‹ Variétés canadiennes [microforme]Chapitre 21 sur 96 · AVRIL RE LEVEL VIVLILIRLLILILILILITLTIRLL SR · texte numérisé non relu

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certains travers profondément ancrés dans les mœurs, à commencer par l'esprit de parti.

L'esprit de parti !

“Le flot qui l’apporta, recule épouvanté !”

À quelles tristes conséquences la nation n'est-elle pas acculée pour avoir opéré depuis un demi siècle d'après ce pernicieux principe ! Comme à certains oiseaux de basse-cour ou comme aux ruminants qui font accourir l'Espagne émue, au spectacle de leurs luttes sanguinaires, il nous a suff de couleurs banales pour nous déterminer à faire de cette province un champ de dévastation.

Voyez: partout des groupes d'agioteurs travaillant à peinturlurer les consciences de rouge ou de bleu. Aveuglées par ce procédé, des paroisses entières s'abandonnent à l’absolutisme de petites oligarchies locales, aussi risibles que Scapin, aussi ombrageuses que Tibère, aussi fourbes que Tartufe.

Voici, en résumé, comment ce résultat se prépare : leoules chefs, enhardis par

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la malléabilité native de la population, habituent celle-ci tout doucettement à ne penser que ce qu'ils pensent, à ne vouloir que ce qu'ils veulent, à ne savoir que ce qu'ils auront daigné lui apprendre. Or, l'ignorance étant une garantie de docilité de sa part, ils ne lui donnent en pâture que les fables les plus propices à éterniser chez elle l’adoration du parti et celle de leur personne, incarnation du parti dans la paroisse. Le reste est proscrit.

Tout membre du parti adverse, bien plus, tout adepte du même parti, non inféodé à la coterie qui s'en est constituée le porte-voix, est un être dangereux et comme tel, mis au ban de toute la séquelle.

On soulève contre lui jusqu’à ses proches, on trame sa ruine matérielle et morale par tous les moyens qui se peuvent puiser aux sources de la bassesse.

Si le coup de Jarnac réussit, —la règle, Dieu soit loué, souffre encore quelques exceptions—on fait semblant de gémir sur la chûte de ce pauvre garçon et d’une voix entre-coupée par des sanglots de crocodile, on laisse échapper ces mots, suaves comme une poésie de Reboul :

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“ Vraiment, ça me fait de la peine; un ‘“ enfant de si bonne famille !

“ Pourtant, s’il eût voulu. Ah ! monsieur, “ s'il eût voulu.

“ Mais c’est ça! pas de jugement !

‘ Que faire ?

‘“ On a bien raison de dire, hein!!!”

Si le sujet est un dévôt, on ajoute :

“ C'est comme rien, le bon Dieu devait “lui en vouloir depuis longtemps; il est “ trop hypocrite ”

Et dans le cas contraire:

‘ Comment vouliez-vous que ça réussisse, “aussi? Ça n'avait pas plus de religion “ que le chien !!”

Par contre, les prosélytes de la bonne couleur ont toutes les capacités, toutes les vertus et méritent toutes les récompenses.

C'est pourquoi le meneur en chef installe ces gens—souvent les plus ignares de l'endroit, comme les plus réfractaires à toute idée qui n’'émane pas de lui—sur les sièges de la commission scolaire, du conseil municipal, etc., puis, habilement dissimulé dans les coulisses de ce théâtre unique en son genre, lui, le #ante-tout, s'amuse, (oui,

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s’il s'amuse!) à faire cabrioler ses pantins sur la scène.

Tel n'est pas toujours le cas; mais il arrive souvent que des comtés entiers soient subjugués par cette méthode stratégique, chaque paroisse devenant une succursale sous la direction du marchand, du médecin ou du notaire, voire des trois ensemble, que le bureau principal y a fait venir exprès.

Quel que soit le degré de pression sous lequel on aplatit l'électorat, il est un fait constant: c'est que le député s'appelle toujours leu ou rouge et qu'à la Chambre, il s'attache au char d’un capitaine de même nuance. Gare à lui s’il osait regimber ! Il est de vérité historique parmi nous que servir c'est règner; quiconque l'oublie est perdu. C'est pour l'avoir oublié que de sottes gens furert jadis excommuniées, pendues, puis livrées aux corbeaux comme indignes de sépulture.

Ce n'est guère pour autre raison qu'aujourd'hui encore, d’aucuns végètent en maugréant vainement contre l'inexorable sort dont ils sont et resteront victimes, à

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moins qu'ils ne reviennent à des sentiments de complète obéissance et n'expient leurs criminels désirs de liberté.

L'état logiquement passif de la députation comme corps, nous défend donc d'en espérer quoi que ce soit qui ressemble à de l'indépendance. Le gouvernement est esclave de son public.

Quant à l'opposition, son rôle se réduit à blâmer toujours et quand même. D'un côté, l’on porte des accusations, de l’autre on plaide xon-coupable.

Agrémentée des hurlements de lambition, des grognements de la jalousie et des ineffables petitesses de la vanité, cette besogne vous explique la lenteur des bons effets que le peuple devrait attendre de la législation et la multitude des mauvais, qu'il n'attend pas, mais qu'il a tout de même le sort de subir. D'une part, il gémit sous le poids de son fardeau, de l’autre il renonce presque à l'espoir d'en soulager ses épaules, parce qu'il a perdu confiance en ses chefs. L'ère du scepticisme commence,; c’est le signe précurseur de quelque chose de pire.

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