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Archives Nationales. T. 149s

2. Note sur les Cimetières de la Ville de Paris, par M. Caffort, chef du Bureau des inhumations, 1889, p. 1 1 5.

ture de Desrues et de sa famille, dans la ligne seulement de Mme Dolimière, sa sœur, et aussi sous réserve d’un échange de terrain limitrophe, et à la condition que le Cimetière serait clos de murs dans le délai d'une année, sous peine de révocation1.

Les Archives de la Seine possèdent un curieux plan du cimetière, imprimé en lithographie en 1822, par C. Motte, rue des Marais, et intitulé : plan du cimetière de la commune de Vaugirard. Il mesure 47 X 27. On y voit que les concessions sont ménagées autour, et les fosses communes dans le milieu. Au fond, du côté opposé à l’entrée, sont les deux tombeaux des familles Desrues et Parain, donateurs des terrains, et concédés par ordonnance royale. Au centre, est un monument surmonté d’une haute croix*.

Dans la séance du i5mai 1824, le maire de Vaugirard entretenait le Conseil Municipal de la question d’insuffisance du champ de repos, et lui faisait connaître, notamment, que l'on s’était trouvé dans la nécessité d’enterrer deux corps l’un sur l’autre. De négociations entamées avec un propriétaire voisin, il résultait qu’un terrain limitrophe, mesurant un arpent, pourrait être acquis au prix de 9.000 francs, auquel il y aurait lieu d’ajouter une somme de 5. 000 francs pour construction d’un mur de clôture. L’assemblée communale, par une délibération du 1 1 mai 1826, alloua un crédit de i5.ooo francs pour ce nouvel agrandissement3.

La viabilité de la commune de Vaugirard n’était pas, parait-il, dans le premier quart du dix-neuvième siècle, sans laisser quelque peu à désirer, surtout aux environs du ciine-

3. Archives de la Seine. Registre n° 1 des délibérations du Conseil Municipal de Vaugirard.

tière. La boue s’y élevait à une telle hauteur que l’on dut, une fois entre autres, y abandonner, ou à peu près, un convoi. On en jugera par la lettre ci-après, intéressante à plus d’un titre :

Monsieur le Sous-Préfet,

Le chemin de mon église au cimetière devenant tous les jours plus impraticable, j’ai l’honneur de vous adresser la présente pour vous prier d’inviter M. le maire de Vaugirard à assembler extraordinairement le Conseil de la commune, pour aviser aux moyens les plus prompts de réparer le dit chemin, vu l’urgence.

11 y a quatre jours qu’un de mes vicaires conduisant un corps au cimetière, fut obligé de retourner sur ses pas, laissant le corps entre les bras d’un porteur qui entroit, je ne dis pas dans l’eau, mais dans la boue jusqu’aux molets. Heureusement qu’il avait des bottes. La décence du culte religieux exige, et tous mes paroissiens demandent cette réparation. Je voudrais, Monsieur, que vous puissiez voir par vous-même le susdit chemin ou y envoyer un inspecteur qui vous en ferait un rapport. Si la commune n’a pas d’argent, qu’on l’autorise ou remprunter ou à s’imposer pour cet effet, car cette réparation est très urgente et absolument nécessaire.

Recevez, etc... Jacotet, curé de Vaugirard.

Le 16 février 1 828 L

Voici encore une délibération du Conseil municipal, du

12 mars 1829, approuvant l'agrandissement de la nécropole dans les limites d'une dépense de 6.473 fr. 142. Et, trois années après, le 19 avril 1 832 , une décision fixant le tarif des concessions, savoir : 5o francs, à perpétuité, par mètre superficiel, et 18 francs, à titre temporaire, pour deux mètres carrés, pendant six ans3.

Ajoutons ce renseignement assez curieux, que le gardien du cimetière s’y construisit lui-même sa maison d’habitation, à l’angle gauche de ce lieu, au niveau de l’avenue des peupliers. Elle ne devait pas excéder 3 m. 12 de largeur ni dépasser le

3. Archives de la Seine. Registre n° 1 des délibérations du Conseil Municipal de Vaugirard.

mur de clôture. L’arrêté du Sous-Préfet de Sceaux, du 21 septembre 18.37, autorisant cette édification, stipulait quelecoût ne devait pas dépasser la somme de 1 .000 francs, supportée par le dit concierge, dénommé Tranchant, qui devait y habiter1.

Une délibération du 22 mai 1847 réglementa le service des Pompes Funèbres, à Vaugirard.

A partir du icr juillet suivant, y était-il dit, le transport des décédés devait être exécuté d’après le mode en usage à Paris, c’est-à-dire par des corbillards attelés. Comme taxe fixe et droit municipal, il devait être prélevé à la Mairie, au moment de la déclaration du décès, dix francs pour les convois d’adultes comprenant fosses, porteurs, ordonnateurs, corbillard attelé, et drap mortuaire. Cinq francs cinquante centimes pour les enfants; étant observé que. pour les derniers convois, le corbillard attelé serait remplacé par le brancard, dit Comète 2.

L’arrêté du maire de Vaugirard, du 3o mai 1847, disait expressément :

A l’exclusion de toute autre entreprise, l’entreprise des Pompes funèbres générales, LengléetCie, sera seule chargée de la fourniture de tous les objets relatifs à la pompe funèbre, la fabrique de l’Eglise lui ayant délégué ses droits à ce sujet, en vertu des décrets des 23 prairial an 12 et 18 mai 18063.

Concernant d’autres agrandissements, nous citerons encore une délibération du Conseil municipal, du 19 août 1849, tendant à l’acquisition de terrains situés à l’extrémité, ayant façade sur le chemin vicinal, dit des Vaches, et appartenant à MM. Vauquois, Fondary, Leroy et Turillon. Et aussi la délibération du i5 mai i85o, votant la somme de 28.000 francs

2. Archives de la Seine. Cartons de Vaugirard D. G. Et La Semaine, n° du 3i octobre

destinée à la cession d'un emplacement appartenant aux héritiers Brou

Une autre augmentation, réalisée en 1 853, porta la superficie à i hectare, 58 ares, 21 centiares.

Lors de l’annexion de la commune de Vaugirard à Paris, le cimetière comptait 5o6 concessions perpétuelles. A partir de cette opération, c’est-à-dire du Ier janvier 1860, jusqu’au

30 septembre 1861, on y reçut les inhumations temporaires et gratuites d'une partie du XVe arrondissement.

Durant neuf années, du L' octobre 1861 au 9 septembre 1870, ces inhumations y étaient abolies, pour être tolérées à nouveau, sans doute à cause des morts de la période insurrectionnelle, du 10 septembre 1870 au 19 mars 1871, et réservées aux XVe et XVIe arrondissements.

Du 20 mars 1871 au 19 juin suivant, le XVe arrondissement seul pouvait y envoyer ses convois, et ensuite une partie de cet arrondissement, du 20 juin 1871 au3i mai 1872.

Du ier juin 1872 au 3i mars 1879, il fut de nouveau fermé aux inhumations en concessions temporaires et gratuites, et ne reçut que les inhumations en concessions perpétuelles.

Ouvert de nouveau le Ier avril 1879, il reçut, jusqu’au

31 juillet suivant, les inhumations temporaires et gratuites des 1er, Ve, VIe, VIIe, XIIIe, XIVe et XVe arrondissements.

Le icr août 1879, il était définitivement fermé aux inhumations de ces deux catégories.

Il est très intéressant d’ajouter que, depuis 1882, les Invalides, enterrés précédemment au cimetière Montparnasse, y sont inhumés en tranchées gratuites, pour cinq ans. La Ville de Paris a voulu ainsi, dans une pensée louable, leur éviter

1. Archives de la Seine. Registre des délibérations du Conseil Municipal de Vaugirard.

le trajet à Ivry. Nous disons plus loin, à propos du cimetière parisien de Saint-S ulpice, également situé à Vaugirard, que ces modestes guerriers avaient été inhumés, de 1784 à 1 833, dans un terrain contigu à ce dernier cimetière. A partir de 1 833, on les envoya à Montparnasse, où l’on continua de les recevoir jusqu’en 1882 h

Dans le cimetière de la rue Lecourbe, l’emplacement qui leur est réservé est situé à son extrémité, et se reconnaît à une grande croix noire en bois, portant le mot : Invalides. Il ne s’y voit aucun monument. Les inhumations y sont, d’ailleurs, très rares, en raison du peu d’invalides existant encore.

Cette tombe collective ne sera bientôt plus qu’un souvenir.

A l'heure actuelle, la petite nécropole de Vaugirard est un endroit charmant, plein de beaux arbres, de verdures et d’oiseaux. Et ce qui contribue au développement de sa luxuriante végétation n’est autre que le petit nombre de familles qui viennent y chercher un dernier asile pour leurs sépultures, en raison de son éloignement, au bout de cette rue sans fin qui s’appelle la rue Lecourbe. Le malheur, pourtant, au point de vue du pittoresque, est de voir son horizon diminué de jour en jour par les hautes maisons à cinq ou six étages qui se construisent sur ses côtés. Ses grands arbres, qui ont eu tout le temps de croître et de se développer en liberté et en plein ciel, ne se détachent plus guère, aujourd’hui, que sur des murailles nouvellement crépies, dont l’agglomération formera bientôt une vaste cuvette dans le fond de laquelle les vivifiantes nappes d’air du dehors ne pourront plus apporter ni fraîcheur ni végétation !

Le promeneur qui vient s’égarer en ces lointains parages,

1. Note sur les Cimetières de la Ville de Paris, par M. Caffort, chef du Bureau des inhumations, 1889, p. 1 1 5.

soit par curiosité, soit que ses sombres pensées l'y attirent, ne manquera pas, vraisemblablement, de remarquer le nombre considérable de sépultures qui y sont abandonnées. Leurs pierres, à demi-brisées ou devenues illisibles, ont été dressées le long des murs, et sont déjà, presque toutes, recouvertes des lierres épais de l’oubli et des herbes folles de l’indifférence.

J,' herbe cache et la pluie efface.

Combien vite on est oublié des siens! dira sans doute le promeneur mélancolique.

Combien vite disparaissent à leur tour ceux qui restent derrière nous ! pourrait-il ajouter, en songeant aux nombreuses générations qui dorment là depuis si peu de temps.

Au fond du cimetière, dressé contre le mur, vis-à-vis de l’allée principale, est un monument particulier renfermant les restes des personnes qui avaient été, depuis les temps les plus lointains, inhumées dans la vieille église Saint-Lambert. Lors de la démolition de cet antique monument, les ossements qui y reposaient furent réunis et enterrés anonymement dans la nécropole paroissiale. Le tombeau consiste en une croix de pierre au-devant de laquelle est couchée une dalle tumulaire entourée de quatre bornes reliées par des chaînes de fer. Dans le socle de la croix sont gravés ces mots :

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