‹ ValérieChapitre 10 sur 68 · SUB MADAME D£ KEUDNEE. XXI · texte numérisé non relu

SUB MADAME D£ KEUDNEE. XXI

Le portrait de Valérie elle-même revieut , repasse sans cesse à travers cela, dans tontes les situations» dans tontes les poses, souriant, attristé, mobile, et comme amoureusement répété par mille glaces fidèles.

. La seconde moitié offre quelques défauts qui tiennent an romanesque : je crois sentir que rtfiven^tofi y commence. La fin, en effet, de ces romans intimes, puisés dans le souvenir, n'est guère jamais conforme à la réalité. Ils sont vrais 4 moitié, aux trois quarts ; mais il faut les continuer, les achever par Tidéal, ce qui exige une attention extrême ^ pour ne pas cesser de paraître naturel. Il faut faire mourir en toute vraisemblance son héros, tandis qu'il vit demiguéri quelque part, à Bade ou à Genève. 11 y a dans cette seconde moitié unendroit où G ustave, près de quitter Valérie , et Tentretenant avec trouble, se blesse tout d'un coup au front en s'appuyant contre une fenêtre ; c'est là une blessure un peu illusoire et de convention , le plus délicat des amans ne saurait se blesser ainsi. Un peu après, quand Gustave, passant durant la nuit près de la chambre de Valérie,

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chastement sommeUlante » ne peut résister aa

désir de la regarder encore une fois , et qu'il l'entend mnnnnrer en songe les mots de Érustave et de mort ; c'est là un songe officiel de roman y c'est de la fiible sentimentale tonte pnre, couleur de 1808. Heureusement, le vrai de la situation de Gustave se retrouve bientôt. Un des endroits le mieux touchés est celui où Valérie en gondole» légèrement effrayée» et qui ▼ient de mettre familièrement sur son cœur la main de Gustave » au moindre effroi sérieux , se précipite snr le sein du Comte : «Oh! que je sentis bien alors tout mon néant, et tout ce qui nous séparait l » Lorsque Gustave s'en est allé seul avec sa blessure dans les montagnes, quand , durant les mois d'automne qui précèdent sa mort, il s'enivre éperdument de sa rôyerie et des brises sauvages , quand il devient presque René, comme il s'en distingue aussitôt, et reste lui-même encore> par cette image gracieuse de l'amandier auquel il se compare, de Famandier exilé au milieu d'une nature trop forte, et qui pourtant a donné des fleurs que le vent disperse au précipice 1 Comme on retrouve

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SUE HADAim Bl KRUDKEl. XXIU

là cette frôle et tendre adolescence jetée au bord de l'abîme » cette nature d'âme aimable , mystique , ossîanesque , parente de ^Swedenborg f amante da sacrifice , ce jeune homme qui, comme René, a dépassé son âge» qui n'en a su aToir ni Fesprit, ni le bonheur, ni les défauts f mais que le Comte , d'une voix moins austère que le père Aubry pour Cbactas, con- Yiaiisenlement à ces douces afections qui sbnl les grâces de là vie , et qui fondent ensemble notre sensibilité et nos vertus I ... Gustare qui, à certains momens de sa solitude enthousiaste» se rapproche aussi de Werther , qui égale même cette voix éloquente et poétique» en cette espèce d'hymne où il s'écrie : nJe m pro^ mène dam eeê montagnes parfumées par la la^ va/ndef etc.» etc. ^ Gustave s'en distingue encore â temps et demeure lui-même» rejetant l'idée de se frapper» pieux » innocent et pur jusque dans son égarement » rendant grâces jusque dans son désespoir* En un mot, Gustave réus* sit véritablement â laisser dans l'âme du lecteur, comme dans celle de Valérie, ce qu'il ambitionne le plus» quelques larmes seulemmif

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et un de ces sonrenirs qui durent toute la vie^ et qui houoreat ceux qui sont capables de les

avoir.

M. Mannier , qui a écrit sur madame de

Krudaer un morCeau senti S ^ très-bien remar-

fondes et religieuses » qui font entrevoir la femme d'avenir sous le voile des premières élégances. J'en yeux citer aussi quelques traits qui sont des présages :

« Son corps délicat est une fleur que le plus léger souffle fait incliner, et son âme forte el courageuse braverait la mort pour la vertu et pour Tamonr.»

€c • • . • Non f poursuivis-je » la beauté n'est vraiment irrésistible qu'en nous expliquant quelque chose de moins passager qu'elle, qu'en nous faisant rêver à ce qui fait le charme de la vie au delà du moment fugitif où nous sommes séduits par elle ; il £aut que Tàme la retrouve quand les sens l'ont assez aperçue. »

« Tu le sais, mon ami, écrit Gustave, j'ai be-

s/ ^ Revue germanique, juillet 193^

SUR MADAME m nUlINBm. XXT

soin d'aimer les honunes ; je les crois en général estimables » et , si cela n'était pas , la société depuis long-temps ne serait-elle pas détruite? L'ordre subsiste dans ronivers > la vertn est donc la plus forte. Mais le grand monde, cette classe qne l'ambition , les grandeurs et la richesse séparent tant du reste de Thumanité, le grand monde me parait une arène hérissée de lances» où, à chaque pas, on craint d'être blessé ; la défiance , l'égoïsme et Tamour-propre , ces ennemis nés de tout ce qui est grand et beau, veillent sans cesse à l'entrée de cette arène » et y donnent des lois qui étouffent ces mouvemens généreux et aimables par lesquels ràme s'élève, devient meilleure, et par conséquent plus heureuse. J'ai souvent réfléchi aux causes qui font que tous ceux qui vivent dans le grand monde finissent par se détester les uns les autres, et meurent presque tous en cal(Mnniant la vie. U existe peu de méchans ; ceux qui ne sont pas retenus par la conscience le sont par la société ; l'honneur , cette fière et délicate production de la vertu , l'honneur garde les avenues du cœur et repousse les ac-

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