‹ ValérieChapitre 30 sur 68 · LETTRE IX · texte numérisé non relu

LETTRE IX

* Arnam, le 4 mai.

Je suis extrêmement troublé, mon ami, je ne

sais ce que tout cela deviendra ; sans que je l'eusse voulu, Valérie s'est aperçue qu'il y avait quelque chose d'extraordinaire et d'affligeant dans mon cœur. Elle m'a lait appeler ce soir pour tirer des papiers d'une cassette que Ma-

VALÉBIE.

rie ne pouvait pas ouvrir. Le comte était sorti pour se promener. Ne voulant pas sortir brusquement, j'ai pris un livre et lui ai demandé si elle désirait que je lui lusse quelque chose. Elle m'a remercié, en disant qu'elle allait se coucher. — Je ne suis pas bien, a-t-elle ajouté ; puis, me tendant la main : Je crois que j'ai de la fièvre. — Il a bien fallu toucher sa main; i'ai frissonné ; je tremblais tellement qu'elle s'en est aperçue. — C'est singulier, a-t-elle dit, vous avez si froid, et moi si chaud ! — Je me suis levé avec précipitation, voyant qu'elle était debout devant moi ; je lui ai dit qu'en effet j'avais très-froid et très-mal à la tête. — Et vous vouliez vous gêner et rester ici pour me faire la lecture? — Je suis si heureux d'être avec vous, ai-je dit timidement. — Vous êtes changé depuis quelque temps, et je crains bien que vous ne vous ennuyiez quelquefois. Vous regrettez peut-être votre patrie, vos anciens amis? Cela serait bien naturel. Mais pourquoi nous craindre? pourquoi vous gêner? — Pour toute réponse, je levais les yeux au ciel et je soupirais. — Mais qu'avez-vous donc? me ditelle d'un air effrayé. — Je m'appuyai contre la cheminée sans répondre ; elle a soulevé ma tête, et, d'un air qui m'a rappelé à moi, elle m'a dit : — No me tourmentez pas, parlez, je vous en prie. — Son inquiétude m'a soulagé :

eUe m interrogeait toujoun. J'ai mit ma main •nr mon coeur oppressé, et je lui ai dit à voix basse : — Ne me demandez rien, abandonnez on malheureux. ~ Mes yeux étaient sana donle li éj^rés, qu'elle m'a dit : — Vous me faites frémir. — Elle a fait un mouvement comme pour mettre sa main sur mes yeux : — Il fiiut abMkimeirt que voua parliez à mon mari, a-tp^lie dit, il vous consolera. — Ces mots m'ont rendu à moi-même; j'ai joint lee mains ATaewM eflqpression de terreur. — Non, non, M lui dites rien, madame, par pitié, ne lui dites cien. — EUeiu'a interrompu : — Vous le connaisses bien Inal , si vous le redoutez ; d'ailleurs , il s'est aperçu que vous aviez du chagrin» nous en avons parlé ensemble, il croit que TOUS aimez... — Je l'interrompis avec viracité: il me 'semblait qu'un trait de lumière était envoyé à mon secours pour me tirer de cette terrible situation. — Oui , j'aime , lui *8-je en baissant les yeux et en cachant mon visage dans mes mains pour qu'elle n'y vit pas la vérité , j'aime à Stockolm tae jeune pe^»

•omie. — Est-ce Ida? me dit-elle. — Je secouai la te te machinalement, voulant dire non. — Mais si c'est une jeune personne, ne pou^ ▼«■-▼ous pas l'épouser ? — C'est une femme mariée, dis-je , en fixant mes yeux à terre et soupirant profondément —C'est mal» medilr

SB VALBIII8.

elle vivement. — Je le sais bien, dis-je avec tristesse. — Elle se repentit apparemment de m*avoir affligé et ajanta : — C'est encore plus malheareuxy on dit que les passions donnent des tonrmens si terribles ; je ne vous gronderai pins quand vons serez sanvage ; je tous plaindrai ; mais promettez-moi de faire vos efforts pour vous vaincre. Je le jure, dis-je, enhardi par le motif qui me guidait; et prenant sa main, je le jure à Valérie, que je respecte conune la vertu , que j'aime comme le bonheur, qui a fui loin de moi. — U me semblait que je voyais un ange qui me réconciliait avec moi-même, et je la quittai.

Page 1