‹ Valserine, and other storiesChapitre 7 sur 7 · PETITE ABEILLE · texte numérisé non relu

PETITE ABEILLE

AHl te voilà enfin posée sur le /\ montaiit de ma fenêtre :

Depuis un long moment ta étais là, dansant dans le soleil levant, le soleil d'automne encore tout frais de la fraicheur de la nuit.

D'où viens-tu, petite abeille jaune et noire ?

Quel chemin t'a conduite par la grande ville jusqu'à mon sixième étage, et quelle galté ou quel désespoir t'a fait danser si longtemps dans l'encadrement de ma fenêtre ouverte ?

Parfois tu t'élançais si fort qu'on eût dit que tu voulais atteindre le ciel, puis ta danse devenait triste et ton vol retombant.

Dis-moi, petite abeille, viens-tu

PETITE ABEnXE

d'un bal de nuit ou reviens-tu de guerre ?

Quand tu t'es posée sur le montant de ma fenêtre, tout ton petit corps tremblait de fatigue. Tes pattes se repliaient sans forces, tes ailes frissonnaient et ta tête ronde remuait et se balançait conune la tête d'une vieille femme dont le cou est devenu faible.

Maintenant tu dors, petite abeille.

Tes fines pattes sont agrippées au bois, mais ton corps est si lourd qu'il penche de côté et tu fais penser à un pauvre homme sans gîte, qui à erré toute la nuit, et qui s'est endormi au matin sur un banc.

Tout à l'heure tu t'envoleras, tu secoueras tes fines ailes qui ressemblent en ce moment à des parcelles d'écaillés séchées.

Tu redescendras vers la terre, où tu trouveras encore des fleurs et des ruisseaux.

Mais maintenant, dors dans le rayon du soleil levant, dors tranquille sur la boiserie de ma fenêtre ouverte,

PETITE ABEII#LB

car j'ignore d'où tu virais petite abeille. Mais qoe tu viennes d'un bal de nuit ou que tu reviennes de guerre, dors jusqu'à midi, sous le doux soleil d'octobre.

MON BIEN-AIMÉ

MON bien-aimé est parti, et la nuit descend sur moi.

Elle ne peut entrer en moi, car dans mon cœur brûle une fianune claire que rien ne peut éteindre et qui m'éclaire toute. Dans le crépuscule léger j 'erre doucement par les sentiers, espérant toujours voir le bien-aimé dans l'autre sentier.

Parfums doux des roses et des lis.

Parfums amers des peupliers et des lierres, vous passez dans mes cheveux et sur ma bouche ; mais ma bouche garde le souvenir des parfums vivants de son baiser.

Mon bien-aimé est parti, et mon âme est pleine de sanglots.

Pleurez sur moi, saules pleureurs.

N'êtes-vous pas ici pour pleurer sur les peines d'amour ?

MON BIEN-AIME

Vous laissez pendre votre feuillage comme une douce et blonde chevelure ; mais la sienne est plus blonde et plus douce.

Fermez sur moi vos rideaux mystérieux, beaux ifs ; afin que mes soupirs ne troublent pas les amours des fleurs.

Les roses toutes parfumées s'ouvrent en frémissant à l'approche de la nuit, et les liserons frileux s'enroulent dans leurs pétales pour attendre la fraîcheur du matin qui déposera sa blanche rosée au fond de leur corolle blanche.

Douce nuit», tu chantes pour m'endormir.

Mais le sonuneil s'en est allé avec le bien-aimé.

Tu chantais aussi quand il était là.

Et silencieux nous l'écoutions.

Nos mains s'enlaçaient : nos fronts se touchaient et tu passais sur nos visages avec des caresses qui faisaient frémir nos âmes, et remplissaient nos cœurs de tendresse.

MON BIEN-AIME

Nous t'aimions, belle nuit :

Avec tes brises parfumées.

Avec tes arbres balancés.

Avec tes feuilles frissonnantes.

Avec le mystérieux chagrin de tes sources.

Et le chant de tes crapauds qui soufflent dans des flûtes de perles. . . .

Ce soir, mon bien-aimé est parti.

Dans l'ombre, mes yeux cherchent ses yeux :

Mes doigts s'ouvrent pour caresser son front et les douceurs de son cou.

Mon visage se tend pour aspirer son soufile.

Et le doux lien de ses bras manque à ma ceinture.

Douce nuit si bonne à ceux qui souffrent mets un pan de ton voile sur mes yeux, afin que je ne voie plus le sentier par où s'en est allé mon bien-aimé.

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