L. Bourgeois, p
LA VIE l'IllVEE D’AUTREFOIS.
pardessus le lioiinct, qui eu ce cas sert de compresse*. »
Entourer la cuisse di'oite de la jiatiente a\ et; une peau de ^ ij)ère contribuait très fort à calmer les douleui’s^; et au cas de {grande fatippie, un jietit verre d’eau de tète de cerf^ edait c[;alement bien salutaire ‘'b
(c Si une femme eslant en travail d’enfant ïuan^e de la chair du loup, ou qucbpi’un tjui en aura mangé s’approche d’elle (jiiand elle commencera à sentir le mal : cela luy donnera un bien grand allégement^. «
Les odeurs fortes, comme musc, ambre, civette, galbanum, étaient approuvées par certains chirurgiens, proscrites par d’autres'*.
Pour faciliter rexjndsion de l’arrière-faix, il n’y avait rien de comjiarable à un morceau <^l’assa fœtida ou à un rognon de castor".
i.orsque la femme est délivrée, il faut que l’accou-
^ Erreurs populaires, 1'^*’ partie, p. 3VÜ.
* Les médicaments, p. 123.
^ « Ce sont les andouillcrs de la tète du cerf (pu* l’on fait <listlller. » Dionis, p. 207. — De la Moite recommande encore l’eau de tète de cerf en ITtiô; « elle abonde, dit-il, en parties spiritueuses. » Tome 1, jv 587.
* L. bourjjeois, t. I, p. 106.
' .lac<pies du Fouilloux, La venerie, 1585, in-V", p. 113, v" (iuillcmeau, p. 309, et Mauriceau, p. 308.
' L. l$our{jeoi.s, t. I, p. 111
varie tes cuir u rgi cales.
('licur fasse incttro l’aiTière-faix clans un plat, pour le laisser voir et examiner par un ehacun. C’est une cireonstance cpi’il ne faut pas cju’il oublie; car si, par malheur, clans la suite de la couche il survenoit quelcpie accident, les commères ne manqueroient pas de l’altrihuer à quelcpie morceau de l’arrière-faix resté, s’il ue l’avoit pas exposé aux yeux de tout le monde'.
Aussitôt après, il devait couvrir le ventre de r accouchée avec la peau toute chaude d’un mouton 11011'’“^, cju’uu houcher venait écorcher sur place Aux ju’enilcres couches de la Dauphine, le boucher ayant terminé sou œuvre dans une [lièce voisine, se hâta de {pi.{;ncr celle de la princesse, portant dans son tablier la peau qu’il crai^piait de laisser refroidir. Mais celle-ci tenait encore à l’animal par un lambeau, de sorte que le mouton écorché et tout sanglant arriva ainsi jusqu’aux pieds du lit^. La frayeur des assistants fut telle que Clément renonça dès lors à ce remède".
On appliipiait aussi sur le ventre de la femme « une petite emplâtre de galbannm ,
' Dionis, p. 222.
® Ou d’uii lièvre, suivant L. llouqjeüis, t. I, p. 122.
* A. Paré, p. DV'J. — L. JJourfjeois, p. 122. — Maurifcau, p. 3f)ü.
* Diuiiis, p. 323.
® La peau de mouton écorclic vif était aussi re^jardee
lOi I.A VI K PU IV K K U’AUTllEroiS.
au milieu de laquelle il y eut un peu de civette. Elle est propre à tenir la matrice en état, parce que, se réjouissant d’une telle odeur, elle se relève d’elle-mème pour s’en ajiproclier ' . »
Les seins étaient ensuite recouverts d’un petit matelas de laine
Si l’enfant était resté lon^jtemps au passade, on étendait sur les parties distendues et douloureuses un cataplasme anodin, dans lequel entraient deux onces d’huile d’amandes douces et deux œufs frais : le tout cuit comme des œufs brouillés, dit Dioius^.
Aussitôt l’enfant nettové et emmailloté, on lui soufflait dans la bouche un jieu de vin"*. Lors de la naissance de Henri IV, son ^randpère « ayant pris une dosse d’ail hiv en frotta ses petites lèvres, « et lui mil dans la bouche une jfoulte de vin « que l’enfant avala fort bien'’. 55 Louise bour^^eois en ht autant pour
(!Oininc un bon remède eontre la {janjjrène. Le 9 mai 1774, on l’employa pt)nr Louis XV, tpic l’on en croyait atlcinl. Voy. P. (le Mairoberl, Jounuil historunie, t. V, p. 201.
' Alanricean, p. !3()G.
^ Dionis, p. 324.
■’ Dionis, p. 322.
^Cli. (le Saint-Germain, p. 339. — Guillemeau, p. 30S. l'a>vn. Histoire de Navarre, 1(512, in-folio, liv. Xlll,
VAUii'rrÉs ('.niRUUGiCALKS. io:>
l^ouis XHl : « Je clcmande du vin à M. de Lozeray, Tun des j)reinlers valets de eliaml)re ; il apporta une bouteille. Je lui demande une euillier. Le Jloy print la bouteille qu il tenoit. Je lui dis : « Sire, si c’esloit un autre enfant, je mettrais du vin dans ma bouebe et lui en donnerois, de peur (pie la foiblesse ne dure trop. » Le l’ioy me mit la bouteille contre la bouebe et me dit : « Faictes comme a un autre. » J’emplis ma liouchc de vin, et lui en soufflay. A rheure mesme, il revint et savoura le vin <pie )C lui avois donné '. «
Üionis nous révèle une autre coutume assez curieuse :
Il y a un cérémonial que les {jardes n’onhlient point, et qu'elles ne manquent pas de prati(pier anssit()t ([ne reniant est emmailloté, c’est de mettre deux pois an bas des jones, vers les anjjles de la bouche, et de les y a|)pnyer, pour y former deux petits trous ([ii’elles disent y demeurer tonte la vie ([iiand on le fait an moment de la naissance, lorsque les chairs sont encore tendres : ce ([ni est un trait de beauté aux fdles principalement.
.Mais ce ({ni est pins avantajjeiix [unir les qardes, c’est ([u’elles (Uit la contnmc de demander an père de l’enfant un écn d’or pour lui en frotter les lèvres, afin qu’elles soient vermeilles pendant tonte sa vie.
‘ L. liuurjfoois, t. II, [). 15S).
LA VIL PilIVLL D’AUTllKFOIS.
JCl de fait, elles en frottent les lèvi-es de l’enfant, et elles mettent ensuite l’écn d’or dans leur poche, <jn’elles disent être un droit attachéà leur cliar{je
11 fallall à tout pi’ix empêcher (|ue l’accoiielice s’endoniiît après sa délivrance'^. « Quel- ■<juc volonté qn’cllc puisse avoir de dormir, Inv sera défendu de ce faire, mais sera entrelennè de belles paroles, et sa qarde lui accomïuodera scs tétins'h « Dionis dit de son côté : « Il y eu a (|ui ne veulent pas (ju’on laisse si-tôt <lormir les femmes accouchées, ii cause des qraudes évacuations tju’elles ont faites : c’étoit uii usa^^e qui se pratiquoit chez la Heine; et dans ses dernières couches, j’ai eu rhouucur <lc rentretenir, afin (ju’cllc ne s’emlonnit pas <jue les premières (piatre heures fussent passées))
A la Cour et dans la haute société, après <juc les assistants s’étaient retirés, personne ii’cntrait plus dans la chambre de l’accouchée <lurant les neuf jours suivants. Les fenêtres étaient hcrmétitjucment fermées et une l)ou{jic restait allumée auprès du lit nuit et
' 1 >ionÎ!«, p. 37 1 .
■ Voy. ci-cicssus, p. 71.
* (oiilleincau, p. 301).
* Dionis, p. 223 cl 321.
VAIUKTES CHIRURGICALES.
jour'. On sait que toute la Cour assistait à raccoucheincnt des princesses du sangf; celui des reines était même public'^.
Si la femme devait nourrir et que son lait tnt peu abondant, on lui attachait sur le sein une pierre de croix 'b ^lais ce cas était rare, car en 17 18 déjà, « non-seulement les dames de qualité, mais encore les bourfjeoises et les temmes des moindres artisans avaient perdu l’habitude de nourrir leurs enfants^ » On s’efforcait donc plus souvent de faire tarir le lait, et le moyen recommandé en pareil cas était de « fomenter les tétins avec de la sauge bouillie dans de rurine'^. »
Tout ceci, les sages-femmes le savaient aussB bien (pie les cblrurgiens; et en dépit de la mauvaise volonté qu’elles rencontraient auprès d’eux, elles s’efforcaient de se perfectionner dans leur art, de se tenir au courant de& très lents progrès qui y étaient apportés. « Il y
* Diouis, p. 326.
^ Voy. Mine de Genlis, Dictionnaire des étiquettes, t. 1, p. 100. — Mme Campaii, Mémoires, t. I, p. 116.
^ Voy. Les médicaments, p. 135.
* Dionis, p. 355.
’ L. Bourgeois, t. I, p. 149. — Sur l’emploi de Tunno dans la tliérapculique, voy. Les médicaments, p. 100, 102 et passiiii.
LA VIL PllIVEI-: D’ALTIIKFUIS.
a, (lisait Dionis', de ineilleiircs sag^cs-feinmes à Palis (ju’cn aneniic ville du royaume. » Ou s’citait déeidé, eu elTet, à leur laciliter l’aecc's de n l(')tel-Dleu, et elles y passaient (rois mois avanl de subir leur examen. Pendant six semaines, elles assistaient charpie jour aux accouchements; elles les pralirpiaient ensuite, sous la direction de la maîtresse sajjc-lemme. En outre, des arrêts rendus par le parlement les 20 mars et 5 mai 1732^ ordonnèrent aux drhnonstrateurs de Saint-C(hne c. de ne taire aucunes dissections de corjis de lemines sans y apjieler les sa(jes-femmcs et leurs aspirantes'*. » Quatre ans après, le lieutenant criminel menaçait d’une amende de 300 livres celles rpii s’élahliraient avant d’avoir passé leur examen et prêté serment*.
Les contrevenantes ne mamjuaient pourtant pas d’excuses à faire valoir. La meilleure élait (pic les chirurjpcns avalent fini par ajourner sans cesse les demandes d’examen. Emfin, le 20 ]uin I7 i5, les sa^jes-femmes, au iiomhrc de <piarantc, adressèrent rccpiètc à la
' Pa{»e 418.
- A la i c<|n«Hc des jm-c'cs sajjcs-fcnimca du Cliàtclcl.
^ Vcnlicr, Jurisprudence de la cliirur/jie, t. 11, p. 476. ^ Sentence du 21 mars 1736.
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l’acuité. Elles la suppliaient très liumhlenicut de vouloir hieii leur donner les moyens de s lustiuiie; deuiaudaieut qu oii leur enseignât 1 anatoinie « des parties du corps de la leinine (jui ont tiait aux accoucheinens 5 eiiéoii les admit aux dissections quand elles se pratiquaient sur des (emmes; surtout (pi’on reprit les examens abaudonués depuis deux ans.
Cette reqiiete, très bien faite, et qui a été transcrite dans les Conmientaires fut accueillie par la faculté. Elle accorda aux sages-femmes, deux prolesseurs : bertin pour ranatomie et Astruc pour renseiguement jiratique. Lessages-femmes et leurs élèves étaient seule.s. admises à ces cours; ou autorisa toutefois la pi ésence des docteurs et des bacheliers, mais a condition qu’ils fussent en grand costume,
« pourvu qu ils tussent vêtus des robes longues qu ils portent dans les écoles, bonnet quarré, rabat, etc. » /
bertin et Astruc professaient à la Eaculté; mais deux ans ajirès, le collège de chirurgie eut aussi deux chaires d’accouchements, créées par le testament de La Peyronie", qui légua
' Tome XX. — Elle a été piil,liée par Ilazun, Éloge lorufue de lu J acullé, p. :j().
N oy. Les chirurgiens.
110 LA VIK PltlVLK D’ALTIILFOIS.
<liins cette intenlion 1 ,000 livres de rentes à ses confrères de Sainl-Gôine, L’iin des cours était destiné à former des accouclieurs, l’autre était suivi par les sages-femmes et leurs élèves ‘ . Le premier chirurgien du roi nommait les titulaires^. Ce furent, au déhut, Gervalset !^icolas îhizos; ce dernier, élève de Clément, reçut des lettres de noblesse en 175 1.
On songea aussi, vers le même temps, à faciliter l’instruction des sages-femmes au moyen de ])ièces anatomlipies factices. Une dame Lenfant fabriquait « des fantômes et des mannequins très propres pour l’exercice manuel des accouebemens. Les proportions naturelles, soit dans le bassin, soit dans le fœtus sont exactement observées, « disait une réclame publiée en 17 73^.
Les statuts de mal 1708, qui réorganisèrent le collège de ebirurgie, modibèrent fort peu ' la situation faite aux sages-femmes par les statuts de 1 009. Toutefois, elles furent autorisées à faire leur apprentissage chez un accoucheur, mais ne purent ])bis se présenter à l’examen avant l’àge de vingt ans"*. En outre, chacune
' Stafiits (le 17()8, art. 52.
* Statut. 1 (le 1768, art. 57.
Af/ichex, amwuccs et avis divers, numéro du 24 février.
* Statuts de 1708, art. 130.
VAhIKTKS ClIlllL'UGICALKS.
d elles ne dut avoir à la fois plus d’uue « apprenlisse ' . »
L aspirante (jui avait subi avec succès sou examen recevait un brevet, écrit sur parcbeinin et ainsi libellé :
Jean - Baptiste - Antoine Andouillé , Conseiller (l’Etat, premier Gliirnr(jien du Koi, Chef et Garde des Chartes, statuts et privilèges de la Chirurgie du Uoianme, Président de r^Vcadémie Boiale de Chirurgie et Associé libre de l’Académie Boiale des Sciences de Paris : A tons ceux qui ces présentes lettres verront. Saint.
Savoir faisons (pie, sur la requête à nous présentée par Anne-Charlotte Causire, femme du sieur lAienne Baudouin, marchand de vins à Paris, âgée de trente-trois ans, suivant son extrait baptistaire tiré des registres de la paroisse de Saint-Paul de cette ville, en date du vingt-trois septembre mil sept cent cinquante-un, faisant profession de la beligion Catholique, Apostolique et Bomaine : contenant qn elle s est applicjuée a l’étude de l’art et science des accouchemens sous dame Anue-Charlotte-f rançoise, sa mère, femme du sieur Philippe- Joseph Causire, elle maîtresse Sage-femme à Paris, a siu\ I deux coins d accouchemens sous les Professeurs royaux an Collège de chirurgie de Paris, suivant les deux attestations à elle délivrées le môme jour vingt-neuf novembre dernier.
Et désirant se faire recevoir maîtresse Sage-
* SlatiUs de 17G8, art. 138.