INTRODUCTION
Quand on étudie la colonne vertébrale, ses variations et les irrégularités numériques vertébrocostales humaines et animales, la conclusion philosophique irréfutable suivante se dégage, dont nous empruntons la formule au professeur Le Double (x) :
«La colonne vertébrale est essentiellement une et indivisible de la tête à l'extrémité de la queue, et les régions qu'on a pris l'habitude de distinguer n'ont de limites ni fixes, ni bien déterminées. »
Cette notion, due à l'étude des variations numériques et morphologiques des diverses vertèbres, diminue cependant l'intérêt de la plupart de ces variations qui n'ont pas de conséquences physiologiques. Elle ne leur laisse qu'une valeur spéculative de curiosités anatomiques. Telles sont surtout les variations du nombre des vertèbres.
(x) Le Douze. — Traité des variations des os de la colonne vertébrale (1912).
Or, si « la fréquence des variations du squelette du tronc est d'environ vingt pour cent, un petit nombre seulement d’entre elles entraîne une difformité par asymétrie squelettique ». (Max Bœhm) (x): De plus nombreuses et plus légères malformations peuvent produire des troubles dans la physiologie du rachis.
Parmi ces variations morphologiques, les anoma-: lies de la région lombo-sacrée sont les plus fréquentes, (Chevrier) (2), particulièrement celles’ de la dernière vertèbre lombaire.
Leur fréquence semble due, soit à des variations survenues dans la formation de cette vertèbre fronlière et à la charge supportée, plus considérable pour la vingt-quatrième vertèbre que pour toute autre sus-sacrée, soit à des lésions frappant les vertèbres qui constituent le sacrum.
Leur importance est plus grande que celle des variations des autres régions, parce qu'elles retentissent sur tout le rachis sus-jacent et sur le bassin, à cause de la position même de la V° vertèbre lombaire.
Aussi les malformations de cette vertèbre et sa sacralisation, c’est-à-dire sa fusion plus ou moins complète avec le sacrum, ont-elles été étudiées depuis longtemps. Les anatomistes les ont décrites au point de vue de l'anatomie comparée, les accou-
(1) Max Boram. — In Revue d’Orthopédie (r914). (2) Guxvrtwr. — Contribution à l’étude anatomique et clinique des anomalies vertébrales congénitales. — Thèse de Paris (r912).
LA de
cheurs comme une cause possible de viciation
pelvienne (Bonnaire, Commandeur) (1), les orthopédistes dans leur rapport avec la scoliose (Putti, Bœm, Vignard et Monod) (2).
« Mais les relations de ces malformations avec certaines douleurs lombaires n'ont élé soupçonnées que depuis quelques années, lorsque la radiographie a permis de les constater sur le vivant » (Nové- Josserand) (3). On sait maintenant que, de même que le torticolis congénital est souvent le résultat d'une malformation de l’atlas, que certaines névralgies intercostales sont causées par des anomalies vertébro-costales de la colonne dorsale, de même les « variations et malformations osseuses retentissant sur l'articulation lombo-sacrée » peuvent produire des symptômes douloureux attribués auparavant à des causes tout autres.
Il nous a semblé intéressant d'étudier ces malformations à ce point de vue particulier de leurs résultats fonctionnels, laissant de côté les questions bien approfondies de leur rôle en orthopédie (scoliose) et en obstétrique (dystocie).
(1) BonnaiRe. — Chapitre Dystocie in Tarnier et Bupin : Traité des . Accouchements. ; ComManreur. — Chap. Viciations pelviennes in « Bar, Brindeau et * Chambrelent » : Pratique de l'Art des Accouchements (p. 335 à 339). (2) Purri. — Die angeborenen Deformitaten der Wirbelsaule, Forschritt auf dem G. d. Rontg. — Band x1v (1909-1910). — Band xv (1x910).
Bogam. — Loc. cit. ms Vieuarp et Monon. — In Lyon Chirurgical (janvier 1909).
(3). Nové-Josseranr. — In Lyon Chirurgical (nav.-déc. 1919).