Kritisches Vcr^cichniss. Zurich
Ce fut seulement en i8i6que les deux Hollandais, auteurs de l'Histoire de la Peinture nationale ' , essayèrent de protester contre cette ingratitude et tentèrent, en faveur du maître de Delft, un essai de réhabilitation biographique. Mais, à ce moment, la trace de notre peintre était si bien perdue, qu'il n'était même plus en possession de son état civil, ni môme de son vrai nom.
Comme le constatent ses deux biographes de 1 8 1 6, « on le nommait déjà communément Van der Meer, et mieux Van der Meer, de Delft ( Delftschen Van der Meer), pour le distinguer des deux Van der Meer, de Haarlem, le vieux et le jeune, et de Jean Van der Meer, de Schoonhoven, lequel habita Utrecht, et fut non seulement peintre, mais encore conseiller municipal de cette ville et receveur des convois et licences de la navigation »2.
Quant à des détails personnels sur Vermeer, MM. Van Eynden et Van der Willigen n'en connaissent point d'autres que ceux donnés par Bleyswijck et que nous connaissions déjà. S'ils ajoutent quelque particularité biographique, on peut être sûr qu'elle est de leur invention, et, dès lors, qu'elle risque beaucoup d'être entachée d'erreur.
C'est ainsi, par exemple, qu'ils prennent prétexte d'une vente effectuée à Amsterdam, le iô mai ibg6, et où l'on rencontre vingt et un tableaux de Vermeer, pour prétendre que notre peintre mourut à Amsterdam cette année-là. A leurs yeux, cette vente devient, sans autre explication plausible, celle de l'artiste lui-même, sa vente après décès.
Quant à ses œuvres, ils mentionnent trois de ses tableaux et croient s'acquitter envers lui en le proclamant le « Titien de l'école moderne hollandaise » 3.
Il faut, certes, malgré les inexactitudes de leur récit et leur trop discret laconisme, remercier les deux auteurs néerlandais d'avoir, après une si longue attente, remis enfin notre grand peintre à la place qui lui était due; toutefois, ce serait peut-être un peu forcer la note que de leur en laisser tout le mérite ''. Si les biographes s'étaient tus avec une singulière
i. Geschiedenis der vaderlandsche Schilderkunst. Haarlem, 1816.