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SCÈNE I

Un chant grave et lointain, le Vexilla Régis, annonce l’approche des paysans vendéens. Bientôt ils paraissent en lent cortège, suivant celui d’entre eux qui porte le crucifix de la paroisse couvert d’un long voile noir. Les paysans sont armés de fusils, de bâtons ou de faulx. Ils ont des cocardes blanches à leurs chapeaux et des chapelets passés dans la boutonnière de leurs vestes. Quelques-uns portent des drapeaux blancs avec la devise : a Dieu et le roi. » Ils s’arrêtent sous le chêne, puis se tournent, en chantant toujours le Vexilla, vers les pierres druidiques, au pied de l’arbre, pierres sur l’une desquelles on a posé le crucifix bien en vue de tous.

TOUS

chantant.

Vexilla Regis prodeunt,

Fulget crucis mysterium,

Quâ vita mortem pertulit Et morte vitam protulit.

Quæ vulnerata lanceæ Mucrone diro, criminum Ut nos lavaret sordibus,

Manavit unda et sanguine.

Sous le chêne d’Armor nous voici rassemblés.

Cette pierre, parmi l’ajonc et la bruyère Sera l’autel. Par le cantique et la prière Que la paix redescende au fond des coeurs troublés.

(Le vieux chef vendéen se dirige vers le crucifix posé sur la pierre. Tous abaissent leurs armes et ôtent leurs chapeaux de feutre. Il leur montre le crucifix.)

Voici la croix, voici notre Dieu qu’on exile. Inclinez-vous, soldats que le Christ a choisis ;

Du fond des bois, du fond de son dernier asile,

Dieu va bénir vos faulx, vos pieux et vos fusils !

(Tous les paysans tombent spontanément à genoux et tendent ensemble leurs armes vers le crucifix.)

d’un même grand élan de ferveur.

O crux ave ! Spes unica !

(Ils se relèvent lentement. Quelques-uns restent à prier dans un murmure de litanies ; d’autres regardent au loin dans la clairière, échelonnés en sentinelles.)

LE CHEF VENDÉEN interrogeant les profondeurs de la forêt.

Ni Jagault, ni le Duc ne viennent.

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