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Les sages-lemmcs, associées aux chirurgiens, avaient comme eux pour patrons saint Côme et saint Damien. Dans les dernières
' Orijjinal sur parclicmin , appartenaut à l’aiileur.
LA VIL PltlVLL D’AUTREFOIS.
années du dix-linilièine siècle, elles élaient au noinhre de deux cents em iron Mercier, qui me rournit ce cliilTre, ajoute qu’il naissait alors à l’aris environ vln^jt mille enfants cha(jue année, et f[ue l’on v trouvait « autant de facilité à les mettre au monde qu’à les procréer^. » Pour le j)rouver, il célèhi’e la discrétion des sa^es-fcmmes, et dépeint ainsi l’intérlenr de leurs appartements :
Onarul une fille est devenue mère, elle dit qu’elle va à la campa^jue; mais elle n’a pas besoin de sortir de la ville, même du quartier, pour se cacher et faire ses couches. Chaque rue offre une sa(je-femme <pii reçoit les filles (grosses. Un même appartement est divisé eu quatre chambres é{>ales au moyeu de cloisons, et chacune habite sa cellule, et n’est point vue de sa voisine. L’appartement est distribué de manière qu’elles demeurent inconnues l’uue à l’autre pendant deux à trois mois; elles se parlent sans se voir.
On ne peut forcer la porte d’une sag^e-femme que j>ar des ordres supérieurs. La fille attend le moment de sa délivrance un mois ou six semaines, selon (pi’elle a bien ou mal calculé. Idle sort après la «[uiuzaiiie et rentre dans sa famille et dans la so-
‘ .\bl)é Jaulicrt .177:]), t. IV, I]7. — Mercier (178:3\ I. V, |). .âl). — llurtaud, en 177S), clnnne le chiffre de 232, l. 1, ]).
^ Tableau de Parix, t. V, p. 7t3.
ciétô. Elle a pu accoucher dans mie rue voisine, voyant de sa fenêtre celles de son père, sans que celui-ci s’en doute : et voilà ce que la province ne sauroit concevoir.
La saye-feinnie se charge de tout, présente l’enfant au haptcine, le inet en nourrice ou aux Enfans- Irouvés, selon la fortune du père ou les craintes de la mère'.
Pour les misérables, il v avait riIôtcl-Dieu. .l’ai décrit plus haut cet enfer et parlé des infamies (jui s’y commettaient; mais je ne saurais donner une idée exacte du sort qui y attendait les femmes enceintes qu’à la condition de rappeler quelles attentions les entourent aujourd’hui dans nos hôpitaux.
Les salles sont fréquemment lavées à l’eau phéniquéeau I /20 et désinfectées par les vapeurs sulfureuses de temps à autre. Des bouilleurs, contenant de l’eau phéniquée au l;'2(), fonctionnent en permanence.
Les femmes sont soumises aux soins de la propreté la plus stricte. Toute personne qui entre dans la salle d’accouchements doit se savonner et se brosser les mains, et les laver ensuite avec une solution de bichloriire de mercure à l pour 100;).
Tous les instruments et olqets non métalliques sont conservés dans la solution de Van Swieten. Seuls les instruments métalliques, passés d’abord à
' Tableau de Pans, t. V, p. 5V.
IIG LA VIK IMIIVLK D’A L T R L F O I S.
rcMii bouillie, sont conservés dans l’alcool absolu et (lainbés avant de s’en servii’b
A rilôtel-Dicii, les femmes , crosses étaient traitées comme les autres malades. On en entassait jusqu’il (jiiatre, deux à la tête et deux aux pieds, dans des lits de on
tout mouvement était impossible, où les mallienrenses devaient rester sans cesse couchées sur le coté, à moins qu’elles ne s’entendissent pour passer alternativement une jiartle de la nuit sur un banc placé près du lit. Les commissaires nommés par l’Académie des sciences” écrivaient eu 1 780 :
Ou’on se représente ces l'einnies réunies cpiatre ou plus dans un lit, à diverses époques de leurs conciles, avec les évacuations nat urelles (pii les inondent et les inlectent, le sein tendu, la tête et le ventre douloureux, au milieu de la tièvre et de la sueur de lait. Ouelle santé tiendroit à cette situation sans se déranger? Ouelle maladie n’en seroil point accrue? Et que l’on entr’ouvre ces lits, il en sort des vapeurs cliaudes et infectes, des vapeurs (pii sont sensibles à l’œil, et que l’on peut diviser et écarter avec la main. Ces vapeurs se mêlent à l’air de la salle.
* 1'. tdiavassc, Ele'inenfs de pclitc cliiriirijie, 1887, in-12, P . lit).
Voy. ci-clcssiis, p. 36, et L hytjiènc, p. 177 et suiv.
VAIU KTKS CII I II ÜIIOICALES.
Xoiis avons dit que ces salles n’ont de jour et d’air que d’un côté; et avec tant de moyens d’infecter l’air, il y a peu de facilité pour le renouveler. J.’air de ces salles est d’ailleurs altéré par les émanations des salles inférieures, surtout de celles des blessés et des opéi’ations, qui sont immédiatement au dessous, et par toutes les sources tie corruption dont ces salles de blessés sont entourées. Ainsi les lemmes (;rosses, les accoucbées sont environnées d’infection; elles sont nuit et jour dans un air corrompu. Il n’est pas seulement corrompu, il est continuellement humide. L’étape supérieur est occupé par des séchoirs, où par conséquent on entasse du liu(;e mouillé, <{ui communique sou humidité au plancher; devant les fenêtres sont d’autres liii(jes suspendus pour sécher. Ces salles sont donc entretenues dans une humidité perpétuelle, toujours plus développée par la chaleur, toujours au{j;mentée par les vapeurs de la transpiration. Or on sait que l’humidité est mortelle aux femmes en couche.
Dans un pareil milieu, la fièvre puerpérale était en permanence. Durant l’iilver de I 7 i(î, une éjtidémie se tléclara, et l’on ne sauva ^uère plus d’une femme sur vliqqt, il en mourait donc (piatre-A'inijt-tpnn/.c sur cent. Écoutons encore l’Académie des sciences :
En 1740, il y eut une épidémie sur les femmes en couche ; elle fit les plus {;rands rava(jes à l’IIôtel- Dieu, et sur 20 femmes qui en éloient atteintes, à
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|)eine ponvoil-on ou récliapper une. 1774, il y eut clans cet lu')pilal une épidémie qui a reparti tons les liivers jusqu’en 1781 et qui règne encore plus on moitis chaque année dans les temps froids. Ces faits sont tirés des tnémoires que 31. Tenon nous a communiqués’. On y voit que tontes les lemmes frappées de cette é|)idémie périssoient, et sur 12, 7 étoient attacpiées : rilcjtel-Dien perd donc quelquefois pins de la moitié des femmes qui y vont accoucher. Ces épidémies étaient dues la plupart à la fièvre puerpérale; et lorsqu’elle survient àl Hôtel-Dieu, au milieu de ces femmes assembh'es en nombre, et dans les mêmes salles et dans les mêmes lits, on peut juger de ses ravages-.
Et les hôpitaux bien tenus ne connaissent plus cette maladie! Le jirofesseur Tarnier disait à la tribune de rAcadcmie de médecine ; « En I85(), quand je fus nommé interne de la Maternité, la mortalité des femmes en conciles était d’envirou dix pour cenl. En 1884, sur près de mille femmes entrées à la Maternité, nous n'avons eu qu’un seul décès 'b » Il est vrai que ce progrès est dû, pour une large [lart, à l’emploi des antiseptiques.
' Voy. CCS Mémoires, p. 230 et suiv. Je cite de préférence le rapport à l’Académie, qui résume en quelejues lijjncs le très lon{j chapitre de Tenon.
® Images 47 et suiv.
■* I )'' J. Rocliard, dans la Hevue des Deux Mondes, numéro du 15 avril 1889, p. 856.