OBSERVATION VII
ALBERT BATAILLE : Les causes criminelles et mondaines, 1886.
Henri Blot est fils d’un père épileptique. Il fut tres difficile à élever et fut successivement groom au ministère des finances, apprenti serrurier, apprenti marbrier.
Il s’engagea à dix-huit ans et partit en Afrique. Là, il se mit à boire de l’absinthe. Il fut cassé pour ivresse du grade de caporal. De retour en France, il continua à boire de l'absinthe. On l’embaucha comme fossoyeur au cimetière de Saint-Ouen. Il resta quinze mois dans cet emploi puis fut révoqué. On remarqua alors au cimetière qu’on retrouvait les cercueils disloqués. Ce fait fut attribué à l’humidité. Après la révocation de Blot, il ne se serait pas reproduit.
Blot était en proie à cette époque à de violentes crises d’épilepsie.
En 1884 il se marie par amour avec une jeune fille de dixsept ans. Les six premières semaines de cette union sont Heureuses, mais bientôt Blot se remet à boire de l'absinthe et devient d’une brutalité révollante. Il bat sa femme à coups de pied et à coups de poing, pour le plaisir de battre, semble-t-il. Pendant sa grossesse il la brutalise abominablement pour la faire avorter. Enfin il est d’une grande bestialité dans ses rapports conjugaux. Aussi sa femme le quitte-t-elle pour se réfugier chez sa mère.
Le 25 mars 1886, dans la soirée, entre 11 heures et minuit, Blot escalade une petite porte donnant dans le cimetière Saint- Ouen, se dirige vers la fosse commune, enlève la cloison qui retient la terre sur la dernière bière de la rangée. Une croix piquée au-dessus de la fosse lui apprend que le cercueil est le corps d’une jeune femme de dix-huit ans, Fernande Méry, dite Carmanio, figurante de théâtre, enterrée la veille.
Il déplace la bière, l’ouvre, retire le corps de la jeune fille qu'il emporte à l’extrémité de la tranchée, sur le remblaï. Là, il
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pose, par précaution, ses genoux sur des feuilles de papier blanc
enlevées à des bouquets et pratique le coït sur le cadavre, Ensuite, il s'endort probablement, et ne se réveille que pour sortir du cimetière assez à temps pour ne pas être vu, mais trop tard pour replacer le corps .
A la suite de la découverte de cette violation de dbehtre un auto-accusateur, Duhamel, se dénonce par une lettre et donne tellement de détails qu'on le croit coupable et qu’on l’incacère à Mazas, pendant quelques mois, non sans s'apercevoir de ses troubies mentaux qui font le sujet d’un rapport des D" Motet et Garnier.
Le 12 juin, Blot boit beaucoup. Apres la sortie des brasseries, il se rend au cimetière, franchit le mur d’enceinte, va de nouveau vers la fosse commune. Il descend dans le fond, enlève les planches qui tiennent le dernier cercueil inhumé, ouvre Île couvercle sans outils et trouve le cadavre d’une enfant d’un an, Pauline Chaillet, morte de variole confluente et enterrée la veille. Il emporte le cadavre dans une petite maison abandonnée du vieux cimetière où l'on range les outils des fossoyeurs. Il connaît parfaitement cette maisonnelte que son père a longtemps habitée. Il pénètre par la fenêtre, pose le cadavre sur le plancher, le souille, puis s’endort jusqu’à sept heures du matin. À son réveil, il voit une clef intérieure, et cherche à ouvrir avec elle la porte d'entrée. À ce moment, il aperçoit les gardiens et s'enfuit par la fenêtre. Les gardiens de ronde avaient trouvé le cercueil exhuimé, ils poursuivent le fuyard et l’arrétent. |
A l’interrogaloire, Blot avoue être l’auteur de la profanation du cadavre de Fernande Méry. Au juge qui lui montre l'horreur de ses actes, il répond en souriant : « Que voulez-vous, chacun a ses passions. Moi le cadavre, c’est la mienne! »
Blot comparaît le 27 août 1886 devant la 11e Chambre correctionnelle. Outre son acte de vampirisme, on lui reproche d’avoir au mois de janvier, assailli et violemment frappé un terrassier, Pour ce dernier délit et ses profanations, il est condamné à deux ans de prison.
Le chroniqueur judiciaire nous le représente sous les trait d’« un assez joli garçon de vingt-six ans, à figure un peu blème. Ses cheveux sont ramenés sur le front, à la chien. Il porte à la lèvre supérieure une fine moustache soigneusement effilée. Ses yeux, profondément noirs, enfoncés dans l'orbite, sont clignotants. Il a quelque chose de félin dans l’ensemble de la physionomie; quelque chose aussi de l'oiseau de nuit (?) Blot est vêtu d’un pantalon gris et d’une longue blouse blanche ».
Le D° Motet conclut sa déposition en ces termes :
« L'examen de l’état mental de Blot, depuis son arrestation, me permet d'affirmer que cet homme, quelles que soient les imperfections dues à son hérédité morbide, n'est pas un aliéné, et qu’a l'heure présente, rien ne justifierait son placement dans un asile. Le demander comme mesure préventive ne nous est pas permis. Ce serait supprimer toute responsabilité chez un homme qui peut, s’il le veut énergiquement, se corriger de toutes ses habitudes d’intempérance. En conséquence, je suis d'avis que s’il est juste de tenir compte des antécédents pathologiques de Blot, dans l’appréciation du degré de responsabilité au point de vue pénal qui lui incombe, il n’est pas moins juste, dans un intérêt de défense sociale, de réprimer des actes commis sous l'influence de livresse manifestement volontaire. »