LE DUC, LA COMTESSE, LES SEIGNEURS
Jagault !
TOUS
D’où revient-il ?
JAGAULT
avec une douleur poignante.
Je reviens du massacre !
Vous ne savez donc pas qu’on s’égorge là-bas;
Que, laissant les moissons, les faulx vont aux combats, Et que l’on jette au feu tout ce que Dieu consacre ?
CHŒUR
Nous l’écoutons en frémissant !
(Jagault, d’un mouvement désespéré, a gravi les marches du calvaire. A ce moment, les lueurs de l’incendie montent davantage et rougissent tout le ciel. Seul, debout, près du calvaire, Jagault montre ces lueurs d’un geste tragique.)
JAGAULT
d’un ton prophétique.
Aussi loin que s’étend mon regard impuissant,
Je ne vois que l’horreur, le vol, la perfidie,
Combats, sacrilège, incendie,
Et puis du sang... du sang... du sang!
CHŒUR
Nous voyons en frémissant Les rougeurs de l’incendie !
JAGAULT même jeu.
N’ayez pas de pitié pour ces cœurs pleins de fiel Et Dieu va nous aider à venger leurs injures,
Car pour écraser ces parjures,
J’entends sa foudre dans le ciel!
CHŒUR
Au ciel voyez-vous Ces lueurs d’alarmes ?
Le Ciel est pour nous !
Aux armes !
(La foule excitée s’agite. Grande effervescence. Jagault est descendu du calvaire. Le Duc s’approche de lui.)
LE DUC
Pour la cause de Dieu, Jagault, soyez discret :
Un traître pourrait vous entendre.
Fixez un rendez-vous secret :
(Désignant les seigneurs.)
Avec nos vrais amis, je promets de m’y rendre.
JAGAULT
Que celui dont le cœur est plein de dévouement Nous offre sa demeure.
JEANNE
Alors chez moi, mon père.
Tous pourront s’y rendre sûrement Et les bois d’alentour serviront de repaire En cas d’alarme.
JAGAULT
Soit ! à la ferme d’Holmant.
(A Jeanne.)
Si Dieu consent à tout ce que j’espère,
Sa bénédiction sera sur ta maison.
iS