‹ ValvèdreChapitre 8 sur 8 · V.VI.VftDUK · texte numérisé non relu

V.VI.VftDUK

jiar aucun dévoueniont, par aucun sacrilicc, lui donner autre chose qu'un instant de calme et d'espoir à sa dernière heure. Voilà Valvèdrc tout entier ; mais Valvèdre amoureux d'un plus pur idéal redevient mystérieux pour moi. Le respect, de cet idéal va chez lui jusqu'à la peur. Moi, au refroidissement graduel de sa familiarité avec Adélaïde, qu'il tutoie encore, mais qu'il n'embrasse plus au front comme il embrasse Rose, j'ai vu qu'elle n'était plus pour lui comme les autres enfants de la maison. J'ai cru voir aussi, à cha(jue voyage qu'il a entrepris, au dernier surtout, un effort suprême, comme un devoir accompli, mais plus pénible de jour en jour. Enfin il l'aime, je le crois ; mais je ne le sais pas, et ma position m'empêche de le lui demander. Il est fort riche, d'un nom célèbre dans la science, très -au -dessus, selon le monde, de cette petite bourgeoise qui cache avec un soin farouche ses talents et sa beauté. Je ne crain;^ pas que lui m'accuse jamais d'ambition ; pourtant il est des convenances d'éducation au-dessus desquelles je ne suis pas encore assez philosophe pour me placer, et, si Valvèdre me cache depuis si longtemps son secret, c'est qu'il a des raisons que j'ignore, et qui rendraient mes avances pénibles pour lui, humiliantes pour moi.

— Ces raisons, je les saurai, m"écriai-je, je veux les savoir.

— Ah! prends garde, prends garde, mon ami! Si nous nous trompions sur le compte d'Adélaïde ! si ,

n.-S VALVEDRE.

au moment où, encom'agé et renaissant à l'espérance , Valvèdre s'apercevait qu'il n'est pas aimé comme il aime! Adélaïde est un bien autre mythe que lui ! Cette fille qui a l'air si heureux, l'œil si pur, le caractère si égal, l'esprit si studieux, la joue si fraîche, que ni le désir, ni l'espérance, ni la crainte ne semblent pouvoir atteindre ; cette Andromède souriante au milieu des monstres et des chimères, sur son rocher d'albâtre inaccessible aux souillures comme aux tempêtes... pourquoi à vingt-six ans n'est-elle pas mariée? Elle a été demandée par des hommes de mérite placés dans les conditions les plus honorables, et, malgré les désirs de sa mère, malgré mes instances, malgré les conseils de Juste et de ma femme , elle a souri en disant : « Je ne veux pas me marier ! — Jamais? lui a dit un jour Valvèdre. — Jamais! »

— Dis-moi, Henri, Alida vivait-elle alors?

— Oui.

— Et, depuis qu'elle n'est plus, Adélaïde a-t-elle répété jamais?

— Maintes fois.

— Valvèdre présent?

— Je ne sais plus. Tu m'y fais songer! il était peutêtre loin, elle avait peut-être reperdu l'espérance.

— Allons, allons ! tu n'as pas encore assez bien ol> serve. C'est à moi de travailler à déchiffrer la grande énigme. La philosophie stoïcienne, acquise par l'étude de la sagesse, est une sainte et belle chose, puisqu'elle peut alimenter des flammes si pures, si constantes et

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si paisibles; mais toute vertu a son excès et son péril. N'en est-ce pas un très-grand que de condamner au célibat et à un éternel combat intérieur deux êtres dont l'union semble être écrite à la plus belle paye des lois divines?

— Juste Valvèdre a vécu très-calme, très-digne, très-forte, très-féconde en bienfaits et en dévouements,... et pourtant elle a aimé sans bonficur et sans espoir.

— Qui donc ?

— Tu ne Tas jamais su?

— Et je ne le sais pas.

— Elle a aimé le frère de ta mère, l'oncle qui te chérissait, l'ami et le maître de Valvèdre, Antonin Valigny. Malheureusement, il était marié, et Adélaïde a beaucoup réfléchi sur cette histoire.

— Ah ! voilà donc pourquoi Juste m'a pardonné d'avoir tant offensé et affligé Valvèdre! Mais mon oncle est mort, et la mort ne laisse pas d'agitation. Sois sûr, Henri, qu'Adélaïde soutfre plus que Juste, Elle est plus torte que sa souttrance, voilà tout; mais son bonheur, si elle en a, est l'œuvre de sa volonté, et j'ai cru, moi aussi, pendant sept ans, qu'on pouvait vivre sur son propre fonds de sagesse et de résignation. Aujourd'hui que je vis à deux, je sais bien qu'hier je ne vivais pas!...

Henri m'embrassa et me laissa agir. Ce fut une œuvre de patience, de ruse innocente et d'obstination dévouée. Il me fallut surprendre des quarts de mots et

des ombres de reyard ; mais ma chère Rose, plus hardie et plus conhante, m'aida et vit clair avant moi.

lis s'aimaient et ne se croyaient pas aimés l'un de l'autre. Le jour où, par mes soins et mes encouragements, ils s'entendirent fut le plus beau de leur vie et de la mienne.

PARIS. — IMI'RIMICRIE DE J. CL.4.YE, Bt!E SA1NT-I!EN01T, 7

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