RHODODENDRONS DE L’HIMALAYA ET AUTRES
Les neuf dixièmes au moins de ceux qui aiment les fleurs ignorent bien certainement qu’il existe, de par le monde, une vaste contrée où vivent de pareils Rhododendrons , découverts tout récemment et figurés, pour la plupart, dans l’immortel ouvrage du Dr. Joseph Dalton Hooker. Pour les représenter, il a fallu un livre à planches grand in-folio et encore a-t-il été nécessaire de réduire la dimension naturelle des feuilles, souvent de taille tellement colossale que la surface d’une seule d’entre elles, d’une simple feuille du Rhododendron Falconeri ( l 2 ), par exemple, couvrirait de son aîle protectrice une dizaine de feuilles juxtaposées de nos Rhododendrons pontiquesl — O les pygnées! — A part leur incroyable dimension, en voyant leur tissu tout bulle par-dessus, et couvert par-dessous d’un drap velouté, épais, de couleur cannelle, on croirait rever! Et des fleurs! Voyez, par exemple, celles que porte le Rhododendron Nut tallif?) ! Une seule ne mesure-t-elle pas un demi-mètre de pourtour? — et blanches, plus blanches que la neige, et dorées vers le centre !
Quand la FLORE a emprunté ces planches saisissantes au Dr. Hooker; quand elle les a
(1) Flore, V, p. 477-478.
(2) Flore, XIII, 65.
publiées successivement dans ses volumes, que d’exclamations d’incrédulité n’ont-elles pas soulevées sur ce prosaïque 'plancher des vaches où l’on croit tout savoir, où l’on prétend tout connaître, où îe merveilleux est taxé de mensonge parce qu’il dépasse l’horizon des intelligences bornées! L’on se croyait bien supérieur aux aborigènes brésiliens, à qui, dans nos veillées, nous racontions des faits d’Europe et qui avaient bouche et yeux tout grands ouverts, quand nous leur apprenions les phénomènes et les effets de la congélation; quand nous leur disions qu’au lieu de pluie, ce sont des plumes toutes blanches qui, l’hiver, tombent du ciel !
N° d'ord. Fr. C.