‹ Variétés canadiennes;Chapitre 6 sur 36 · LES SEMAILLES · texte numérisé non relu

LES SEMAILLES

'OUVRAGE retenant le monde à la

S? maison, dans le chemin du roi nul ne

T passe encore, si ce n est le commerçant

de veaux, le docteur ou le " quêteux ; " le

" quêteux " qui mange les petits enfants et

fait japper tous les chiens après lui.

Sur la galerie, un bambin s'amuse à replanter de vieux clous ; au jardin, la grande sœur sème la laitue avec la sarriette, sans négliger les Saint-Joseph doubles, les œillets, ni surtout les pensées, qui vont fournir de si aimables fleurs pour la boutonnière des cavaliers ; près de Tâtre, la petite endort sa catin, pendant que la mère abreuve le nouveau-né, l'œil fixé sur l'ordinaire d'où

s'échappe déjà un franc arôme de lard qui cuit et de soupe aux pois qui mijote ; au "large," le bonhomme laboure. Belle journée, terre assez " meuble ; " ça va bien.

Ca va bien jusqu'à l'heure de dîner, heure sacrée que la femme annonce par un tendre et mélodieux appel.

La femme ! ah ! la bonne vieille ! Propre, travaillante, ménagère, toujours gaie, toujours là. Quand on sest marié, les gens avaient don' raison de dire que c'était du "butin " ! Oui, Seigneur ! J'pense bien. . . . que c'en était !

Poëte naïf et simple, il n'en fallait pas plus pour inspirer à ton génie cet idyllique refrain :

Dans sa cabane, Pierrîche vit content Avec sa femme Et ses petits enfants.

Quand vient l'heur' de dîner.

Sa femm' va l'appeler :

Ah! Pierriche!

Ah ! Pierriche !

Ah ! viens-t'en don' dîner Les pétaq' sont cui....tes !

Manqueraît-il d'être joyeux, ce repas champêtre ? Près de vous, à même table, il réunit les êtres bien-aimés qui vous aidèrent de leurs bras ou de leur sourire à en gagner la précieuse substance. Elle est douce, à ce moment, la voix du rossignol qui chante sur le tas de bois : " sème, sème, sème ton blé ! " Pour elle, pour la blanche floraison des arbres, pour les attraits de la verdure naissante, pour les fines senteurs qui chargent les ailes des folâtres zéphirs, pour toutes ces choses que les joies pures du foyer lui font trouver plus belles, le paysan bénit le sort de donner ses sueurs à la terre en échange du privilège de vivre. Il retourne au champ comme il en était venu :

avec du bonheur.

Mais tandis que le semoir ensevelit les grains dans le guérêt, vous la mère, qui tricotez, assise sous les saules, vous, les enfants qui pourchassez les barbottes, les carpes et les brochets égarés dans les méandres du ruisseau, vous ignorez peut-être certaine inquiétude du père de famille ?

" Quelle sera la moisson ? "

Si elle manque ou ne se vend pas, corn-

s VARIÉTÉS CANADIENNES

ment faire ? C'est à y penser ! Tant de petites " dettailles " à éteindre quand arrive^ la Toussaint! C'est la cotisation, c'est la rente, c'est la taxe, c'est la dîme, c'est ci, c'est ça, paie ici, paie là ; on ne finit plus de payer Que dire ?.. ..c'est dû !

Si les animaux se vendaient, comme j'ai vu des années ! mais, tonnerre ! on les offre pour rien et personne n'en veut.

Ça n'est pas tout. L'entretien de c'te vieille rentière. . . . qui ne meurt jamais !

Pas par mauvaise intention que j'y pense ! Le mal que je lui souhaite, je veux qu'il m'arrive. Tout le temps, elle nous reste toujours bien sur les bras !

Oui, rien que pour l'amour d'une pauvre petite " donaison " qu'elle nous avait faite !

Encore, si c'était de nos parents !

Dans le règne qu'on est, rien que pour vivre, ça coûte les yeux de la tête ; avec des affaires comme ça par-dessus le marché, pas besoin de demander si c'est bien facile d'en mettre de côté !

Pourtant, le faudrait, pour bien faire. Un enfant a beau être instruit et tout, si on n'a pas de quoi lui donner une petite "par-

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