‹ Valeur Pharmacologique de L'Hyposulfite de SoudeChapitre 10 sur 24 · NOTA · texte numérisé non relu

NOTA

Depuis qu'en 1888, G.-Fr.-W. Krükenberg a insisté sur l'existence dans le foie et dans les muscles d'une substance qui donne une « coloration pourpre après addition de nitroprussiate de soude et de potasse ou d'’ammoniaque »; depuis les belles expérien- . ces de J. de Rey-Pailhade sur le philothion, le problème du soufre dans les tissus a singulièrement progressé. F.-G. Hopkins a isolé du muscle et du foie des mammifères un élément soufré particulier, le glutathion, qui doit être aujourd’hui considéré comme un tripeptide formé d’une molécule de cystéine, d’une molécule d'acide glutamique et d’une molécule de glycocolle. A. Blanchetière et L. Binet, depuis 1926, se sont attachés à l'étude du glutathion dans les organes et ils ont abordé diverses conditions physiologiques et pathologiques capables de réagir sur la teneur de ces organes en glutathion réduit.

Tous les biochimistes qui, depuis G.-H. Hopkins, ont étudié le taux du glutathion dans les tissus v'vants, ont signalé la forte teneur du foie en glutathion réduit. Il est, après les glandes surrénales, l'organe le plus riche à ce point de vue.

Chez les divers mammifères (chien, lapin, cobaye et rat), chez les oiseaux, le pigeon en particulier, le foie est remarquable par sa teneur en glutathion réduit et L. Binet et A. Blanchetière ont-insisté sur la fixité relative des chiffres obtenus.

L’expérimentation a montré cependant à ces auteurs qu il était possible de déterminer de grosses chutes de glutathion hépatique.

La ligature du canal cholédoque vient d'être soulignée à ce point de vue. Déjà B. Varela, en collaboration avec À. Munilla et J. Duomarco, a noté chez le lapin une diminution marquée du glutathion hépatique après la ligature du canal cholédoque.

Chez le chien, à qui on a lié un canal hépatique, le glutathion réduit diminue légèrement dans le lobe correspondant au canal lié, par comparaison avee ceux qui ont conservé libres leurs voies biliaires.

De leur côté, L. Binet et A. Arnaudet ont fait les constatations suivantes :

Alors que le foie d’un chien normal renferme, pour 100 gr. de tissus frais, 240 mmzgr. de glutathion (dosé avec le nitroprussiate de soude comme indicateur), et 310 mmgr. avec l’amidon, chez les chiens sacrifiés du deuxième jour au septième jour après la ligature du cholédoque, des teneurs beaucoup moins élevées sont enregistrées :

138 et 166 mmegr.

167 et 187 mmer.

147 et 172 mmgr.

178 et 211 mmgr.

La dégénérescence expérimentale du foie — déterminée chez le lapin par injection sous-cutanée d’huiïle phosphorée fraîchement préparée —— provoque une diminution du glutathion hépatique; au lieu des chiffres normaux de 250 mmgr. au nitroprussiate et 270 mmgr. à l’amidon, A. Arnaudet trouve chez le lapin soumis à l’intoxication phosphorée depuis 9, 10 et 12 jours :

’ 106 et 152 mmegr.

112 et 170 mmer.

107 et 178 mmgr.

121 et 180 mmegr.

103 et 161 mmer.

Tels sont les faits expérimentaux, mais avant d’aller plus loin, peut-on conclure de l’animal à l’homme ?

L'étude du glutathion du sang peut nous donner sur ce sujet d’utiles renseignements.

Déjà B. Varela et ses collaborateurs, Apolo, Vilar et Esculies ont insisté sur une diminution des glutathion réduit dans le sang des sujets atteints d'’ictère, diminution qui persiste après la disparition de l’ictère.

Marcel Labbé et F. Nepveu ont noté chez les cirrhotiques une diminution des composés sulfhydrilés dans le sang. Ch. Achard, Mlle J. Lévy et G. Guthmann, dans une longue étude sur la glutathionémie, ont noté, dans les ictères et les cirrhoses, un léger abaissement du glutathion total.

Ces faits d'ordre expérimental ont conduit Léon Binet et À. Arnaudet à rechercher si, chez l’homme, la teneur du sang circulant en glutathion réduit ne subissait pas des variations notables au cours des affections hépatiques. Ils ont utilisé la méthode de Tunnicliffe en employant comme indicateur le nitroprussiate de soude dans un premier essai, l’empois d’amidon dans un second.

Il fallait éviter les causes capables de faire varier le glutathion: au cours des prises de sang, on évitait la stase veineuse consécutive à une application trop pro-

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longée du garrot, l’asphyxie élevant notablement le taux de glutathion réduit; d'autre part, on sait que le glutathion du sang est contenu dans les hématies, mais la chute observée ne semble pas dépendre d’une anémie du sujet, car les numérations n'ont pas montré un abaissement parallèle du nombre des globules rouges.

Les recherches de Léon Binet ont porté sur 11 cas d'ictère et 22 cas d’affections chroniques du foie non ictérigènes, et pour chaque cas, cet auteur à établi deux chiffres de glutathion réduit, exprimés en milligrammes pour 100 gr. de sang, le premier obtenu avec le nitroprussiate, le second avec l’amidon.

Chez l’homme normal, la méthode a donné une moyenne de 30 mmgr. pour 100 gr. de sang, avec le nitroprussiate de soude comme indicateur, et de 34 à 36 avec l’empois d’amidon, et chez un même sujet, examiné plusieurs jours de suite, L. Binet a obtenu les chiffres suivants: 80 et 36, 32 et 37, 32 et 36, 29 et 33.

1° Chez trois sujets atteints d’ictère catarrhal, voici les chiffres: 25 et 28 mmgr., 28 et 32 mmgr., 26 et 30 mmgr. |

2° Dans sept cas d’ictère, dépendant d’une lithiase biliaire, les chiffres furent les suivants: 12 et 15, 15 et 20, 16 et 19, 17 et 21, 17 et 22, 21 et 25, 21 et 25.

3° Chez deux sujets ictériques atteints de la maladie de Hanot-Chauffard, les chiffres furent les suivants: 28 et 37,5, 29 et 35.

4 Dans 8 cas de cirrhose de Laënnec, les chiffres

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trouvés furent: 21 et 24, 19 et 23, 11 et 15, 21 et 25,

20 et 24, 9 et 13, 20 et 26, 14 et 18.

= 5° Deux cas de cirrhose hypertrophique anascitique donnèrent des chiffres de: 20 et 24, 21 et 26.

6° Au cours de la cirrhose pigmentaire (2 cas), voici les chiffres: 14 et 19, 7 et 9.

7° Enfin, deux cas de tumeur du foie (un épithéloma secondaire et un hépatome ou adénome malin) : pour le premier, la teneur en glutathion était de 28 et 32, et pour le second, de 29 et 35.

Ces résultats conduisent à cette conclusion que, si chez les malades ictériques, du fait d’une maladie de Hanot-Chauffard, le taux du glutathion est pratiquement normal, il est diminué légèrement dans l’ictère catarrhal, notablement au cours des ictères dus à un calcul du cholédoque. D'autre part, parmi les cirrhoses non ictérigènes examinées par L. Binet et A. Arnaudet, il faut retenir surtout la cirrhose de Laënnec, où il a été noté un abaissement notable du glutathion qui semble en rapport direct avec l'atteinte du parenchyme hépatique; et la cirrhose pigmentaire, où sa diminution semble tenir de la double insuffisance pancréatique et hépatique.

Ainsi la détermination du taux du glutathion réduit dans 2 sang semble devoir être d’un certain intérêt au cours des affections hépatiques.

Est-il possible de lutter contre la diminution du glutathion réduit? Peut-on modifier la teneur des tissus en substances à groupements sulfhydriles, en administrant des produits soufrés à l’animal

M. Lœper et ses élèves ,au cours de leurs travaux sur la fonction thiopexique du foie, ont insisté sur un accroissement de la richesse soufrée du foie si l’on augmente la charge en soufre de l’organisme.

Louis Mélon a démontré qu'une administration riche en cystine provoque une augmentation du glutathion.

Léon Binet a pensé intéressant de recourir à l’hyposulfite de soude.

V. Arnovljevitch, opérant sur le pigeon, a noté une élévation du glutathion hépatique sous l'influence de l’hyposulfite de soude.

Après administration d’hyposulfite de soude à des chiens, 11 à 37 grammes en 3 semaines — et quelques jours après la cessation de l’administration de cette substance — on. trouve par la méthode de Tunnicliffe (nitroprussiate de soude comme indicateur) des chiffres de glutathion qui ont doublé dans le foie.

D'autre part, chez des chiens ayant une ligature du canal cholédoque, et soumis à l’hyposulfite de soude (5 gr. par jour), on trouve dans leur foie un taux normal par la méthode de Tunnicliffe.

Tous ces faits ont conduit des auteurs à des applications en thérapeutique humaine : René Gutmann en particulier a rapporté à la Société médicale des Hôpitaux de Paris un cas bien intéressant : un de ses malades, soigné pour ictère par obstruction (cirrhose et pancréatite chronique) était tombé, deux jours après cholécystostomie, dans des « conditions préagoniques » : vomissements répétés et sanglants, hoquet, hypothermie.

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À ce moment, R. Gutmann, ayant eu connaissance des travaux de L. Binet et de ses collaborateurs, institua (le malade ne gardait aucune quantité de boisson) un goutte à goutte rectal avec 3 gr. d’hyposulfite de soude par 24 heures.

Dès le lendemain, l’état général redevint meilleur; cinq jours après, le malade était hors de danger et R. Gutmann de conclure: « L’hyposulfite de soude, chez un ictérique en état d'insuffisance hépatique de la plus extrême gravité, s’est révélé comme un agent thérapeutique nouveau, d’action immédiate et puissante ».

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