CULTURE EN POTS
Les AMARYLLIS passent ici l’hiver sur une tablette de serre tempérée. Nous les tenons en pots dans leur vieille terre, sans les arroser. Vers la mi-décembre, nous les rempotons dans de la terre neuve composée uniquement de terreau de feuilles mortes, mêlé à un peu de sable.
Nous secouons toute la terre usée ; nous mettons les racines à nu, sans les casser, et nous nous servons, dans ce but, d’un bout de baguette à l’aide duquel nous tisonnons la terre adhérant aux racines. Nous enlevons soigneusement toutes les racines pourries ou cassées, et passons le doigt sous le plateau, à la base inférieure du bulbe, autour duquel se forment les racines, pour en enlever les pellicules détériorées, mais nous nous gardons bien de dépouiller le bulbe des tuniques, des pellicules latérales dont il est vêtu, quand bien même ces pellicules, ces tuniques n’adhéreraient pas fortement à l'ognon ; car on verra plus tard, quand la plante sera en pleine végétation, que l’ognon, en se gouflant, reprendra sa fermeté première et que les tuniques alors feront corps solide avec le bulbe.
Puis a lieu le rempotage. On garnit le fond du pot de tessons de poterie et, tenant le sommet du bulbe d’une main, les racines pendant dans le pot, on laisse glisser doucement un peu de terre autour de celles-ci, et l’on continue à en faire tomber jusqu’à ce que toutes les racines et tout le bulbe soient enterrés jusqu’au collet exclusivement. La terre ne doit être que modérément tassée.
L’opération terminée, on place les Amaryllis près des jours, dans la serre tempérée ou dans la serre chaude, sans les arroser jusqu’à ce qu’ils semblent se mettre en mouvement, et même alors, il ne leur faut que bien peu d’humidité. Il n’en sera plus ainsi quand la végétation se prononcera dans toute sa force; pendant cette période, les arrosements seront abondants.
Nous avons dit qu’on placera les pots en serre tempér ée ou en serre chaude, suivant que l’on voudra faire fleurir ces plantes plus ou moins tôt en saison.
Pendant la floraison, on peut, si l’on veut, féconder les Amaryllis; mais disons-le, une fois fécondées, les fleurs passent de suite, et après avoir porté des graines, il est rare que le bulbe refleurisse l’année suivante, la plante se fatiguant à porter des graines ; après la maturité de celles-ci, on verra que le bulbe sera amaigri, que sa robe, que ses tuniques seront trop larges; qu’en un mot, il ressemblera à un convalescent qui se perd dans ses vêtements, justaucorps d’autrefois.
Après la floraison, nous enterrons les Amaryllis avec leurs pots, en plein soleil, dans la terre du jardin ou dans la vieille tannée, en continuant les arrosements tant que la végétation est vigoureuse; puis nous les discontinuons toul à fait, en laissant exclusivement aux plantes l’eau qui tombe du ciel. — Nous ferons observer qu’en plongeant les pots dans la terre du jardin, il sera utile de retirer un instant le pot du trou qu’il devra occuper, pour forer, à l’aide d’un bâton pointu, un second trou dans la terre du fond, là où se trouve l’orifice de l’écoulement de l’eau du pot; ce trou, plus profond dans la terre, aura pour but d’empêcher les lombrics de s’introduire dans le vase et d’en bouleverser la terre. Le lombric fatigue les racines par ses pérégrinations incessantes, quand il ne leur occasionne pas d’autres dommages.
On rentre les Amaryllis aussitôt que l’atmosphère se refroidit et que les pluies cessent d’être chaudes, et l’on place les pots, sans leur donner un atome d’eau, sur quelque tablette élevée de la serre où ils se ressuient, où les feuilles se fanent, où la plante se prépare à un repos tout à fait indispensable, si l’on veut que les fleurs fassent merveille l’an d’après.
On peut aussi procéder au rempotage des Amaryllis après leur floraison. Dans ce cas, une main exercée devra secouer la motte sans briser les racines nouvelles qui sont très-cassantes étant jeunes. Cette pratique aura même pour effet d’assurer parfois une floraison plus luxuriante que si le rempotage avait lieu en hiver. Après ce rempotage, on place les pots à l’ombre, sous les arbres, jusqu’à ce que le temps soit sombre, et que la venue de la pluie soit certaine. A ce moment, on enterre les pots en plein soleil et l'on procède comme nous venons de l’expliquer.
Nous disons que le rempotage opéré après la floraison peut amener parfois une floraison plus vigoureuse, tandis qu’elle peut être chanceuse en ne rempotant qu’en décembre. Voici d’où cela pourrait provenir : en rempotant après la floraison, les racines s’étendent, se fixent et tapissent le vase à l’entrée de l’hiver. Si, pendant l’hiver, elles se maintiennent dans cet état, la plante sera bien ancrée lorsqu’elle émettra sa hampe florale. En ne rempotant, au contraire, qu’en hiver, si le défaut de soins et la chaleur ambiante provoquent l’émission du feuillage et des boutons à fleurs avant que les racines nouvelles aient tapissé le vase, la floraison sera sans vigueur, parce qu’une plante non ancrée par ses racines n’a pas de force propulsive.