Archives Nationales. S
tiennes. Ce fut, en effet, dans une bien modeste maison située à l’angle de la rue de Vaugirard et d’une rue aujourd’hui dénommée Copreaux, que J. -B. de La Salle installa son noviciat, le 8 octobre 1691. Jusqu’en 1698, cet établissement fonctionna à Vaugirard et fut ensuite transféré à Paris, rue Saint-Placide, b
La maison dont il s’agit avait, tout d’abord, été organisée pour soigner les frères malades 1 2.
On sait quel rôle considérable jouèrent en France ces instituteurs religieux qui, pendant plusieurs siècles, furent seuls à donner l’instruction gratuite aux enfants du peuple, et que la bourgeoisie, toujours prompte à railler, avait gratifiés du nom de frères ignorcintins. Aussi bien, le fait de cette création à Vaugirard a-t-il une importance que l’on ne saurait nier.
Nous ne voudrions pas non plus passer sous silence l’existence d’un autre établissement de même nature, qui vint également se fixer à Vaugirard quelques années avant sa disparition du nombre des communes de la Seine. Nous voulons parler de la Congrégation des Frères de Saint-Vincent-de- Paul, fondée par M. Jean-Léon Le Prévost, et qui avait pour but le dévouement aux apprentis, aux ouvriers, et la création d’œuvres sociales destinées à leur venir en aide. Jean le Prévost, né à Caudebec en i8o3, entrait au ministère des Cultes en 1828 et contractait, à l’àge de 32 ans, un mariage qui ne répondait pas à ses aspirations. Malheureux en ménage, il se réfugia dans la religion. Ce fut alors qu’il fit la connaissance
2. Mes Voyages aux environs de Paris, par J. Delort; Paris, Picart, 1821, t. Il, p. 118.
d’Ozanam,qui l’initia à la société naissante de Saint-Vincentde-Paul, qui se réunissait rue du Regard, n° 16. En 1847, cet organisme laïque s’installe à Grenelle, rue du Commerce, n° 75, dans une petite maison avec jardin, où les quelques frères qui la composent organisent pour les ouvriers, des conférences, des bibliothèques et des catéchismes. Ces frères étaient, en somme, des religieux laïques; le premier prêtre qui fit partie de ce groupement fut, en 1800, l’abbé Planchât, fusillé en 1871, rue Haxo, par la Commune agonisante.
Peu après, la Société possédait une maison rue de l’Arbalète 3q; le 8 octobre 1 852, les frères s’unirent par des vœux de pauvreté, d’obéissance et de chasteté : la congrégation était fondée. En 1864, M. Le Prévost acquit un immeuble à Vaugirard, rue de Dantzig, composé de plusieurs bâtiments et de jardins. On y construisit une chapelle placée sous le vocable des Cœurs de Jésus et de Marie, et l’installation eut lieu le 19 mars de cette année. Des orphelins, des vieillards, des veuves, y furent immédiatement hospitalisés, et l'on y créa un patronage d’apprentis, un fourneau économique et une bibliothèque populaire. L’établissement devint la maison mère de Vaugirard, de nombreuses succursales s’étant fondées en France.
Après la mort de sa femme, M. Le Prévost s’était fait ordonner prêtre et avait été consacré le 22 décembre 1860, à Vaugirard, dans la chapelle de la maison. Le 22 mai 1874, la Société des Frères de Saint-Vincent-de-Paul était approuvée par le pape et, le 3o octobre suivant, son fondateur décédait dans un petit noviciat qu’il avait créé à Chaville.
Lors de son complet épanouissement, en 1900, la maison de Vaugirard comprenait un orphelinat de 3oo enfants ; une Sainte-Famille de 260 membres ; une œuvre des hommes
sans travail ; une œuvre analogue pour les femmes; un patronage pour enfants de 7 à 10 ans ; un autre pour enfants audessus de 10 ans et pour jeunes gens; deux archiconfréries : de Notre-Dame de la Salctteet de Sainte Philomène
Pendant la Restauration, Vaugirard vit se développer une institution d’un type particulier dite : Association paternelle des Chevaliers de Saint-Louis. Elle avait été fondée en 1 c3 1 5 , au lendemain de la chute de l’Empire, et dans le but d’élever et de faire une position aux enfants des chevaliers de Saint-Louis que la Révolution avait ruinés. Le projet était dû à l’initiative du baron Hyde de Neuville, et se développa sous la protection du Prince de Condé qui, comme chef de l’armée des émigrés, avait eu sous son commandement de nombreux chevaliers de cet ordre. Une section pour les lil les fut créée à Versailles, et confiée aux religieuses Augustines. Celle des garçons, tout d’abord installée à Scnlis, était sous la conduite des Bénédictins de la congrégation de Saint-Maur, avec pour supérieur, Dom Marquet, qui mourut en 1817. Dom Groult d’Arcy, de la même congrégation, ancien principal du Collège d’Autun, prit alors la direction de l’établissement. Le but était surtout de préparer les élèves pour les diverses écoles militaires: Saint-Cyr, Polytechnique, Marine.
La maison de Scnlis subsista pendant quelque temps avec celle de Vaugirard, mais cette dernière ne devait pas tarder à rester seule et à recevoir les élèves de la première.
L’établissement dans lequel l’abbé Groult installa ses
1. Vie de M. Le Prévost, prêtre, fondateur et premier supérieur des frères de Saint-Vincent-de-Paul, parle Comte de Lambel. Paris-Auteuil, 1900, in-12, S6 pages.
VAUGIRABD
élèves, à Vaugirard, n’était autre que l’ancienne maison de campagne du Petit Séminaire de Saint-Sulpice, acquise par ce prêtre vers 1820. Elle se trouvait dans la grande rue de Vaugirard, adroite en sortant de Paris, vers l’emplacement de la rue Gerbert actuelle et delà nouvelle église Saint- Lambert. Un palmarès imprimé, d’une distribution de prix faite en 1821 par les présidents et membres du Comité général, au Collège des Enfants de Saint-Louis, à Vaugirard, nous montre que l’institution fonctionnait déjà à cette époque. Au mois d’octobre 1824, le directeur était tenu d’y recevoir 5o ou 60 élèves, et le reste de la maison de Senlis, pour le mois d’octobre suivant. Le papier portait comme en-tête, les armes de France, avec la mention suivante :
Association paternelle des chevaliers de l’ordre Royal et militaire de Saint- Louis et du Mérite Militaire, instituée de l’agrément de sa Majesté, avec la protection de son Altesse Royale Madame, Duchesse d’Angoulême, et la présidence suprême de Son Altesse Royale Monseigneur le Duc de Berri.
L’inscription placée au-dessus de la porte de la maison de Vaugirard était ainsi conçue :
Maison d’Education des Enfants de l’Ordre Royal et Militaire de Saint-Louis et du Mérite Militaire l.
Nous avons sous les yeux un prospectus indiquant les formalités à remplir pour la réception des élèves.
Le programme des travaux comprenait:
L’étude des langues française et latine, de l’histoire, de la chronologie, de la géographie et du calcul. On n’enseignait le grec qu’à ceux qui y montraient du goût et de l’aptitude. L’écriture était très recommandée; nul ne pouvait commencer le dessin avant sa douzième année, ni les mathématiques avant sa treizième. On ne devait passer qu’un an ou dix-huit mois à la salle d’escrime et autant à celle de danse: « uniquement pour placer le corps, donner une tenue honnête et apprendre à se présenter avec décence ».