‹ Vauquelin des-YveteauxChapitre 15 sur 39 · ROY DE L'ARABIE HEVREVSE · texte numérisé non relu

ROY DE L'ARABIE HEVREVSE

AV ROY

Avpres de ces hauts monts où la belle Pyrene, Aymant vn cœur ingrat , endura tant de peine, Pour luy perdant sa vie et sa virginité ; Naquit vn Roy Gaulois , plein de diuinité, De qui la seule gloire errante et vagabonde S'espand par elle-mesme aux quatre coins du monde. Son enfance guerrière aux trauaux se passa ; Nourry du laict de Mars, tous les Roys il passa. Sans nulle force encor, il força les murailles, Et son premier obiect ce furent les batailles. Princes, ne dites point que ce Roy fust heureux, Car il doit sa fortune à ses faicts valeureux. Comme vne ieune fleur à l'orage exposée , Tl vid à sa valeur toute chose opposée,

(4) Andronice (vainqueur des hommes), c'est Louis XIII. Ce roi gaulois, Agontée, dont il est le fils, est Henri IV, et cette Parthénie, dont il est question ici et dans les deux pièces suivantes, est Anne d'Autriche.

La date de cette pièce et des deux suivantes doit donc être fixée à 1645, et elles auront été faites pour quelque mascarade , lors des fêtes données à l'occasion du mariage de Louis XIII et de cette princesse.

Les citez de la terre et tous les Empereurs Le choisirent pour but aux traicts de leurs fureurs. Mais ils ont tous payé le tribut à sa gloire , Seruant de monumens sacrez à sa mémoire.

Apres auoir remis les peuples sous ses loix , Ceint des lauriers de Mars ses tempes tant de fois, Auoir de iour en iour, par labeurs véritables , En effect accomply ce que chantent les fables , Faict et dompté des murs et , par ses bastimens Dignes de son nom seul, braué les elemens, De triomphes humains lassé la Renommée, Flechy par sa vertu la Fortune animée , Estouffé les proiets des plus audacieux, Mais de tous ses succez rendu l'honneur aux Dieux Et deuenu luy-mesme à la fin adorable, Arrestant le pouuoir du Temps inexorable ; Vne paix asseuree à son siècle il donna Et ses autels sacrez d'oliue il couronna. Voulant doncques ioùyr de sa gloire illustrée, Errant parmy le monde il vit vne contrée Que deux egalles mers vont tout enuironnant Et de leurs flots réglez ses isles couronnant. Son assiette esleuee et pleine de merueille Regarde l'Océan à l'arène vermeille ; Là le ciel amoureux et tousiours odorant Va de tous ses thresors la terre bien-heurant , Et dans ce paradis, le palais des délices , L'Amour a mille appas et n'a nulles malices ; Des Zephires tous seuls cet air est agité , Et quiconque se plainct c'est de la volupté. Les eaux et les forests sont toutes parfumées , Et de baulme et d'encens les terres sont semées.

L'or brillant de rayons fait reluire les champs Et leurs alerions feroient honte à nos chants 5 En Fan le plus ingrat quatre moissons dorées A ces peuples heureux sont tousiours asseurees. C'est là que cet oyseau vénérable aux mortels , Sous le char du soleil se dresse des autels.

Dans ces lieux fortunez regnoit vne Déesse , De nul amant encor ny femme , ny maistresse. L'Orient précieux , au matin recueillant Les tributs que luy doit l'Aurore en s'esueillant , Dans le mois de Venus void moins de belles choses, Que son teinct ne monstroit et d'œillets et de roses ; La neige du Liban cedoit à sa blancheur, Et les lys de lunon auoient moins de fraischeur.

En vain les plus grands Roys de mérite et de race Auoient desia tenté d'eschauffer ceste glace -, Les feux de la vertu , qui brusloient ses esprits , Esteignoient aysement les ardeurs de Cypris. Mais tout en vn moment sa constance domtee Se perdit en voyant le vaillant Agontee (1). Les faicts de ce Gaulois , en tous lieux admirez , Auoient à cet amour ses désirs préparez. Luy de mesme la tient reine de sa pensée ; Il meurt de mille ennuis si tost qu'il l'a laissée. De l'esprit et des pas partout il la suiuoit ; Ses yeux lui sont plus chers que ceux dont il la voit, Mais , après maints souspirs , ceste ame glorieuse , De toute chose enfin tousiours victorieuse , Par ses rares vertus la Déesse vainquit Et d'eux bien tost après Andronice naquit.

(4) Henri IV.

A l'instant , près de là , dans les bois solitaires , Que l'on tient de tout temps reseruez aux mystères , Sur le haut d'vn rocher l'Oracle s'entendit Et les faicts d'Andronice en ces mots il prédit : « Aux Princes estrangers il sera redoutable 5 Aux Infidelles mesme il sera véritable ; Sçauant, il voudra ioindre à la gloire des arts Les lauriers d'Apollon auecques ceux de Mars. Courtois, il conquerra les âmes plus barbares, Et sera mis au rang des héros les plus rares. Mais de tous ces succez vain est le fondement S'il n'est de Parthenie aymé premièrement. »

Ainsi parla l'Oracle, et depuis vn vieux mage, A qui les prestres saincts au temple font hommage, Promist de luy monstrer ceste chaste beauté, Agréable subiect de sa félicité 5 Ce qui faict qu'au mespris des fortunes humaines, Brauant tous les dangers et desdaignant les peines, Apres de longs désirs il arriue en ces lieux, Menant auecque luy ces vnze demy-Dieux.

CHARIOT D'ANDRONICE.

Ttranne des cœurs généreux , Douce ardeur des âmes plus belles , Gloire , qui fais aux plus heureux Cercher des fortunes nouuelles , Par toi , dédaignant tout danger, Nous voyons un ciel estranger.

Les Hazards qui ferment le pas Aux plus téméraires courages, Tant de mers qui ne veulent pas Que l'on attente à leurs riuages , N'ont pas sceu défendre ces lieux A ce Roy fauory des Dieux.

L'âge le presse d'imiter Des siens la valeur si prisée, Il ne sçauroit plus supporter Les noms d'Alcide et de Thesee , Et veut tant de fois triompher, Qu'enfin il les puisse estouffer.

Le siècle le plus fortuné N'a rien veu d'égal à la gloire De ce grand Roy dont il est né , Qui seul lui causa la victoire De ces vnze Roys glorieux , Partout ailleurs victorieux.

Mais il n'iroit pas conquérant Ny recerchant son aduenture , Quitter ce climat odorant, Le paradis de la nature , Si ce dessein n'auoit esté Résolu des l'éternité.

Puisse-tu , bel astre naissant , Faire, par ta lumière viue , Pallir la clarté du croissant , Et rendant cette gent captiue , Deuot , vénérable et vainqueur, Planter la vertu dans ton cœur !

STANCES

Ces amours insensées Dont les âmes blessées N'aymoient que pour vn iour, Maintenant sont esteintes , Et des flammes plus sainctes Bruslent ceux de la Cour ; On n'ayme plus rien que de beau , Mais on l'ayme iusqu'au tombeau.

Dessous la tyrannie

Des feux de Parthenie

Sont les feux de Cypris ;

Les Amours n'ont plus d'aisles ,

Des chaisnes éternelles

Attachent les esprits ; Car vn seul de ses doux regards Blesse d'vn million de dards.

Ceste beauté naissan-te , Couuerte d'amaranthe , N'est point subiecte au Temps \ Ses vertus qu'on admire , Franches de son empire , Ont tousiours leur printemps.

Qui peut vivre en la conquérant , Il doit mourir en l'adorant.

Quand Flore est couronnée

Des thresors de l'année ,

Elle a moins de beautez

Et Ceres de richesse

Que n'a ceste Déesse

D'amours de tous costez.

Le doux feu qui sort de ses yeux Faict les tourmens délicieux.

Cet esprit tout pudique ,

Plein d'vne flamme vnique ,

Aymé par iugement :

Les vœux et le seruice

Du fameux Andronice

Luy plaisent seulement.

La voyant , tout ennuy se pert ; Tout plaisir croist quand on la sert.

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