SCÈNE VIII Les Mêmes, LE MARQUIS DE MONTSOREL
LE VALET, annonçant.
Monsieur le marquis de Montsorel.
RAOUL, à pari.
Ah I ce nom me rappelle à moi-même. (A Inès.) Quoi qu'il arrive, Inès, attendez pour juger ma conduite l'heure où je vous la soumettrai moimême, et pensez que j'obéis en ce moment à une invincible fatalité.
INÈS
Raoul, je ne vous comprends plus ; mais je me fie toujours à vous.
LE MARQUIS, à part.
Encore ce petit monsieur 1 (Il salue Inès.) Je
VOUS croyais avec votre mère, mademoiselle, et j'étais loin de penser que ma visite pût être importune. Faites-moi la grâce de m'excuser...
INÈS
Restez, je vous prie : il n'y a plus d'étranger ici, monsieur Raoul est agréé par ma famille.
LE MARQUIS
Monsieur Raoul de Frescas veut-il alors agréer mes compliments ?
i' . RAOUL
Vos compliments ? je les accepte (il lui tend la main et le marquis la lui serre) d'aussi bon cœur que vous me les ofîrez.
LE MARQUIS
Nous nous entendons.
INÈS, à Raoul.
Faites en sorte qu'il parte, et restez. (Au marauis.) Ma mère a besoin de moi pour quelques instants, j'espère vous la ramener.
LE MARQUIS
Acceptez-vous une rencontre à mort et sans témoins ?
RAOUL
Sans témoins, monsieur ?
LE MARQUIS
Ne savez- vous pas qu'un de nous est de trop en ce monde ?
Votre famille est puissante : en cas de succès, votre proposition m'expose à sa vengeance, permettez-moi de ne pas échanger l'hôtel de Chris-
toval contre une prison. (Vautrin paraît.) A mort, soit ! mais avec des témoins.
LE MARQUIS
Les vôtres n 'arrêteront point !e combat ?
RAOUL
Nous avons chacun une gaïaintie dans notre haine.
VAUTRIN ,â part.
Ah çà, mais nous trébucherons donc toujours dans le succès ! A mort ? cet enfant joue sa vie comme si elle lui appartenait.
LE MARQUIS
Eh bien ! monsieur, demain à huit heures, sur la terrasse de Saint-Germain, nous irons dans la forêt.
Vous n'irez pas. (A Raoul.) Un duel ? la partie est-elle égale ? Monsieur est-Û comme vous le fils unique d'une grande maison ? Votre père, don Inigo, Juan, Varago de los Amoagos de Cardaval, las Frescas, y Peral vous le permettrait-il, don Raoul ?
LE MARQUIS
Je consentais à me battre avec un inconnu, mais la grande maison de monsieur ne gâte rien à l'aiïaire.
RAOUL, au marquis.
Il me semble que maintenant, monsieur, nous pouvons nous traiter avec courtoisie et en gens qui s'estiment assez l'un l'autre pour se haïr et se tuer.
LE MARQUIS, regardayit Vautrin.
Peut-on savoir le nom de votre mentor ?
A qui aurais- je l'honneur de répondre ?
LE MARQUIS
Au marquis de Montsorel, monsieur.
VAUTRIN, le toisant.
J'ai ie droit de me taire ; mais je vous dirai mon nom, une seule fois, bientôt, et vous ne le répéterez pas. Je serai le témoin de monsieur de Frescas. (A part.) Et Buteux sera l'autre.