OBSERVATION V
BaizcarGer, Rapport du D' Bédor, de Troyes, in Bulletins de l’Académie de médecine, 1857.
Morez : Gazette hebdomadaire, 1857.
Alexandre Siméon était un enfant trouvé, né en 1829, élevé par les soins des hospices de Troyes. Dès son âge le plus tendre, il fut bizarre de caractère, se signala par des accès de colère sans motif. A l’âge de dix ans, son père nourricier le ramena à l’hospice, disant que ce garçon avait la cervelle dérangée. C'était une sorte d’imbécile auquel on ne put jamais apprendre
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à lire, Néanmoins il fit très bien sa première communion, sans doute par imitation automatique, comme l’a pensé Bédor.
‘ On le plaça chez des paysans pour garder le bétail : il fut capricieux, fantasque, indiscipliné. Il partait vagabonder dans les campagnes, se montrait d’une gloutonnerie insatiable, et, pour la satisfaire, entrait dans les chaumières des paysans et prenait ce qu’il trouvait à sa convenance,
Ramené à l’hospice, il s’évada plusieurs fois. De nouveau placé berger, il se montra maniaque par accès, mais infatigable au travail et extrêmement robuste.
On le réforma pour un vice de conformation du pied droit.
D’à partir de ce moment, Siméon fut gardé à l’hospice et envoyé aux travaux des champs. Il présentait une extraordinaire perversion du goût (malacie), qui le portait à manger de la craie, du charbon ou de la terre... Il n’éprouvait néanmoins aucun éloignement pour la nourriture. Il était au contraire si avide d’aliments et d’une gloutonnerie si insatiable, si malpropre, que les autres domestiques de la maison refusaient de prendre toute nourriture avec lui.
Sa salacité était révoltante : il se jetait sur les femmes pour les violer, si bien qu’à la suite d’une de ces tentatives sur une femme du bourg d’Eslissac, il fut définitivement interné à l’hospice.
Cependant, toute idée de moralité n’était pas éteinte chez Siméon. Il fut employé au milieu de femmes à la buanderie et resta respectueux avec elles. Mais « un attrait particulier l’attirait alors puissamment vers les plus sales garnitures des lits, vers le linge de corps imbibé de la dernière sueur, et surtout vers les draps dans lesquels une femme venait de mourir. Le malheureux fou se tenait aux aguets pour s’en emparer, ne serait-ce qu’un instant. Pour peu que les contaminations récentes, soit stercorales, menstruelles, leucorrhéiques ou d’une nature analogue, imprégnassent fortement les tissus qu’il saisissait d’une main furtive, on le voyait, lorsqu'on ne l’en empêchait pas aussitôt, se délecter à en aspirer l'odeur, vouloir s’'envelopper dans les replis de ces draps contaminés, »
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De plus, Siméon, trompant la surveillance, s’introduisait dans la salle des morts quand il savait que le corps d’une femme venait d’y être déposé. Là, il se livrait aux plus indignes profanations.
Il se vanta publiquement de ces faits dont il ne paraissait point comprendre la gravité. D’abord ou ne put y croire, mais appelé devant le directeur, Siméon raconta ce qui se passait de manière à lever tous les doutes.
On prit dès ce moment toutes les mesures pour mettre cet homme dans l'impossibilité de renouveler les profanations qu'on venait de découvrir. Mais cet idiot, si privé d’intelligence pour toutes choses, déploya dans ce cas un instinct de ruse qui le fit triompher de tous les obstacles. Il avait dérobé une clef de la salle des morts et les profanations de cadavre purent ainsi continuer pendant longtemps.
Il fallut enfin reconnaître l’inutilité des mesures employées jusque-là pour prévenir le retour d’actes aussi odieux, et Siméon fut envoyé à l'asile d’aliénés de Saint-Dizier.