graves.
Servantes sont quelquefois les plus braves Pour nous jeter beaux sous luisants, mais les Chiens sont hargneux aux portes des conclaves. Pitié, pitié pour mes vers polonais.
Envoi
A mon ami d'Angleterre, qu'on nomme Verlaine Paul, ou Paul Verlaine, comme On voudra, j'ai dédié ceci, mais :
Pitié, pitié pour mes vers polonais.
Jean Richepin.
(La chanson des gueux) Pour copie conforme :
G. Nouveau.
A ma sœur Laurence.
Je t'aime parce que tu m'aimes, sœur gentille, Parce que dans ce monde où je me sens errer, Je n'ai que toi pour bien et pour toute famille, Et parce que je n'ai que ton sein où pleurer.
Je t'aime parce que notre si bonne mère, De sa tombe où sur nous son regard veille encor, M'a fait de bien t'aimer une loi qui m'est chère, Et que ton amour seul de jour en jour plus fort Mêle quelque douceur au regret de sa mort.
Je t'aimerai toujours pour que tu sois heureuse, Et si nous le pouvons dans un commun accord, Nous braverons les vents et la mer orageuse ; Ensemble nous viendrons voguer au même bord, Et nous nous trouverons ensemble dans le port.