L'AMI DU PRINCE
Charudatta est un homme si vertueux!
LE PRINCE
Si vertueux qu'il n'a pas de quoi te servir à dîner , si tu lui rends visite.
l'ami du prince.
Sa générosité a fait son malheur. La source de ses biens n'a tari que par sa charité trop bienfaisante ; tel le lac en été se dessèche, absorbe par la soif ardente des voyageurs qu'il soulage. Dans sa prospérité , Charudatta fut sans orgueil , sans haine , bienveillant envers tous.
le prince.
Qu'est-ce donc que cet homme? un esclave , fils d'esclave. Est-il guerrier, descendant de héros , issu de la race militaire ?
l'ami du prince.
Non ; c'est Charudatta , le Brahmane. Arbre de bienfaisance, fertile en fruits de charité qui se penchaient jusqu'à terre et allaient chercher le pauvre dont ils allégeaient le malheur. Il aime les bons. La sagesse même se contemple en lui , comme dans le miroir qui la reflète. Trésor de vertus viriles , innocent
( 120 ) envers tous , d'une piété sans tache , riche d'intelligence, de libéralité, de droiture, c'est lui qui est homme ; c'est lui qui vit d'une vie haute et réelle. Les autres ne font que respirer. Venez , prince , nous fe ions mieux de partir.
LE PRINCE
Et Vasantasena?
l'ami DU rRINCE.j] Perdue! Cherchez-la dans les mêmes lieux où se trouve la vue de l'aveugle , la santé du malade, la sagesse de l'insensé. C'en est fait ; nous ne la verrons plus.
LE PRINCE
Je ne pars point sans l'avoir retrouvée.
l'ami du prjnce.
Le proverbe dit : « L'éléphant se mène par sa chaîne , le coursier par l'adresse du cavalier; mais, si vous n'obtenez pas le cœur d'une femme, pendez-vous; elle résistera jusqu'au bout. »
le prince.
Va-t'en , si tu veux ; je reste.
l'ami du prince.
Je pars. (Il quitte Samsthanaka.)
le prince.
Qu'il s'en aille. Que m'importe? (A Maitreya.) Et toi , l'élève de la mendicité , plie et courbe ton front dans la poussière ! A bas , corbeau !
MAITREYA.
À bas! Nous y sommes.
le prince.
Qui vous y a jetés?
MAITREYA.
Le destin.
le rniNCE.
Lève-toi.
MAITREYA.
Quand la fortune voudra nous sourire.
LE PRINCE
Allons , pleure.
MAITREYA.
En effet, je pleure nos malheurs.
LE PRINCE
Je t'ordonne de rire , imbécile.
MAITREYA.
Quand Charudatta redeviendra heureux.
LE PRINCE
Allons , drôle , écoute-moi. Porte mon message et répète mes paroles au mendiant Charudatla : « Il y a une femme nommée "Vasantasena , courtisane de son métier , véritable lieu commun , couverte d'or comme la danseuse qui va déployer ses grâces dans une pièce nouvelle ; elle vous a vu dans le bois voisin du temple du dieu de l'amour; et là, elle s'est éprise de votre belle personne. Nous avons été forcés de lui donner la chasse et de nous lasser à sa poursuite pour mettre la main sur elle et la placer en lieu de sûreté. Elle a cherché asile dans votre demeure. Si , conseillé par la prudence , vous me l'abandonnez, si vous êtes assez avisé pour la remettre entre mes mains, sans autre forme de procès; je déclare que cet acte de soumission sera considéré par moi d'un œil de bonté spé-
( 123 ) ciale. Alors je daignerai ni'abaisser jusqu'à vous. Mais, coquin ! prends-y garde ; si tu refuses , attends-toi à ma haine éternelle , à une inimitié ardente , qui t'ira rechercher et poursuivre jusqu'à ta dernière heure. Ne perds pas l'unique occasion de t'acquérir mes grâces , trésor inestimable; et souviens-toi que «l'odeur suave des mets préparés la veille devient insoutenable le lendemain. » Quant à toi, tu n'as qu'à partir : répète ce que je viens de te communiquer, et répète-le d'une voix haute et intelligible. Je vais me placer tout à côté d'ici, sur la terrasse de mon palais ; et , de là , j'entendrai chacune de tes paroles. Mais ne va pas manquer à un seul mot de ce que je t'ai dit, ou ta tête misérable , broyée entre mes dents , aura le sort de la noix que j'écrase à l'angle de la porte.
MAITREYA.
Je répéterai vos paroles.
le prince au serviteur.
Est-il bien vrai que le Vita soit parti?
LE SERVITEUR
Oui , prince.
LE PRINCE
Hâtons-nous de le suivre.
LE SERVITEUR
Vous offrirai-je votre sabre ?
LE PRINCE
Traîne-le derrière moi.
LE SERVITEUR
Mais c'est le sabre de votre gran deur.
le prince.
Donne ! (II prend le sabre par la famé. ) Qu'il dorme dans son fourreau , et repose sur mon épaule. Rentrons clans notre tanière , comme le chakal gorgé de proie , et que poursuiveut les aboiemens de tous les chiens de village. (Il s eu va.)
MAITREYA.
Bonne Radanika, ne dites pas à Charudatta l'insulte que vous avez soufferte. Déjà ses propres tourmens l'occupent assez. Cet événement ajouterait à ses douleurs.
RADANIKA.
Je ne suis pas « ma bonne Radanika , » je suis Radanika tout court, et je sais me taire. ( Ils se refirent tous deux. )
(On entend Charudatta qui , dans V intérieur de lei maison , croyant parler à Radanika , s'adresse à Vasantasena. )
CHARUDATTA.
Radanika , mon enfant a goûté assez long-temps la fraîcheur du soir. Qu'il rentre ! La rosée pourrait l'incommoder. Il faut le recouvrir de ce vêtement. vasantasena , à part , et recevant h vêtement.
Il me prend pour une des servantes de la maison. Quoi! ce vêtement est parfumé de jasmin? Je le vois , celui qui porte cet habit n'est pas encore tout-à-fait un philosophe.
charudatta.
Radanika , conduis l'enfant dans les appartemens intérieurs.
VASANTASENA , à part.
Hélas ! le destin m'en refuse l'entrée.
( 124 ) ( On voit paraître Mailrcya et Iiadanika. )
CHARUDATTA.
Qui vient ici? Quelle est cette inconnue? ( 77 aperçoit Vasantasena. ).Te l'ai prise pour Radanika , et j'ai blessé sa modestie en remettant mon vêtement entre ses mains.
VASANTASENA , à part.
Blessé ! Ah ! c'est pour moi le bonheur !
maitreya la reconnaissant.
C'est la belle Vasantasena.
CHARUDATTA , à part.
Vasantasena ! Dois-je , dans le déclin de ma fortune , lui rendre amour pour amour ? Non , mon affection doit garder un mystérieux silence.
MAITREYA.
Le beau-frère du roi vpus envoie le message suivant : « Vasantasena , dit -il , femme perdue , vous ayant aperçu au temple du dieu de l'amour , a perdu l'esprit en vous contemplant; et je me suis vu forcé ( c'est le prince qui parle ) d'employer la violence afin de m'emparer d'elle. »
VASANTASENA.
« La violence ! » L'expression est aimable ! et je le remercie.
MAITREYA.
«Elle a [dit toujours le prince) cherché asile dans votre demeure. Livrez-la en mes mains , rendez-la-moi vous-même. Mes bonnes grâces tomberont sur vous du haut de ma magnificence. Sinon ma haine mortelle va vous accabler. »
CIIARUDATTA.
C'est un insensé, (a pari. ) Vasantasena ne se laisse pas éblouir par la fortune. Elle refuse d'entrer dans le palais magnifique où la -violence prétend la jeter. A tant d'injures, elle ne répond par aucune expression de courroux. Silencieuse , elle délaisse l'homme qu'elle méprise , et lui permet d'exhaler sa vaine fureur. [A Vasantasena. ) Je m'étais trompé, je ne vous connaissais pas , et je vous ai parlé comme à l'une de mes suivantes. Pardonnez un manque d'égards involontaire. Ma tête s'incline devant vous , et j'ose espérer votre pardon.
VASANTASENA.
Seule je suis coupable. Je vous ai offensé en m'introduisant dans un lieu dont je suis indigne. C'est à moi de m'incliner devant vous.
MAITREYA.
Parfait] admirable! Mais pendant que vos deux têtes s'inclinent l'une vers l'autre comme deux gerbes dans un champ de riz, permettez-moi de courber la mienne à mon tour. Il est vrai que je ne saurais y mettre autant de grâce que vous ; on dirait, à me voir , un chameau trop jeune encore pour que ses jarrets assouplis aient pris l'habitude de s'agenouiller quand on lui impose sa charge. A présent , je vous supplie, en toute humilité, veuillez vous relever et redresser vos têtes.
VASANTASENA.
Vous que je respecte du fond demoname, seigneur , s il est vrai que j'aie trouvé grâce devant vous, per-
mettez-moi de déposer ces ornemens dans votre demeure. Les misérables qui m'ont poursuivie ont voulu me les arracher.
CHARUDATTA.
Mon humble demeure ne devrait pas recevoir un tel dépôt.
VASANTASENA.
Je me confie , non à la demeure , mais à celui qui l'habite.
CHARUDATTA.
Maitreya , serrez les bijoux.
VASANTASENA.
Je vous remercie. Permettez encore que votre noble ami me serve d'escorte jusqu'à ma demeure.
CHARUDATTA.
Je vous conduirai moi-même. [Aux serviteurs.) Allumez les lampes.
maitreya, lui parlant bas à V oreille.
L'huile manque.
CHARUDATTA.
La lune brille , escortée des astres de sa suite ; elle est pâle comme la joue de la jeune fille que l'amour consume. Les célestes flambeaux éclairent sur la grande route. Des rayons blancs comme le lait descendent du ciel et pénètrent dans les grottes les plus obscures , où elles versent la clarté. [On se met en route.) Voici votre demeure, madame. [Vasantasena s'incline et entre.) Viens , mon ami , retournons sur nos pas. Tout est tranquille ; la garde de nuit fait la ronde accoutumée. Cette heure du silence et du repos, où les pensées cou-
( *27 ) pablcs veillent seules , ne devrait pas nous rencontrer ici. Quant à ce dépôt , Maitrcya , je le place entre tes mains fidèles.
MA1TUEYA.
Vous serez obéi.
Telle est la fin du premier acte. Jamais entrée en scène ne fut plus adroite et plus franche. L'exposition se fait toute en action ; peu de pièces modernes sont plus parfaites sous ce rapport. Bavabhouti , poète plus grandiose , plus passionné , plus éloquent que le roi Soudraka ; Bavabhouti, aigle terrible, colombe gémissante, tantôt battant les airs d'une aile ardente comme celle de la tempête , tantôt pénétrant et reposant dans le bois de myrtes en fleurs ; cet admirable écrivain, qui vivait à l'époque où l'art avait atteint sa perfection, se montre cependant moins habile que Soudraka sous le point du vue dont il est question ici. L'exposition de Malati et Madhava , par le premier de ces poètes , est bien plus en récit qu'en action, bien moins habilement ménagée que celle du MrichcJiakati.
Deux caractères, le Brahmane Maitreya , l'ami fidèle du généreux Brahmane, et Samsthanaka , le prince impertinent , ont quelque chose de cet humour dont Shakspeare a empreint une foule de personnages dans ses drames les plus intéressans. On aurait tort d'attribuer cet humour à la nationalité anglaise ; il émane des bizarres dispositions inhérentes à la nature humaine elle-même. Le seul Shakspeare, parmi les poètes britanniques, a creusé profondément dans les mystères du cœur et de l'intelligence; seul il a trouvé le véri-
table humour. Dans quelques-unes des plus capricieuses productions de la nature physique , elle-même a son genre de humour, que les physiciens ont su observer. Mais le humour moral a été bien mal compris jusqu'ici par les critiques fastidieux , dont le génie trop difficile repousse ce qui dépasse une certaine ligne de délicatesse et de décence , moins réelle que convenue. L'humour, comme tout ce qui est réel, devient aussi objet de l'art , se change en idéal; et c'est ce que les anciens ont parfaitement senti , quand ils l'ont placé dans le monde fantastique des satyres et des faunes. Ajoutons que cet humour , pour ne jamais choquer l'art et le goût, ne doit pas tomber d'abord dans la trivialité , comme on le pense aisément , ensuite dans la manière, comme cela arrive chez Ben- Johnson, chez Sterne, et souvent chez l'Allemand Jean-Paul Richter. La grâce naturelle l'abandonne alors ; il perd sa facilité , son idéalité , pour se couvrir de couleurs lourdes, ternes , monotones , ou pour tomber dans l'exagération grimacière de la caricature.
Il y a dans l'humour de Maitreya quelque chose de la facilité enjouée et même de la plaisanterie légère du gracioso espagnol. Il est un peu poltron et un peu gourmand ; la nuit lui fait peur ; il ne veut pas sortir seul ; son plus grand chagrin c'est de mal vivre. Mais il est fidèle à l'infortune , et sa sensualité elle-même sait se dévouer à son ami. Son rôle cependant est bien plus un rôle de caractère que celui du valet espagnol. Quant à l'humour du prince , il est d'une nature malfaisante. C'est toute la brutalité d'une insolence prin-
( 150 ) cicrc. Ce rôle , si bien tracé , rappelle , jusqu'à certain point, celui tic Clotcn, dans Cymbelhic de Shakspearc, personnage moins important toutefois comme peinture de caractère. Rien de plus lâchement cruel , de plus insolemment ridicule que ce Samsthanaka ; il serait trop odieux , s'il n'était fort comique. On le traite sans façon : car , s'il est méchant , il est sot ; et , si on le hait beaucoup, on le méprise davantage. Trop léger, trop frivole pour être craint , il inspire l'aversion , la risée , mais non la terreur.
L'ami du prince , le "Vita, compagnon des débauches de Samsthanaka, qu'il méprise, est un homme de la caste guerrière , qui se moque à la fois de la pusillanimité de son maître et s'humilie devant Maitreya le Brahmane. Ce Maitreya, si peu brave qu'il n'ose pas sortir dans les ténèbres , se fie cependant à sa qualité de Brahmane et ne craint pas le prince même , dès qu'il est sûr d'être reconnu pour membre de la caste pontificale. Il ose menacer Samsthanaka, et cependant, quand ce dernier l'accable d'injures, sa faiblesse reprend le dessus , et il ne sait que répondre. Ainsi contrastent dans son sein , de la manière la plus originale, le sentiment d'orgueil que lui inspire la sainteté de sa caste redoutée et sa poltronnerie naturelle. Comme Brahmane , il humilie à ses pieds le Vita et lui pardonne ensuite. Quant au prince, il n'a que du mépris pour les pontifes. Il oppose à leur orgueil l'orgueil rival de la caste guerrière. Sa lâcheté a su deviner par instinct cette timidité naturelle du caractère du pauvre Maitreya, qu'il traite avec une excessive brutalité, xi. 9
( 130 ) tandis qu'il se montre patient et même timide vis-à-vis de son favori même, le Vita, guerrier comme lui. Nuances admirablement saisies , traitées avec une force et une adresse remarquable , et qui nous ouvrent un point de vue aussi profond que curieux dans le génie politique qui se cache au fond même de la scène. La race royale est sur le point de succomber ; un Brahmane armera contre elle la main du pâtre , et elle expiera son mépris pour les Brahmanes , dont l'empire et le régime de famille furent si violemment contestées dans les temps antiques de l'histoire indienne.
Je me suis vu forcé de prendre quelques libertés , de supprimer ou d'éclaircir quelques phrases dans les rôles du prince et de Maitreya. On sait que le burlesque et le trivial , soit dans la plaisanterie , soit dans l'invective , ne souffrent pas de traduction exacte , de calque absolument fidèle. Aussi , l'humour de Shakspeare ne pourrait être compris des Français , que si l'on parvenait à le métamorphoser en humour nouveau , mais équivalent et conforme au génie de leur propre langue. Mes omissions ont spécialement porté sur des passages relatifs à la mythologie et à l'histoire héroïque de l'Inde; une traduction de ces allusions historiques n'eût pas suffi, elle eût exigé un commentaire. Samsthanaka est aussi ignorant qu'il est lâche ; cependant il veut faire parade de science ; il veut se montrer versé dans l'érudition des Kshatryias , dans la connaissance des faits héroïques de sa nation ,• mais il cite à faux, et confond à tout moment ses personnages. On ne pourrait donner une idée de ces qui-
proquo d'érudition déplacée que par des équivalens tirésde l'histoire de France; billevesées qui pourraient faire rire si on les tirait non de l'histoire des Francs, généralement inconnue , mais de nos siècles héroïques. Cependant ces derniers , tout saturés de christianisme, prennent une couleur absolument différente; et tout le monde sent que le mélange de ces analogies françaises , jetées ù travers une pièce indienne, auraient détruit toute vraisemblance et toute unité. Nous n'avons donc pu ni employer cette inutile ressource , ni nous servir d'une traduction littérale , qui nous eût forcé de mêler aux fleurs de la poésie toutes les épines de l'érudition des commentateurs.
Charudatta est l'un des plus nobles caractères que l'on ait vus se développer sur la scène d'aucun peuple. Il intéresse profondément par cet admirable amour de l'humanité , qui ne le quitte jamais; par sa noble patience; par cette douceur dont la sublimité a quelque chose à'evangélique. Sous ces divers rapports , il offre le contraste le plus complet avec ce Timon d'Athènes , que Shakspeare a peint de couleurs si vigoureuses. Abandonné par ses parasites , Timon se plonge dans la haine et le mépris des hommes. Charudatta, tout en jetant un regard douloureux sur son infortune, qui l'empêche de faire autant de bien qu'il le voudrait; Charudatta , qui n'affecte pas un stoïcisme et un orgueilleux dédain de la richesse , oublie les faux amis qui l'ont quitté , et ne s'occupe que de l'infortune de ses semblables. Ses paroles ne sont pas une morale sèche et stérile, rédigée en sentences , ce sont autant
( 132 ) d'émotions qui jaillissent des profondeurs de son ame. Jamais le pinceau antique n'a retracé l'humanité sous des couleurs aussi aimables ni aussi aimantes. On voit naître dans ce cœur vertueux un amour tendre et pur pour la belle Vasantasena , amour naïf, fleur délicate , écîose sous l'influence d'un ciel pur. Il est vrai que pour bien juger cette partie de l'ouvrage , il faut les considérer, comme je l'ai dit plus haut, sous le point de vue de l'union des familles patriarcales.
Il y a une moralité profonde dans le rôle de Vasantasena. Cette moralité éclate surtout lorsque Maitreya répète devant elle la brutale amertume des sarcasmes dont le prince a fait usage , et qu'elle baisse humblement la tête sous ces reproches , comme elle vient de s'humilier et de garder le silence devant ceux que le Vita et le prince lui adressaient. Dans la scène originale où Maitreya s'acquitte de son message , ce dernier ajoute aux paroles qu'il est chargé de rapporter une malice personnelle que j'ai été obligé de supprimer pour abréger la scène. Vasantasena voit dans cette honte une expiation des fautes de sa profession , que la religion et l'éducation excusent jusqu'à un certain point, comme nous l'avons déjà vu, dans l'Inde comme dans la Grèce païenne. La modestie de Vasantasena, que les reproches accablent , augmentent encore son mérite aux yeux de Charudatta ; et toute cette partie de l'ouvrage est traitée avec une délicatesse et une grâce dont la scène comique des Grecs et des Romains est loin de nous avoir donné l'exemple.
( La suite au numéro prochain.)
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