ARTICLE VI
Si on fait accompagner le chant par des instruments de musique, il faut qu'ils servent uiiiquement, d'après l'avis de Benoît XIV, Constit. citée, .^i 12, à ajouter de la force au chant, ajîn que le sens des paroles pénètre mieux dans le cœur de ceux qui écoutent, que l'esprit des fidèles soit excité à la contemplation des choses spirituelles et à l'amour de Dieu et des choses divines. On doit donc prendre garde que les instruments ne couvrent la voix des chantres et n'étouffent, pour ainsi dire, le sens des paroles.
OBSERVATIONS
Les auteurs qui ont écrit sur la musique sacrée ne sont pas d'accord sur l'emploi des instruments. Il y en a qui prétendent qu'ils doivent être totalement exclus des églises ; ils ont pour eux l'usage établi de temps immémorial dans la chapelle papale. D'autres soutiennent que les instruments peuvent être admis, mais ils exceptent les violons, parce que, disent-ils, leurs sons aigus excitent plutôt la gaieté qu'ils n'inspirent ce profond respect et ce recueillement qu'exigent nos saints mystères. D'autres voudraient qu'on se bornât aux instruments à vent, tandis que le Concile de Milan, tenu sous saint Charles Borromée, exclut aussi ces derniers et veut qu'on se borne absolument à l'orgue. Le savant pape Benoît XIV, après avoir rapporté les différentes opinions, ajoute qu'il a consulté des maîtres de chapelle distingués, et que, d'après leur avis, il conseille de n'employer dans les églises que l'orgue, le basson, le violoncelle, la viole et les violons, parce que ces instruments servent à corroborer et à soutenir la voix des chantres, et de bannir tous les autres instruments, parce qu'ils rendent la musique trop théâtrale. Depuis cette époque de nouveaux instruments ont été inventés, d'autres ont été perfectionnés. Nous pensons qu'il est inutile de prescrire une règle générale sur le choix des instruments ; car il est certain que si, comme dit l'article six, les instruments ne peuvent servir qu'à ajouter de la force au chant, et qu'ils ne peuvent couvrir la voix des chantres, ni étouffer, pour ainsi dire, le sens des paroles, et dès lors un bon maître de musique doit d'abord se procurer un
nombre suffisant de voix, et choisir ensuite les instruments de manière à renforcer le chant sans le couvrir.
Ceci rentre d'ailleurs dans l'art. II et tend à proscrire des églises ce genre de musique moderne, où les instruments font souvent la partie principale, et les voix ne ont qu'accompagner.