ACTE m. SCÈNE IV
des prodiges de son art, je suivais sa main habile, et malgré lui, je surprenais ses secrets ! Ni ses mauvais traitements, ni le joug humiliant de sa tyrannie, rien ne me rebuta. Enfin, au bout de deux ans de ruses et de travaux continuels, j’étais sûr de moi 1 1 Un vieillard se présente : un de vos serviteurs, madame, un Allemand, un compatriote; il était trop indigent pour que mon maître daignât le secourir !...
Caroline. Comment! ce serait vous ?...
Le Comte. Combien j’étais ému! mon cœur palpitait et ma main était tremblante. Enfin, madame, je réussis. Depuis, mille épreuves nouvelles, toutes couronnées de succès, m’avaient attesté mes talents. Je partis plein de confiance et d’espoir ; et, c’est en rentrant en Allemagne que j’eus connaissance des titres, des dignités et du riche héritage qui m’attendaient. Je pouvais alors faire venir mon maître et le récompenser dignement. Mais j’avais l’orgueil de croire en moi ! 2 Et, vous le dirai-je, madame, j’aurais été jaloux que celle que j’aime reçût d’une autre main que de la mienne un pareil bienfait. Il me semblait que ce prix3 m’était dû!
Caroline, vivement . Oui, sans doute, vous le méritiez.
Le Comte. Eh bien ! madame, l’objet de tant d’amour, celle en qui résident et ma vie et mon bonheur, elle est ici, je l’ai vue, c’est Valérie!
Caroline. Que dites-vous ?
Le Comte. Prononcez maintenant. Suis-je libre, et m’est-il permis de vous épouser ?
Caroline, lui tendant la main . Avez-vous besoin de ma réponse ?
Le Comte. Non, je la lis dans vos yeux; et
quant au procès d’où dépend votre fortune, je crois pouvoir l’abandonner sans manquer à1 la mémoire de mon oncle. Je viens de faire dresser,2 par un notaire des environs, ma renonciation en bonne forme à des droits au moins très- douteux.
Caroline. Non, monsieur le comte, ils ne le sont pas.
Le Comte, souriant . J’entends, madame ; vous voulez que ma prudence ait le mérite d’un sacrifice. Eh bien ! soit, imitez-moi, faites aussi le sacrifice de votre fierté : acceptez mes offres et accordez-moi votre amitié.
Caroline. Ne l’avez-vous pas déjà ?
Le Comte. Eh bien, madame, je la réclame en ce moment. Il faut que vous m’aidiez à déterminer Valérie ; elle hésite encore ; je lui ai parlé d’un ami à qui je devais la conduire.
Caroline. Quoi ! ne lui avez-vous pas dit?...
Le Comte. Je m’en suis bien gardé!3 il n’y aurait plus d’espoir, si elle savait que c’est moi ! Un pareil moment exige la tranquillité, le calme le plus absolu ; la moindre émotion peut tout perdre, et elle n’aurait jamais le courage...