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CHAPITRE II

Hyposulfite de soude et intoxication

Dans son cours sur les poisons, Claude Bernard avait donné les lois suivantes:

a) Toutes les substances qui se trouvent dans un état physique ou chimique tel qu'elles puissent faire partie de notre sang ne sont, en général, pas des poisons.

b) Toutes les substances qui, en raison de leur constitution physique ou chimique, ne peuvent entrer dans la composition de notre sang, ne sauraient pénétrer sans y causer des désordres passagers ou durables.

Ultérieurement, les auteurs devaient envisager l’intoxication dans un sens beaucoup plus large et dans ce terme, comme le fait G.-H. Roger, « englober les différentes modifications qui peuvent se produire dans la constitution chimique des liquides de l’organisme ». Ce dernier, paraphrasant le mot célèbre de Paul Bert: « On meurt toujours par asphyxie », concluait son étude sur les intoxications de la façon suivante: « Il semble plus juste de dire aujourd’hui qu’on meurt toujours par intoxication »,

A. Tzanck définit actuellement l’intoxication comme un processus pathologique caractérisé par le poison lui-même ou substance incapable de demeurer dans le sang sans y provoquer nécessairement des désordres graves, plus ou moïns intenses, et, en tous cas, proportionnels à la dose.

Les toxiques ou poisons agissent sur les tissus et les humeurs par leurs affinités physico-chimiques et l'intensité des accidents est proportionnelle à la dose de toxique employée.

La variété des accidents réside dans la variété des affinités des divers poisons qui réalisent, soit une intoxication lésionnelle, soit une intoxication pharmacodynamique, soit enfin une intoxication physique.

Les antidotes ou contre-poisons sont des it qui neutralisent l’action des poisons.

Il existe un antidotisme spécifique: à tel poison déterminé correspond un antidote déterminé, ou bien à une série homologue de poisons correspond une série homologue d’antidotes.

Cet antidotisme repose en général sur des affmités chimiques réciproques entre poisons et contre-poison. Celui-ci réagit sur celui-là pour donner une substance inoffensive. Pourtant cet antidotisme peut résider dans des propriétés pharmacodynamiques contraires des produits en présence. Dans ce cas, il y a production de réactions physiologiques opposées et par suite compensatrices, les unes des autres,

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ANTIDOTISME DE L'HYPOSULFITE DE SOUDE VIS-A-VIS DU CYANURE DE POTASSIUM

L'hyposulfite de soude possède-t-il une action curative vis-à-vis de l'intoxication par le cyanure de potassium ?

Tel fut déjà, en 1897, le motif du débat expérimental soutenu par Lang d’une part, par J.-F. Heymans et P. Masoin d'autre part.

Dans un important travail, Lang démontrait sur le

lapin l’action antitoxique de l’hyposulfite de soude

vis-à-vis du cyanure de potassium.

Dans ses expériences, Lang fait varier les voies d'absorption et du poison et du contre-poison. Il remarque que l’hyposulfite de soude a une puissance d'action d'autant plus considérable que la voie d’absorption du contre-poison, comparée à celle choisie par le poison, a été plus rapide.

Il est à remarquer que dans son travail Lang ne cite qu'une seule expérience dans laquelle l’hyposulfite de soude a été administré deux minutes après le cyanure donné par voie stomacale. Dans tous les autres essais, l’hyposulfite a été administré soit avant, soit après le cyanure de potassium; dans ce dernier cas, le temps écoulé entre le moment de l’administration du poison et celui du contre-poison varie seulement de quelques secondes à une minute, à une minute et demie. Si, d’autre part, on tient compte du fait que Lang ne cite aucune expérience où l’hyposulfite ait été administré alors que les accidents graves

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étaient apparus, on a le droit de se demander si l'hyposulfite possède uné action curative de l'intoxication, les expériences de Lang démontrent uniquement l'existence d’une action préventive. ;

Reprenant et complétant les expériences de Lang, avec une grande rigueur scientifique, J.-F. Heymans et P. Masoin démontrèrent que sur le lapin l’hyposulfite de soude n’a aucune action sur le cyanure de potassium déjà agissant. Il est essentiel, en effet, de se rappeler que le cyanure, administré par la voie intraveineuse, se distribue d’abord uniformément dans le sang, une infime partie seulement — celle qui s’est portée sur les centres respiratoires et circulatoires — déterminant directement les premiers symptômes plus ou moins graves de l’intoxication.

L'hyposulfite de soude injecté après le cyanure, alors que l’intoxication est déjà manifeste, n'’exerce d'action utile que sur la portion circulante du poison, non encore agissante. Quant à la partie agissante, elle poursuit son action et l’hyposulfite est incapable de modifier cette dernière en quoi que ce soit: l’évolution de l’intoxication et de la désintoxication physiologique se poursuit avec sa durée et ses caractères habituels. L’hyposulfite de soude constitue done, ainsi que les expériences de Lang le prouvent, un agent préventif ou inhibitif de l’intoxication par le cyanure de potassium, agent puissant exerçant son action après absorption même du poison, peut-être même après pénétration, mais avant combinaison du poison dans les cellules.

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L'hyposulfite de soude n’est donc pas un agent curatif de l’intoxication proprement dite par lé cyanure de potassium. Au contraire, sur les dinitriles, J.-F. Heymans et P. Masoin ont démontré que l’hyposulfite de soude présente les propriétés d’un contrepoison curatif. E. Hug a rapporté des expériences confirmant celles que nous venons de résumer.

Nous abordons maintenant les recherches poursuivies au Laboratoire de Physiologie par Léon Binet et A. Arnaudet, et auxquelles nous avons personnellement assisté. Elles portent sur le poisson entier et sur la tête isolée.

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