ADRASTE
Adraste qui se void le plus grand de son âge , De lauriers éternels iustement couronné, Ayant soumis la terre aux loix de son courage , Sous celles d'vne femme estoit emprisonné.
Pour luy seul qui croissoit tous les iours en puissance Les astres plus heureux sembloient faire leur cours ; Toutes les nations adoroient sa vaillance , Mais lui les desdaignant adoroit ses amours.
Apres auoir rompu tant de fortes armées Et des folles citez les tumultes esteint , Les flammes dans son cœur demeuroient allumées ; Plus il estoit vaillant , plus il estoit atteint.
L'Eufrate et le Danube auoient peur de ses armes. Le Tybre et l'Eridan reueroient sa grandeur : Mais luy-mesme il faisoit des fleuues de ses larmes, Et la gloire cedoit à l'amoureuse ardeur.
Enfin il a rompu des chaisnes malheureuses : Le Ciel d'où seulement est venu son repos, Luy-mesme en arrachant ses flèches amoureuses Le force en souspirant de dire ces propos :
(4) Adraste est certainement Henri IV.
« Adieu , vaines ardeurs par les astres esteintes , Dont tous les maux sont vrais, et les plaisirs tous faux Beauté, je vous oublie et mes flammes si sainctes Sont comme c[es miroirs où je vois vos defaux.
» Depuis cinq ans entiers au moins ai-je la gloire De n'auoir point rompu par infidélité : Et de mes feux premiers conseruant la mémoire , le ne puis oublier vostre légèreté. »
Lors Adraste se teut, craignant la souuenance De tout ce qui seruoit à rallumer son cœur, Et se laissant aller aux amours de la France , Se faict de plus en plus de soy mesme vainqueur.
Soleil, qui peux oster ou donner la lumière , Qui tousiours es de mesme et changes tant de fois , Où que ton char léger finisse sa carrière , Adraste est le plus grand de tout ce que tu vois !