A MES MAÎTRES DE LA FACULTÉ DE MÉDECINE DE MONTPELLIER
A MES MAÎTRES DE LA FACULTÉ DE MÉDECINE DE LYON ET DE L'ÉCOLE DU SERVICE DE SANTÉ MILITAIRE
Introduction
Le 30 juillet 1897, à la Société médicale des Hôpitaux de Paris, M. BABNSKI, présentant un malade atteint d’hémiplégie spasmodique gauche, décrivit, pour la première fois, le phénomène de « la flexion combinée de la cuisse et du tronc » :
« Lorsque étendu sur un plan résistant, plus ou moins horizontal, sur un plancher, par exemplé, dans le décubitus dorsal, les bras croisés sur la poitrine, le malade fait un effort pour se mettre sur son séant, du côté paralysé, la cuisse exécute un mouvement de flexion sur le bassin et le talon se détache du sol; tandis que du côté opposé, le membre inférieur reste immobile ou que la flexion de la cuisse et le soulevement du talon n’apparaissent que plus tardivement et sont bien moins marqués qu’au membre atteint de paralysie. Le mouvement que je viens de décrire se produit quand, après s’être mis su: son séant, les bras toujours croisés sur la poitrine, le malade porte le tronc en arrière pour reprendre la posi-
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tion primitive. J’appellerai ce phénomène : mouvement associé de flexion de la cuisse. »
Il est certain que lorsque M. BaABinski décrivit successivement, dans le cours de la même année, le signe du peaucier du cou et la flexion combinée de la cuisse et du tronc, comme étant deux symptômes pathognomoniques des hémiplégies organiques, il n’envisageait que les troubles moteurs unilatéraux provoqués par une lésion intéressant les origines ou le trajet du faisceau pyramidal. « On se rappelle que ce faisceau nait dans l’écorce de la région rolandique, traverse le centre ovale et la capsule interne, descend dans le pied du pédoncule cérébral, dans la protubérance, dans le bulbe où il s'entrecroise avec celui du côté opposé, dans la moelle où il se termine enfin dans les cornes antérieures, origine des racines rachidiennes motrices >» (CoLLET). Selon le siège de la lésion, on peut observer des hémiplégies corticales, capsulaires, pédonculaires, protubérantieiles et enfin bulbaires qui, quoique anatomiquement différentes, présenteront toutes cependant les signes classiques de perturbation pyramidale, avec des caractères secondaires susceptibles de permettre le diagnostic de localisation en hauteur. On se rappelle que le syndrome de Weber est caractérisé par la paralysie des membres | du côté opposé à la lésion avec paralysie du moteur oculaire commun du même côté ; le syndrome Milliard-Gubler est caractérisé, au contraire, par la paralysie des membres du côté opposé à la lésion avec paralysie du facial du même côté.
M. BaBiNsKi, ayant observé de nombreux cas d’hé-
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miplégies spasmodiques de cette origine, avait constaté la constance de la flexion combinée de la cuisse et du tronc et du signe du peaucier qui, au contraire, faisaient toujours défaut dans les hémiplégies dont lorigine pithidtique pdraissait probable. On comprend dès lors toute l’importance qu’il a pu attacher à cette découverte clinique. Les neurologistes possédaient ainsi une preuve de plus pour affirmer ou dépister la nature fonctionnelle de ces perturbations.
Désormais, ces. deux signes prenaient place dans la séméiologie nerveuse et, de nos jours, les auteurs classiques les considèrent comme caractéristiques de l’organicité, et leur donnent la même valeur symptomatologique qu'à l’exagération des réflexes, à la trépidation épileptoïde du pied, au clonus de la rotule, au phénomène des orteils et à l’exagération des réflexes de défense. Mais doit-on attribuer à ces deux phénomènes une si grande importance diagnostique ?
Depuis quelques années, le nombre et la nature des syndromes hémiplégiques s’est considérablement augmenté. Successivement, divers auteurs ont décrit le syndrome thalamique, l’hémi-parkinson et d’autres syndromes moteurs à topographie hémiplégique dont origine organique ne saurait être contestée, bien qu’ils ne s’accompagnent, ni de signes pyramidaux, ni de flexion combinée de la cuisse et du tronc, pas plus que du signe du peaucier du cou.
Journellement, les médecins experts et, en particulier, les médecins militaires, examinent des hémiplégiques. Il faut pensionner les organiques, il faut traiter les hystériques. Pour reconnaître la nature
de ces troubles, on recherche, faute de mieux, les principaux signes dont nous avons parlé plus haut. Or, « on a, à tort, disent, dans un travail récent, MM. Rouquier et Darré (1), attribué une origine hystérique ou fonctionnelle à des accidents dont la nature organique est très réelle en se basant sur labsence des signes que l’on considérait, il y a quelques années, à la suite même des travaux de M. BABINSKI, comme seuls caractéristiques de l’organicité. Ces signes ont ont une valeur incontestable et pour nous incontestée. Ils ont permis de distinguer des accidents organiques de simples troubles fonctionnels d’origine suggestive, les reproduisant d’une façon plus ou moins grossière. Mais ils n’ont pas toujours la valeur d’un critérium absolu, en particulier en ce qui concerne le signe de la flexion combinée de la cuisse et du tronc. »
Au cours de nos stages hospitaliers dans le service de neuro-psychiatrie des hôpitaux militaires Desgenettes et Villemanzy, nous avons eu maintes fois l’occasion d’observer des sujets atteints de troubles moteurs unilatéraux d’origine sans aucun doute organique, et qui ne présentaient pas de flexion combinée de la cuisse et du tronc. C’est pourquoi, à l’instigation de M. le Médecin-Commandant RoUQUIER, proflesseur agrégé du Val de Grâce, nous avons accepté d'étudier la valeur séméiologique de ce signe.
Abordant dans ce modeste travail inaugural l’étude d’une question aussi délicate, nous exposerons
() Rouquier et DARRÉ. - Hystérie et syndromes extrapyramidaux, (Encéphale n° 8. 1928).
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simplement le résultat de nos recherches et nos impressions personnelles sur le sujet. Dans une première partie, après avoir fait l’historique de la question, nous essayerons d'interpréter le mécanisme normal et pathologique du mouvement de flexion combinée de la cuisse et du tronc, et parmi les nombreuses théories émises, nous tâcherons de distinguer la meilleure; dans la deuxième, nous ferons l’étude séméiologique de ce signe :
1° Dans les hémiplégies d’origine pyramidale;
2° Dans les syndromes parkinsoniens unilatéraux;
3° Dans d’autres troubles moteurs à topographie hémiplégique dus probablement à une lésion mésencéphalique, et susceptibles, après examen superficiel, d’être considérés comme d’origine pithiatique, si l’on se base sur l’absence de flexion combinée de la cuisse et du tronc, du signe du peaucier et de signes pyramidaux.