‹ VautrinChapitre 41 sur 56 · SCÈNE XI · texte numérisé non relu

SCÈNE XI

LA DUCHESSE DE MONTSOREL, RAOUL

VAUTRIN, à la duchesse de Christoval. Ne soupçonnez-vous donc pas quel intérêt amène ici madame ?

LA DUCHESSE DE CHRISTOVAL

Depuis hier je n'ose me l'avouer.

Moi, j'ai deviné cet amour à l'instant.

RAOUL, à Vautrin.

J'étouffe dans cette atmosphère de mensonge,

VAUTRIN, à Raoul.

Un seul mot encore.

LA DUCHESSE DE MONTSOREL

Madame, je sais tout ce que ma conduite a d'étrange en cet instant, et je n'essayerai pas de la justifier. Il est des devoirs sacrés devant lesquels s'abaissent toutes les convenances et même les lois du monde. Quel est le caractère ? quels sont donc les pouvoirs de monsieur ?

LA DUCHESSE DE CHRiSTOVAL, à qui Vautrifi a fait un signe.

n m'est interdit de vous répondre.

LA DUCHESSE DE MONTSOREL

Eh bien ! je vous le dirai : monsieur est ou le complice ou la dupe d'une imposture dont nous sommes les victimes. En dépit des lettres, en dépit des actes qu'il vous apporte, tout ce qui donne à Raoul un nom et une famille est faux.

RAOUL

Madame, en vérité, je ne sais de quel droit vous vous jetez ainsi dans ma vie ?

LA DUCHESSE DE CHRISTOVAL

Madame, vous avez sagement agi en renvoyant ma fille et le marquis.

VAUTRIN, à Raoul.

De quel droit ? (A madame de Montsoreî.) Mais vous ne devez pas l'avouer, et nous le devinons. Je conçois trop bien, madame, la douleur que vous cause ce mariage pour m 'offenser de vos soupçons sur mon caractère et de vous voir contredire des actes authentiques, que madame de Christoval et moi nous sommes tenus de produire. (A part.) Je vais l'asphyxier. (Il la prend à part.) Avant d'être Mexicain, j'étais Espagnol, je sais la cause de votre haine contre Albert ; et quand à l'intérêt qui vous amène ici, nous en causerons bientôt chez votre directeur.

LA DUCHESSE DE MONTSOREL

Vous sauriez ?

Tout. (A part.) Il y a quelque chose. (Haut.) Allez voir les actes.

LA DUCHESSE DE CHRISTOVAL

Eh bien ! ma chère ?

Allons retrouver Inès. Et, je vous en conjure, examinons bien les pièces, c'est la prière d'une mère au désespoir.

LA DUCHESSE DE CHRISTOVAL

Une mère au désespoir !

LA DUCHESSE DE MONTSOREL, regardant Raoul

et Vautrin.

Comment cet homme a-t-il mon secret et tient-il mon fils ?

LA DUCHESSE DE CHRISTOVAL

Venez, madame !

J'ai cru que notre étoile pâlissait, mais elle brille.

RAOUL

Suis-je assez humilié ? Je n'avais au monde que mon honneur, je te l'ai livré. Ta puissance est infernale, je le vois. Mais à compter de cette heure, je m'y soustrais ; tu n'es plus en danger, adieu.

LAFOURAILLE, qui est entré pendant que Raoul parlait.

Personne ! bon, il était temps ! Ah ! monsieur. Philosophe est en bas, tout est perdu ! l'hôtel est envahi par la police.

Un autre se lasserait ! Voyons ? Personne n'est pris ?

LAFOURAILLE

Oh ! nous avons de l'usage.

VAUTRIN lOI

Philosophe est en bas, mais en quoi ?

LAFOURAILLE

En chasseur.

Bien, il montera derrière la voiture. Je vous donnerai mes ordres pour coffrer le prince d'Arjos, qui croit se battre demain.

RAOUL

Vous êtes menacé, je le vois, je ne vous quitte plus et veux savoir...

Rien. Ne te mêle pas de ton salut. Je réponds de toi, malgré toi.

RAOUL

Oh ! je connais mon lendemain

Et moi aussi.

LAFOURAILLE

Ça chaufEe. Ça brûle.

LAFOURAILLE

Pas d'attendrissement, il ne faut pas flâner, ils sont à notre piste, et vont à cheval.

Et nous donc ! (Il preyvd Lafouraille à part.) Si le gouvernement nous fait l'honneur de loger ses gendarmes chez nous, notre d^^voir est de ne pas les troubler. On est libre de se disperser ; mais qu'on soit à minuit chez la mère Giroflée au grand complet. Soyez à jeun, car je ne veux pas avoir de Waterloo, et voilà les Prussiens. Roulons l

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