‹ VautrinChapitre 46 sur 56 · SAINT-CHARLES, LA DUCHESSE DE MONTSOREL, MADEMOISELLE DE VAUDREY · texte numérisé non relu

SAINT-CHARLES, LA DUCHESSE DE MONTSOREL, MADEMOISELLE DE VAUDREY

Saint-Charles s'efface pour laisser passer les deux femmes, il reste en haut de la scène pendant qu'elles la descendent.

MADEMOISELLE DE VAUDREY

Vous êtes bien abattue. ,

LA DUCHESSE DE MONTSOREL, se laissant aller

dans un fauteuil.

Morte ! plus d'espoir ! vous aviez raison.

SAINT-CHARLES, s'avançant.

Madame la duchesse.

IIO VAUTRIN

LA DUCHESSE DE MONTSOREL

Ah ! j'avais oublié ! Monsieur, il m'est impossible de vous accorder le moment d'audience que vous m'aviez demandé. Demeiin... plus tard.

MADEMOISELLE DE VAUDREY, à Saint-Chavles. Ma nièce, monsieur, est hors d'état de vous entendre.

SAINT-CHARLES

Demain, mesdames, il ne serait plus temps ! la vie de votre fils, le marquis de Montsorel, qui se bat demain avec monsieur de Frescas, est menacée.

LA DUCHESSE DE MONTSOREL

Mais ce duel est une horrible chose !

MADEMOISELLE DE VAUDREY, has à la duchessc. Vous oubUez déjà que Raoul vous est étranger.

LA DUCHESSE DE MONTSOREL, à Saint-Charlôs. Monsieur, mon fils saura faire son devoir.

SAINT-CHARLES

Viendrais-je, mesdames, vous instruire de ce qui se cache toujours à une mère, s'il ne s'agissait que d'un duel ? Votre fils sera tué sans combat. Son adversaire a pour valets des spadassins, des misérables auxquels il sert d'enseigne.

Et quelle preuve en avez-vous ?

SAINT-CHARLES

Un soi-disant intendant de monsieur de Frescas m'a o5ert des sommes énormes pour tremper dans la conspiration ourdie contre la famille de Christoval. Pour me tirer de ce repaire, j 'ai feint d'accepter : mais au moment où j 'allais prévenir l'autorité, dans la rue, deux hommes m'ont jeté par terre en courant, et si rudement que j'ai perdu connaissance ; ils m'ont fait prendre à mon insu un violent narcotique, m'ont mis en voiture, et à mon réveil j'étais dans la plus mauvaise compagnie. En présence de ce nouveau péril, j'ai retrouvé mon sangfroid, je me suis tiré de ma prison, et me suis mis à la piste de ces hardis coquins.

MADEMOISELLE DE VAUDREY

Vous venez ici pour monsieur de Montsorel, à ce que nous a dit Joseph ?

SAINT-CKARLES

Oui, madame.

LA DUCHESSE DE MONTSOREL

Et qui donc êtes-vous, monsieur ?

SAINT-CHARLES

Un homme de confiance dont monsieur le duc se défie, et je reçois des appointements pour éclaircir les choses mystérieuses.

MADEMOISELLE DE VAUDREY, à la duchcSSe.

Oh ! Louise î

LA DUCHESSE DE MONTSOREL, regardant fixement

Saint-Charles.

Et qui vous a donné l'audace de me parler, monsieur ?

SAINT-CHARLES

Votre danger, madame. On me paie pour être votre ennemi. Ayant autant de discrétion que moi, daignez me prouver que votre protection sera plus efficace que les promesses un peu creuses de monsieur le duc, et je puis vous donner la victoire. Mais le temps presse, le duc va venir, et s'il nous trouvait ensemble, le succès serait étrangement compromis.

LA DUCHESSE DE MONTSOREL, à mademoiselle de Vaudrey

Ah ! quelle nouvelle espérance ! (A Saint- CUarles.) Et qu'alliez-vous donc faire chez monsieur de Frescas ?

SAINT-CHARLES

Ce que je fais en ce moment auprès de vous, madame.

LA DUCHESSE DE MONTSOREL

Ainsi, vous vous taisez.

SAINT-CHA'RLES

Madame la duchesse ne me répond pas : le duc a ma parole et il est tout puissant.

LA DUCHESSE DE MONTSOREL

Et moi, monsieur, je suis immensément riche ; mais n'espérez pas m'abuser. (Elle se lève.) Je

ne serai point la dupe de monsieur de Montsorel, je reconnais toute sa finesse dans cet entretien secret que vous me demandez ; je vais compléter, monsieur, vos documents. (Avec finesse.) Monsieur de Frescas n'est pas un misérable, ses domestiques ne sont pas des assassins, il appartient à une famille aussi riche que noble, et il épouse la princesse d'Arjos.

SAINT-CHARLES

Oui, madame, un envoyé du Mexique a produit des lettres de monsieur de Christoval, des actes extraordinairement authentiques. Vous avez mandé un secrétaire de la légation d' Espagne qui les a reconnus ; les cachets, les timbres, les légalisations... ah ! tout est parfait. -. ^v

LA DUCHESSE DE MONTSOREL >i ""

Oui, monsieur, ces actes sont irrécusables.

SAINT-CHARLES

Vous aviez donc un bien grand intérêt, madame, à ce qu'ils fussent faux ?

LA DUCHESSE DE MONTSOREL, à mademoiselle de Vaudrey.

Oh ! jamais pareille torture n'a brisé le cœur d'aucune mère.

SAINT-CHARLES, à part.

De quel côté passer ? à la femme ou au mari.

LA DUCHESSE DE MONTSOREL

Monsieur, la somme que vous me demanderez est à vous si vous pouvez me prouver que monsieur Raoul de Frescas...

Est un misérable ?

LA DUCHESSE DE MONTSOREL

Non, mais un enfant...

SAINT-CHARLES

Le vôtre, n'est-ce pas ?

LA DUCHESSE DE MONTSOREL, s'oubliant.

Eh bien ! oui ! Soyez mon sauveur, et je vous protégerai toujours, moi. (A mademoiselle de Vaudrey.) Eh ! qu'ai-je donc dit ? (A Saint-Charles.) Où est Raoul ?

SAINT-CHARLES

Disparu ! Et cet intendant qui a fait faire ces

actes, rue Oblin, et qui sans doute a joué le personnage de l'envoyé du Mexique, est un de nos plus rusés scélérats. (La duchesse fait un mouvement.) Oh ! rassurez-vous, il est trop habile pour verser du sang ; mais il est aussi redoutable que ceux qui le prodiguent ! et cet homme est son gardien.

LA DUCHESSE DE MONTSOREL

Ah ! votre fortune contre sa vie.

SAINT-CHARLES

Je suis à vous, madame. (A part.) Je saurai tout et je pourrai choisir.

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