DEFINITION
Les origines du symbolisme sont vieilles comme le monde Elles rejoignent celles de la pensée humaine.
Il faut préciser le sens des mots de symbole et de symbolisme, qui varie avec les auteurs et les écoles.
Pour Littré, Symbole — figure ou image employée comme signe d’une chose.
En rhétorique — espèce de trope par laquelle on substi-
tue au nom d’une chose le nom d’un signe que l'usage a choisi pour la désigner. Exemple : A la fin j'ai quitté la robe pour l’épée.
G. Ferrero, élève de Lombroso, y voyait un signe dont la fonction est, en dernière analyse, « de provoquer la naissance de certains états de conscience ».
La Psychiatrie moderne a essayé, selon le mot de Binswanger, « de réaliser un concept précis de la personnalité humaine. » C’est le point central des travaux de P. Janet, Bergson, James. A la lumière ainsi apportée, Freud et son école
ont pu serrer‘la solution du problème de plus près. L'étude analytique de cette même personnalité leur a permis de mettre en valeur lés procédés symboliques du travail onirique. Et cette fertile conception les a amenés à une idée plus générale du processus symbolique.
Laissons de côté pour l'instant toule question de doctrine psychanalytique ou autre. Voici la définition de Freud
…En procédant comme nous venons de le dire, on obtient, pour une série d'éléments de rêve, des traductions constantes tout à fait semblables à celles que nos « livres de songes » populaires donnent pour toutes les choses qui se présentent dans le rêve... » « Lorsqu’à la suite d'expériences répétées, on a réussi à réunir un nombre assez considérable de ces traductions constantes, on s'aperçoit qu'il s’agit là d’interprétations qu'on aurait pu obtenir en se basant uniquement sur ce qu'on sait soit-même, et que pour les comprendre on n'avait pas besoin de recourir aux souvenirs du Rêveur.….
» Nous donnons à ce rapport constant entre l'élément d’un rêve et sa traduction le nom de « symbolique », l'élément lui-même étant un symbole de la pensée inconsciente du rêve. » |
Ainsi Freud et ses élèves voient-ils à la base du phénomène l'existence de la pensée inconsciente. C’est là une notion fondamentale.
Régis et Hesnard écrivent : « Le symbole est une modalité particulière de représentation d'image (concrète et chargée de signification affective) différente de la Métaphore, de l’Allégorie, de l’Allusion, et de toutes les autres formes d'images, en ce qu'elle est avant tout une expression substitutive, destinée à remplacer une chose cachée avec laquelle l’image en question est en relation par des associations d'idées inconscientes. »
Tout cela est exact. Mais pourquoi exclure systématique- : ment la Métaphore, l’Allégorie et | Allüusion + un procédé psychique, sous-entendu si général?
Freud n'est pas si affirmatif. Il constate : « L’essence du rapport symbolique consiste dans une comparaison. Mais il ne sullit pas d’une comparaison quelconque pour que ce rapport soit établi. Nous soupçonnons que la comparaison requiert certaines conditions, sans pouvoir dire de quel genre sont ces conditions.
» Tout ce qui peut servir de comparaison avec un objet ou un processus n'apparaît pas dans le rêve comme un symbole de cet objet ou de ce processus. D'autre part, le rêve, loin de symboliser sans choix, ne choisit à cet effet que certains éléments des idées latentes du rêve. Le symbolisme se trouve ainsi limité de chaque côté. On doit considérer également que la notion de symbole ne se trouve pas encore nettement délimitée, qu'elle se confond souvent avec celle de substitution, de représentation, etc., qu'elle se rapproche même de celle d’allusion. »
T1 semble done que l’on puisse accepter le symbole dans un, sens plus général que ne le font Régis et Hesnard, quitte à en étudier ensuite les modalités d'élaboration.
Pour ne prendre qu'un exemple : comment distinguer l’Allégorie du Symbole? Le rapport allégorique procède du symbolisme le plus pur si l’on s’en rapporte encore. à Freud (p. 183) : « Les rapports symboliques n'appartiennent pas en propre au rêveur et ne caractérisent pas uniquement Île travail qui s’accomplit au cours des rêves. Nous savons déjà que les Mythes et les Contes, le peuple dans ses proverbes et dans ses chants, le langage courant et l'imagination pes tique utilisent le même symbolisme. »
En fait, le domaine du Symbolisme est considérable, « le symbolisme des Rêves n’en est qu'une petite province et rien n’est moins indiqué que de s'attaquer au problème, entier en partant du Rêve ».
Nous suivrons ce sage conseil.
Quelques notions nous sont déjà acquises
Existence et opposition de deux mondes de la pensée Inconscient et Conscient:
Rapport de comparaison entre deux éléments de part et d'autre : le symbolisant, le symbolisé;
Caractère concret et affectif du second;
Universalité de son emploi.
Rapprochons de ces données la conception bergsonienne de la personnalité humaine utilisée par Minkowski
Un facteur statique : l'intelligence pure, s'oppose à un Îacteur dynamique, pragmatique : l’Instinct, l’Affectivité, et le complète.
H. Delacroix, d’autre part, dans son beau livre sur le langage, considère la nature humaine comme triple :
le Physiologique;
le Psychologique;
le Social.
et aborde l’étude du langage « phénomène spécifiquement humain de ce triple point de vue. La pensée symbolique coïncide avec la pensée tout court, dit-il en substance; toute une partie du langage est l’œuvre de la vie affective et de la vie sociale. Le langage est alors l’expression de la pensée sur les choses, soutenue par les mouvements de l’affectivité, et les orientations de la socialité : la conjonction du signe mental et du signe affecto-social ».
Ici encore, nette opposition entre l'intelligence et l’affectivité, le symbole prenant une valeur de trait d'union.
Aussi combien clair et simple nous parait maintenant le sens donné au Symbole par Hesnard dans son glossaire de Les Psychoses et les frontières de la Folie.
Symbole : objet auquel on confère une signification de sen-
timent.
Et c’est la définition que nous adopterons.
Voilà done du symbolisme un peu partout : le langage, les gestes, les coutumes, les divers modes d'expression artistiques, participent du même procédé.
Tout comme M. Jourdain de la prose, nous faisons chaque jour du symbolisme sans le savoir. Nous voilà submergés: un peu d'ordre est nécessaire.