LE RENTIER
;'EST le rat dans le fromage, c'est le philosophe, c'est Jean-Jacques satisfait.
Le vivre et le couvert, une maison de campagne parmi les messieurs du village ; que lui faut-il davantage ?
Tôt couché, tôt levé, gros et gras, gras et gros, sans fardeau, le plus beau du troupeau, il sourit à la vie et la vie lui sourit.
Doux repos, épargne bienfaisante, vous êtes ses fétiches ! Ennemi juré de Texcès en tout ce qui vous est étranger, il ne s'éclaire, ni ne se chauffe plus que de raison et protège sa demeure contre Tinvasion du journal.
çQ VARIÉTÉS CANADIENNES
Pourquoi payer pour lire des menteries ?
Le marchand et le notaire Ten abreuvent à Tannée pour rien.
Le notaire ! Quel homme à ses yeux !
Ah! quel homme!.,.. Instruit, marié richement, bel " agrès,'' plein d'affaires, arrange tout, conduit tout. . . . Par ma foi ! si Théophile n'était rentier, il voudrait être notaire.
Son fils aurait bien pu le devenir, lui, par exemple, s'il eût aimé l'école, car il n'était pas fou !. . . .Mais tonnerre ! il n'avait que les chevaux dans la tête. Veut dieu, veut diable, il en revenait toujours à ça ; il
n'en voulait qu'aux chevaux Ct'-
élément !. . . .
Ainsi pense le père en drageonnant son tabac, l'honneur du jardin.
Fatigué, il se repose sur un banc champêtre, à l'ombre d'un cerisier favori et de là, promenant son regard sur son petit domaine, se plaît à juger lequel de ses jeunes plants répond le mieux aux bienfaits de la terre et du soleil.
Le soir, il s'endort le plus souvent sur sa chaise avec les dernières rumeurs du jour;
le matin, il mêle sa prière au chant des oiseaux qui présagent laurore, et salue celleci d'une douce libation.
S'il vous arrive d'aller promener votre rêverie sur les grèves du fleuve, peut-être apercevrez- vous une chaloupe longeant les îles prochaines ? C'est le père, c'est l'heureux père qui rapporte d'un tour de pêche des morceaux de bois flottant pour sa cuisine, avec du poisson pour son vendredi.
A son retour, le chien, le chat, ses deux amis de cœur, s'unissent à lui pour jouir de la capture. Le plaisir de chacun augmente celui de l'autre. On s'épanouît à la ronde.
Pour ce patriarche aimé des dieux, les jours se succèdent et se ressemblent, sauf le dimanche, où il faut raser sa barbe, se *' changer/' se rendre à la messe
Il y va dans un recueillement solennel, portant dans sa main gauche le paroissien romain, réservoir de sa foi, et offrant avec mesure aux connaissances qu'ils rejoint en route, sa droite restée libre.
Un événement vient piquer un brin de variété dans la toile uniforme de sa vie :
c'est le retour du premier de l'An. Ce jour-
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là, les enfants, les gendres, les brus, leurs enfants, remplissent la maîson, avec tout un essaim de sentiments tendres et de poétiques souvenirs. C'est fête !
Un peu moins de bombance depuis que rendu au village, il faut tout acheter, mais s'il n'y en a pas de reste comme autrefois, on est toujours sûr qu'il y en aura assez.
La vie manquera, bien avant les autres dons. Le père le sait et ne demande qu'une grâce : mourir avant sa vieille, sa Gillette si bonne, si belle encore malgré ses rides, malgré la neige de ses cheveux. Celle-ci voulant pour soi même faveur, on a fini par convenir qu'il valait mieux partir ensemble et l'un et l'autre, à cette fin, récitent souvent une prière ! • • • •
Un jour, la grosse cloche tinte, le curé passe avec le bon Dieu dans les mains : un homme se meurt, il est mort. Tout le monde le sait et personne ne veut le croire, tant cela s'est vite fait. Impossible d'imaginer qu'il fût seulement malade : la veille, le matin même, il rôdait comme d'habitude, en pleine santé comme vous et moi.
On n'est pas grand'chose sur la terre !..,•