WEST MAIN STREET WEBSTER, N.Y
90 VENGEANCE FATALE — Fort bien, je ne te questionnerai pas davantage à ce sujet ; mais j'aimerais à savoir si c’est toi qui Jui as demandé de venir à Montréal, ou si c’est M. Darcy. — C’est monsieur Darcy.
— Alors, comment as-tu appris qu’il prenait le convoi hier ?
— Ce que tu me demandes n’es question que tu me posais nouvelle forme, — Cependant
b autre chose que la tout à l'heure, sous une
— Tiens, écoute, je n'ai rien
à te cacher, tu es un bon ami et, d’ailleurs, 41 n'y a rien dans toute cette affaire qui
soit bien compromettant pour moi. Tu sais que je connais très bien l'employé du Gr gare de Ste-Anne, ét que nous sommes Il n’y a que quelques jour
ond-Tronc, à la de vieux amis, s, mes affaires m'ayant appelé à Ste-Anne, je causais avec lui lorsque la conversation tomba sur Darcy. Cela l'amena à parler de Puivert Il l'avait vu dans la journée et il avait
ainsi appris son départ pour le lendemain. Il me dit aussi que Puivert est un cultivateur riche et le fermier de M. Dar possède à Ste-Anne une terr n'ai rien autre chose à t'app
Cy, qui e voisine des siennes, Je rendre, tu connais le reste.
— Je te félicite d’avoir mené aussi bien cette affaire ; et maintenant, je n'ai plus rien à te demander.
— Îl est temps, car veilh Puivert qui arrive
Effectivement celui-ci arrivait pour tant de ses billets,
— M. Puivert, dit Edmond en lui ouvrant la porte, Je commençais à craindre que vous manqueriez à votre engagement ; c'eût èté fâcheux, car Je m'absente de la ville pour la journée, mais heureusement vous voilà,
retirer le mon-
PAR ENELS Le $ ae UT EES RÉ E S near
itage | Jui ar cy.
con-
e la une
un ette SAIS à la nis.
elé ion art.
— Je ne vous retiendrai pas longtemps,
En entrant, Puivert qui avait l'air préoccupé, fit le tour du bureau et dit tout has : “ Darcy n'a plus rien à craindre de cet anneau d'or, ce jeune homme n’en avait pas.”
Edmond linterrompit dans ses méditations,
— Veuillez-donc, lui dit-il, me suivre dans un autre appartement où se trouvent mes fonds, car je ne garde jamais dans mon bureau une aussi forte somme que celle qu'il vous faut probablement,
— Victor, aide moi donc à soulever cette trappe.
Puivert remarqua alors, pour la première fois, la présence de Victor, mais il ne s'en préoccupa pas davantage.
En un bond celui-ci fut auprès d'Edmond, et tous deux soulevèrent la lourde porte de fer,
— Je vais descendre Je premier pour vous indiquer le chemin, fit Edmond, veuillez done me suivre, M: Puivert,
Celui-ci ne SOupçonnait rien et descendit ‘après Edmond. Victor, qui venait en troisième, eut soin de bien fermer la trappe.
Quelques chaises et une table formaient le principal ameublement qu soubasseinent, qui ressemblait plutôt à une cave qu'à une chambre, Les trois négociateurs se partapèrent les trois sièges.
— M. Puivert, demanda Edmond, veillez me dire combien il vous faut d'argent aujourd'hui,
— Je ne voudrais pas vous gêner, vu que je n'ai pas besoin d'une somme bien considérable pour je
moment, et comme je vois que mon argent est bien placé.....,
BE oerreraeee murpenemage mme
— Cela est très bien, mais je suis pressé, Quelle somme vous faut-il ?
— Pas plus de trois cents dollars,
Edmond le regarda méchamment un instant, puis il se mit à rire bruyamment.
— Mais qu'avez-vous donc À rire demanda le fer. mier ? je veux avoir mon argent. Puisque vous êtes si pressé dépêchez-vous donc.
À son tour Victor s’approcha de lui en le regardant d’un air narquOIs, mais sans dire un mot :
La peur commença alors à saisir le fermier sérieusement. Il regarda autour. ‘de lui et il s'aperçut qu'il était prisonnier.
Puivert n’était pas brave,
En retour, il avait beaucoup d'audace: ce fut pae l'audace qu'il espéra échapper au piège dans lequel il se voyait entraîné.
-— Voyons! Pas trop de ricannement à propos de rien, dit-il, et vite, mon arcent !
Edmond ne bougea pas, se contentant de regarder fxement le fermier.
— Vous rappelez-vous les dates où vous êtes venu déposer de l'argent chez moi, demanda-t-il à Puivert 2
— Certainement, répondit elfrontément ce dernier,
Et il chercha dans un livret les trois reçus qu'Edmond lui avait livrés la veille, pendant le trajet de Ste-Anne à Montréal.
Sans doute, une Convention devait exister entre Edmond et Victor à cet effet, car au moment même où Puivert tendait ses reçus au premier, Victor les lui arracha des mains et les déchira,
Le fermier poussa un cri : s0"1 espérance venait de
RE ee AR ao RE SORA ee RP RE RTE ME VE ee
aelle
puis
fertes
ant eu-
d'il
)ae
de
s'envoler. Il n’eût alors rien demandé que de reprendre le chemin de l'Hôtel Rasco sans avoir tiré un sou des deux brigands, car il s'apercevait que les choses tournaient au tragique, mais Edmond ne l'avait pas fuit venir dans son bureau seulement pour causer ; il désirait quelque chose de plus.
— Là en conscience, M. Puivert, avez-vous Jamais déposé de l'argent chez moi ?
— Non, mais vous m'avez donné ces reçus et....
— Vous vouliez en profiter, dit Victor en riant.
— C'est cela,
— Mais cela était fort malhonnéte de votre part, M, Puivert
— Je le sais ; aussi ne demanderai-je pas le montant des reçus qu'il m'avait remis. Laissez-moi partir.
— Un instant, M. Puivert, vous ne me demanderez plus d'argent, cela est fort bien. Mais ce ne peut être la même chose pour mui. Vous comprendrez, en effet, que je ne vous ai pas invité à mon bureau, seulement pour le plaisir de perdre la moitié de ma journée avec vous. Vous allez done nous donner quelques billets de banque, à moi d'abord, puis ensuite à mon ami que voici et qui a bien voulu m'aider dans le projet de vous dévaliser, Il est juste qu'il ait sa récompense.
Puivert était fort, June main il repoussa Edmond et voulut fuir, Mais devant lui se présenta Victor, qui lui appuya la crosse d'un pistolet sur ja tempe et lui dit: “faites ur pas de plus et vous êtes un homme mort. ”
— Que voulez-vous done de moi ? s'écria Puivert atterré.
— De l'argent, répondit froidement Edmond.
— Mais ce que vous faites là est une infamie ! — Je le sais.
— C’est un lâche guet-apens !
— Je ne dis pas non,
— Vous n'aurez pas un sou de moi,
— C'est là où vous vous trompez.
— D'abord je n'ai pas d'argent sur moi,
— Cela ne fait rien à l'affaire.
— Comment cela ne fait rien à l'affair je ne vous comprends pas.
— Cela est inutile.
e? vraiment
— Oui, c'est parfaitement indifférent que vous compreniez ou non, fit Victor, en appuyant Edmond,
— Ma foi, fit Puivert eXaspéré, vous êtes des imbéciles !
— C'est ce que nous allons voir, lui répondit Edmond, en suisissant une de ges mains et en ordonnant à Victor de lui saisir l’autre.
— Lions lui les mains, fit Victor.
Ce mouvement avait été tellament spontané que le fermier avait pu sy soustraire, Il se défendit néan-
moins, avec la rage d'un damné. Mais il ne pouvait lutter contre deux. Il succomba,
— Bien, dit Edmond, nous voulions d’abord nous assurer de tous vos mouvements, Nous avons enfin réussi, maintenant nous allons parler raison,
— Lâches voleurs ! hurla Puivert.
—— Vous pouvez crier encore plus fort si vous voulez, mais je vous assure que ce sera peine perdue, car cette cave est arrangée de manière à ce qu'on n’entende rien dehors,
na D
ent
scinatant 2
— Vous avez fait toute cette besogne en vrais chenapans que vous êtes !
— Tout cela est fort bien dit, fit Victor, mais nous avons assez de ce bavardage. Je ne sais pas trop comment les affaires vont à ma buvette : J'ai probablement déjà perdu beaucoup de verres ici.
— Que vous allez promptement regagner, dit Puivert.
Le fermier, dans son Impuissance à défendre son bien, cherchait à se venger contre ses agresseurs par l'ironie, Victor insista pour terminer ce coup de jarnac.
— Avez-vous quelqu'argent sur vous ? demanda Edmond à Puivert.
— Je vous ai déjà dit que je n'avais pas un sou sur moi.
— L'eftronté menteur, s’écria Victor, ses poches sont remplies de billets de banque. En voilà déjà pour trois cents dollars, juste la même somme que notre honnête homme demandait, il y a un instant,
Le fermier avait fait des efforts désespépés pour défendre son argent. Cet argent n'était pas à moi, ditil, c'est pourquoi je disais que je n’en avais pas.
— Et à qui done appartient-il ?
— À M. Darcy.
— Eh bien, tant pis pour lui, car nous allons partager. Tiens Edmond, voilà ta part, tu prends cent soixante-quinze dollars, selon notre entente, et il m'en revient cent vingt-cinq,
SUITE Du PRÉCÉDENT.
Misérables ! rugit Puivert, vous avez eu tout ce que vous vouliez par la force, mais nous verrons bientôt où tout cela vous conduira.
— Vous faites fausse route assurément, fit tranquillement Victor.
— Que voulez vous donc dire ? demanda Puivert, à l'idée qu'il ne rentrerait probablement plus dans la possession de ses fonds.
— Veuillez nous dire, fit alors Edmond, si vous avez parlé de votre engagement avant de partir de l'hôtel Rasco.
— Non, répondit le fermier, qui ne comprenait pas trop de quelle utilité sa réponse pouvait être à ses détrousseurs.
— Alors, tout va pour le mieux.
— Mais je ne comprends pas où vous voulez en venir.
— Je vais vous faire comprendre. Ecoutez-bien. Le prisonnier comprit sans doute, car il dit immédiatement: c'est inutile, je crois comprendre maintenant. D'ailleurs je vous trompais en vous disant que je n’ai averti personne: j'ai tout dit à M. Darcy. Victor réfléchit. Si Puivert disait vrai, sa position, de même que celle d'Edmond, devenait critique. Mais il se remit vite.
Jut ce que bientôt où
k tranquil-
Puivert, à lus dans la
| VOUS AVEZ r de l’hôtel
renait pas e à ses dé-
voulez en
ez-bien.
dit immé- [re maintedisant que r'CY.
A position, que. Mais
— Tu mens, dit-il, tu n’as dû rien dire à M. Darcy, à lui moins qu’à tout autre, car en t'écoutant il eût été
jaloux de toi, et tu crains M. Darcy, en effet il a l'air rude en affaires.
Victor essayait ainsi d’arracher par vérité du fermier.
Celui-ci donna dans le piège,
— Eh bien ! non, je n'ai rien dit À qu'est-ce que cela peut vous faire ?
— Plus que vous ne pensez.
— Oui, fit Victor, et comme monsieur parait vouloir bien comprendre, n'est-ce pas M. Puivert ?
— Inutile, je comprends.
surprise la
M. Darcy, mais
— Tant mieux alors, la besogne sera plus tôt finie. Maintenant voici le traité par rendre à la liberté, et d’abord Je vais vous donner un bon conseil, Si vous voulez m'en croire, niez avoir reçu tout argent de Darcy, à moins que vous ne lui
ayez donné un reçu pour ces trois cents dollars. lui avez-vous donné ?
lequel nous allons vous
— Naturellement,
— Alors, tant pis pour vous.
— C'est là tout ce que vous avez à dire ?
— Mais vous ne v avec nous, fit Victor.
— Faire des arrangements avec vous voulez rire.
oulez faire aucun arrangement
Vous ! je crois que
— Tiens, Edmond, moi je suis pressé.
bavard à la porte, car Je veux m'en aller.
— Messieurs les brigands, Je pour seul, mais faute de mieux, Je vais êt
Mettons ce
räis bien sortir re contraint de
vous suivre. Croyez que c’est un grand honneur pour Vous,
— Ne craignez rien de semblable, mon cher M.
Puivert. Vous n'aurez à subir aucun déshonneur, Victor, ouvre la fenêtre pour mettre monsieur poliment dehors.
— C'est vrai; il faut être poli Jusqu'au bout,
Et Victor ouvrit une croisée à peine visible et qui donnait dans une cour. Edmond et Victor, musculeux tous deux, parvinrent a y faire passer le fermier après lui avoir rendu la liberté de ses mouvements, une fois le danger disparu. Puis après avoir fermé la fenêtre et y avoir opposé de lourdes barres de fer à l’intérieur, ils retournèrent au bureau d'Edmond.
— Sais-tu, dit Victor à Edmond, qu'on l'a laissé partir à bon marché.
— C'est vrai, répondit Edmond, mais quand j'ai vu qu'il portait sur lui une somme assez respectable après tout, j'ai cru qu’il valait mieux nous contenter de cela. Ces coups de jarnac sont toujours dangereux.
Dans l’après-midi de cette même journée, les promeneurs et les promeneuses affluaient sur la rue Notre- Dame.
Depuis quelques instants, deux jeunes gens allaient et revenaient dans le même circuit, paraissant attendre : quelqu'un probablement en retard, lorsqu’enfin ils purent s'arrêter sur le passage d’une jeune fille qui venait à leur rencontre.
Louis et Ernest, car c’etaient eux, saluèrent Hortense qui brillait encore plus qu’à l’ordinaire de tout l'éclat de sa beauté.
[es
clle rompit le silence la première,
— Vous êtes complètement revenu de votre malheureux accident ? demanda-t-elle à Louis,
— Parfaitement, comme vous voyez; et vous, ma chère Hortense, vous ne ressentez plus rien de votre indisposition ? Je la regrette, d'autant plus qu'il y avait beaucoup de ma faute. Pourquoi vous avoir proposé un tel spectacle ?
— Au contraire, vous n’avez rien à vous reprocher et sans l'incident qui à marqué la fin de la soirée, je n'eusse trouvé que de l'enchantement à cette représentation. En effet, vous seul avez souffert ; quant à Mathilde et à moi, nous n'avions rien à redouter.
— Aiïmeriez-vous à y retourner ?
— Je ne sais pas trop.
— Dites votre pensée franchement,
— J'avoue que je n'aime pas beaucoup ce genre de spectacle,
— Je n’en doutais un peu.
— C’est encore très extraordinaire qu’il ne vous soit arrivé rien de plus désagré: ble.
— Son ange gardien était probablement à ses côtés, dit Ernest, qui parlait pour la première fois. — Mais cela prouve tout simplement que M. Hervart est bon, répondit Hortense.
— Mademoiselle Mathilde est bien aussi ? demanda Ernest.
— Très bien, Monsieur, Ainsi que moi elle vous recevra toujours avec plaisir.
Ernest promit d’aller le même soir chez M. Darcy avec Louis, et tous deux s'éloignèrent de la Jeune fille, l'étudiant devant rentrer à son bureau,
Comme ils avaient dit, les deux jeunes gens se présentèrent sur lu rue St-Alexandre le même soir, et veillèrent £ssez tard avec Mathilde et Hortense,
Quant à M. Durcy qui était absent, il était sorti d'un air fort préoccupé. Il avait reçu la visite de Puivert et était reparti avec lui.
Revenons à celui-ci.
Après avoir été chassé du burenu par Edmond et Victor avec les égards que l'on sait, il était d’abord resté tout abasourdi d’un évènement aussi étrange et de là manière singulière dont s'était terminée sa visite chez Marceau.
Nous savons que le grand péché de Puivert était l’avarice.
Aussi, son premier étonnement passé, il se livra à un morne désespoir. Il s’éloigna un peu, puis il revint à la fenêtre par laquelle il avait dû sortir. Il remarqua alors qu’elle était obstruée à l’intérieur par de grosses barres de fer, les mêmes que Victor et Edmond avaient placées après le départ du fermier.
— Que j'aille done dire que c’est par cette fenêtre que l’on m'a mis dehors, personne ne voudra me croire Bien plus on rira et on se moquera de moi, alors que je ne raconterai que la vérité : que je dise que ces barres de fer n'ont été placées qu'après ma sortie, les procédés de la justice sont si lents que la chose ne pourra plus être prouvée lorsqu'on tentera de le faire.
Puis le fermier pensa de nouveau à son argent perdu.
—Que dira M. Darcy ? pensait-il. Il ne me croira probablement pas. De plus, il a un reçu pour ces trois cents dollars. Il faut pourtant que je m’arrange de
, PL mn ape vd TR he out so
manière à ne le point payer. Ilest plus riche que moi d’ailleurs, il est donc juste que ce soit Jui qui perde cet argent et non pas moi,
On trouvera que le dernie, raisonnement de Puivert était assez pauvre, mais c'était le seul qu'il trouvât dans sa mauvaise fortune.
Il réfléchit encore quelque temps, puis il revint sur la rue Notre-Dame devant le bureau d'Edmond,
Il le trouva fermé.
Puivert, découragé, retourna à l'hôtel Rasco.
Il se renferma seul dans sa chambre et se prit à réfléchir par quels moyens il pourrait recouvrer son argent. Il passait subitement d’une idée à l'autre Enfin désespérant de trouver aucune solution praticable, il se décida à aller voir Darcy, espérant que celuici lui ferait cadeau de l'argent volé.
Il se présenta une première fois, mais on lui répondit que M. Darcy n'était pas chez lui. 11 y retourna une seconde fois et ne fut pas plus heureux.
Alors il revint à l'hôtel et écrivit à Darcy, lui demandant de l’attendre le soir et lui laissant à entendre qu'il voulait le mettre au courant d'évènements très graves. :
Il alla done de nouveau chez ce dernier, et, après avoir tenu ensemble une conversation de quelques instants, ils sortirent tous les deux.
En partant, Darcy paraissait être de très mauvaise humeur, mais Mathilde et Hortense avaient cru que cet air maussade chez leur père n’était que de la préoccupation.
Plusieurs heures s'étaient écoulées et la nuit était complète.
Louis venait de se séparer d’Ernest, qu’il avait laissé au club et retournait seul chez lui.
Après avoir suivi quelque temps la rue St-Alexandre, il s'engagen dans la rue Dorchester.
Bientôt il put entendre tous les mots d’une conversation qui avait lieu entre deux hommes marchant très lentement, et qui le dépassaient de quelques pas à peine.
— Quand même tout ce que tu me chantes-là serait vrai, disait l’un, tu n’en mériterais pas moins d’être châtié pour ton imprévoyance.
— Mais qui se serait Jamais douté de ce guet-apens ? disait l’autre.
— Âssez, assez, tu voulais voler, tu as été volé, c’est dans l’ordre des choses.
—: Vous faites erreur, ce n’est pas moi qui ai été volé.
— Que veux-tu dire ?
—: C'est bien simple ; cet argent était à vous.
— Crois-tu que je ne te le ferai pas rembourser ?
— Vous n’oserez pas.
— Et pourquoi n'oserai-je pas ?
— Parce que si vous me faites rembourser cet argent, je dirai que la fortune que vous étalez avec plaisir, vous l’avez volée.
Le lecteur a déjà reconnu Darcy et Puivert,
— Qui, tu diras que j'ai volé ma fortune, mais qui te croira ? as-tu seulement la moindre preuve de ce que tu avances ?
— Je raconterai l'incendie de la rue Craig et l’enlevement de la jeune fille.
— Imbécile, on ne te croira pas davantage.
La [ee] @
— Eh bien, alors Je raconterai la nuit du 29 décembre 1838, et cela à quelqu'un qui me croira, car ila trop
re, d'intérêt à savoir ce qui s’est passé pendant cette nuit néfaste,
2 Darcy tressaillit. Le souvenir de cette date le fai-
ès sait toujours frémir.
à Aussi se rua-t-il sur son fermier en lui criant : “Taistoi, misérable!”
it Mais il n'eut pas le temps d'achever,
Aux dernières raroles Puivert, Louis s'était élancé sur lui.
Le choc fut si rude que Louis tomba par terre, Mais
dans sa chute il put saisir le fermier par la jambe et
d le renverser à son tour, Plus rapide que l'éclair, Louis se releva d’un bond et saisit Puivert à la gorge. Quant L à Darcy, sûr qu'il n'avait point été reconnu, il avait à pris la fuite,
Le
XI ÿ LA NUIT pu 29 DÉCEMBRE 1838,
Après avoir raconté toute son aventure à Darey, Puivert lui avait demandé son avis, Après avoir réflé. chi quelques instants, Darcy avait conseillé au fermier de ne pas intenter de procès, vu qu'il n'avait pas de preuve suffisante. Là dessus Puivert lui avait demandé de le décharger des 8300 dont il a déjà été question, mais il n'avait obtenu qu'un refus, Alors notre fermier
S'était fâché et en était venu à la menace que nous aVOns enteudue, et qui avait tant éveillé ln curiosité et l'attention de Louis.
— Maintenant, pas un mot, dit ce dernier au fermier,
après l'avoir mis hors d'état de nuire, ou tu es un homme mort,
— Ah! je vous reconnais, que me voulez-vous ? fit Puivert en tremblant.
— Tu ne le devines pas ?
— Non.
— Fh bien, je veux que tu me racontes, mot pour mot, ce qui s’est passé dans cette nuit du 29 décembre 1838, et dont la révélation semble tant effrayer l’homme qui vient de partir.
— Jamais,
— Si tu ne me dis pas tout, tu es un homme mort.
— ÂAu secours ! cria Puivert d’une voix étranglée,
Louis avait saisi le fermier à la gorge, afin d’éteindre sa Voix.
Puis il s’assura, que la rue était tout à fait silencieuse, ce dont Puivert put aussi se convaincre.
— Ecoute, fit Louis, si tu ne me dis pas tout, je te répète, tu es mort.
— Je vous raconterai tout ce que je sais, mais à une
condition.
— Laquelle ?
— Que vous me laissiez la vie sauve, et que vous ne me dénonciez pas, quelque part que j'aie prise aux événements que je vais vous raconter,
— Ce que tu me demandes est impossible !
—Eh bien, vous ne saurez rien alors.
Louis vit bien que s'il n’accordait pas la vie à ce misérable, il ne saurait rien de cette fatale nuit du 29 décembre 1838, pendant laquelle il avait perdu sa mère, alors qu'il n'était êgé que d’un an,
— Soit, dit-il, tu auras la vie sauve,
re
Le
sf
— Et vous ne me dénoncerez pas ?
— Je ne te dénoncerai pas ?
— Vous me le promettez ?
— Je te le promets,
— Jurez,
— Je jure que je ne te tuerni pas et que je ne te dénoncerai pas non plus. Maintenant, raconte vite, Et d’abord dis-moi quel est cet homme qui xient de nous quitter.
Puivert ne répondit pas.
— Réponds, lui ordonna Louis,
— C'est M. Darey, fit le fermier avec effort, Louis faillit s'évanouir.
— Je m’en doutais, Murmura-t-il, avec douleur. Mon Dieu, mon Dieu ‘que vais-je devenir ? mieux aurait valu pour moi ne jamais rien savoir de cette lamentable histoire.
— Il en est encore temps, dit Puivert, qui connaissait les amours de Louis avec Hortense et qui devinait le Côté faible du jeune homme.
— Non, maintenant, il faut que je sache tout.
— Soit. Je vous dirai d'abord que c'est un moment de colère qui m'a fait tomber dans la triste position où Je suis vis-à-vis de cet homme, Mais comme cela ne vous intéresse guère, je ne vous en r'apporterai que ce qui est absolument nécessaire pour l'intelligence de ce récit, Un Jour, j'en ai la date gravée dans ma mémoire, c'était le 18 juillet, je charroyais du bois sur le bord de la rivière à Ste-Anne, loin de toute habitation, lorsqu'un autre homme vint lui aussi pour chercher du bois. Je ne me rappelle pas trop ce qui fut la première cause de la scène qui devait suivre, mais bientôt s'éleva
106 VENGEANCE FAIALE
entre nous la plus violente querelle. Nous en vinmes aux mains et, après quelques instants d’une lutte acharnée, je parvins à renverser mon ennemi qui alla rouler à plusieurs pas et se fracassa la tête sur une grosse pierre. La fracture était très-grave et je le voyais diminuer péniblement ; bientôt il expirait. J'étais déjà un meurtrier! Ma perplexité était extrême. Je ne savais que faire. La peur me saisit, J'ai déjà dit que j'étais seul ; je résolus de faire disparaître le corps de mon antagoniste sur le champ. Je pris un gros câble que j'avais apporté pour .’aîner Jusqu'à ma voiture ce qu’on appelle du bois de grève, j'y attachai une pierre, celle-là même sur laquelle mon compagnon avait trouvé la mort, j'y joignis le cadavre du malheureux et, après m'être un peu éloigné du rivage dans une embarcation, je lançai le tout dans la rivière. Mon dessein était d'emmener avec moi la voiture du défunt et de raconter que je l'avais vue abandonnée sur le chemin, quand cet infâme Darcy, que j'apercevais pour la première fois, s'avança vers moi. Je restai stupéfait, Ce nouvel arrivant devait avoir assisté en secret au drame sanglant que je viens de vous raconter. Il s’aperçut de l'effet que sa présence produisait sur moi. Il jouit quelque temps de mon trouble, puis il prit la parole. “ J’admire, dit-il, la merveilleuse habileté que vous savez déployer pour écarter les gens qui pourraient vous créer quelqu’ennui ; mais malheureusement pour vous, je suis maintenant maître de votre destinée.”
Evidemment le misérable avait eu connaissance de tout,
A RER Mg me
nmes lutte alla Tosse oyais "étais . Je à dit OT ps gros ma chaï >non heudans ière, voivue rCY, vers vait iens >nce mon , la Jour ennte-
de
HR Mg mo
—Grâce ! m'écriai-je en tombant à ses genoux, ce n'était pas mon intention de tuer cet homme.
Il commença par rire, puis devenant plus sérieux : Est-tu prêt à m. suivre, demnanda-t-il ?
—$i vous ne me dénoncez pas, répondis-je, je vous suivrai au bout du monde.
—C'est bien. Où demeures-tu ?
—À la Pointe-Claire.
— Alors retournons à la Pointe-Claire ; j'y demeurerai moi-même quelque temps, afin que nous puissions faire plus ample connaissance tous les deux. Seulement ne t'embarasse pas de ce cheval et de cette voiture ; ils ne pourraient qu'attirer des soupçons sur toi:
On supposa bien que cet homme s'était noyé, mais le cadavre ne fut pas retrouvé, quoique la rivière eût été sondée à plusieurs endroits; les précautions que J'avais prises s’y Opposaient. Dès ce jour J'appartins Corps et âme à mon nouveau maître. Un an après je revenais habiter Ste-Anne.
Ici Lous interrompit Puivert.
— Vous ne lui avez pas demandé son nom, dit-il ?
— Si fait, je viens de vous dire qu’il se nomme Darcy.
— Mais il n’a pas toujours porté ce nom.
Le fermier fixa un regard défiant sur le jeune homme. Il ne comprenait Pas Comment Louis avait pu apprendre ce détail. Au lieu de répondre à la question de Louis, il reporta ses yeux dans la rue, La nuit était sombre et la rue silencieuse comme une tombe,
— Tu n'as pas répondu, fit Louis, fatigué de ce silence prolongé,
Puivert respira bruyamment, Raoul de Lagusse, ditil enfin, ;
A ce nom Louis ne put retenir un cri d'angoisse, Ce cri confirma Puivert dans son opinion, que l'étudiant devait être au fait des principaux détails de la fatale nuit où il était devenu orphelin. Ce dernier se remit vite de cette faiblesse passagère,
— Viens vite au fait, dit-il; toute son histoire ne m'intéresse guère, Ce que je veux savoir, ce sont les faits de la nuit du 29 décembre mil huit cent trentehuit.
— Voici. Peu de temps uprès, Darcy acheta une terre à Ste-Anne et me chargea de la cultiver pour lui. Moi-même je vendis la mienne à la Pointe-Claire, et J'allai m'établir sur la propriété que j'occupe encore aujourd’hui.
Plus tard, il me tit mander pour une affaire très grave, disait-il, mais sans m'expliquer ce qu’il voulait de moi. Je dois vous dire ici, qu'avant son mariage votre mère était venue à Montréal, où elle rencontra Raoul de Lagusse, qui s'éprit immédiatement pour elle d’une très vive affection.
— Je sais cela, répondit Louis.
— Mais ce que vous devez ignorer, c'est que le sentiment d'amour qu’il entretenait Pour votre mère le porta jusqu’à la demander en mariage. Malheureusement elle était engagée avec votre père, qu’elle épousa en effet et qui fut tué au feu de Saint-Dénis...
—Par Raoul de Lagusse ? interrompit Louis.
— C'est ce que j'ignore, répondit le fermier.
— Moi j'en suis sûr, Continuez.
— Après la mort de votre père, Raoul de Lagusse s'absenta pendant quelque temps du Canada à cause de la défaite des patriotes, Mais cette absence ne fut
> OR 6 tire Ft 2m ie
e. Ce diant fatale remit
re ne at les ente-
une r lui.
e, et core
très ilait lage ntra elle
sse 1se fut
YENGEANCE FATALE 109
pas longue, vu qu’il ne s'était pas compromis durant la campagne contre le souvernement du temps, et que sa présence au champ de bataille de Saint-Denis, d'ailleurs, n'avait été que très peu remarquée. Il continua ses assiduités auprès de votre mère, mais elle ne l'aimait pas et, par conséquent, le recevait toujours très froidement ; de plus le souvenir de leurs anciennes relations la portait à le craindre toujours. Il n'avait pas été à Saint-Antoine depuis plus d’un mois, quand il y arriva le 20 décembre 1838. Elle résista comme auparavant à ses instances, qu’elle lui dit être peines perdues, et lui conseilla de ne plus la troubler davantage. Ilse fâcha alors, et dans son emportement, il osa la menacer de toutes sortes de violences, et c’est probablement alors qu'il lui apprit qu'il avait tué votre père. Je vous assure que je n'étais pas informé de cela à cette époque, car si je l’eusse été...
Puivert n’acheva pas sa pensée, mais il reprit :
— La trouvant donc aussi ferme que jamais, Darcy — je vais lui rendre le nom qu'il porte — revint à Montréal ; mais il regretta après quelques jours la conduite menaçante qu’il avait tenue envers elle dans son dernier voyage. C'est alors qu'il me fit venir, Nous partimes aussitôt pour Saint-Antoine, où nous arrivâmes dans la nuit du 28 au 29 décembre. La nouvelle de notre présence au village ne put être cachée à votre mère, qui se mit à trembler pour vos Jours. J'ai oublié de vous dire que vous étiez né pendant le séjour de Darcy aux Etats-Unis. Madame Hervart songea à éloigner tout danger de votre tête et, en conséquence, elle vous fit conduire chez votre oncle François Hervart par la bonne qui vous a élevé,
— Pauvre mère, que je n'ai jamais connue ! murmura Louis. |
Puivert ne prit Pas garde à cette interruption.
— Le lendemain, continua-t-il, Darcy se rendit chez elle, où il s'aperçut de votre absence de la maison, Il se montra très-affable, esSaya de persuader votre mère qu'elle devait attribuer à une exaltation frénétique les paroles violentes qu'il lui avait tenues peu de jours auparavant, et après l'avoir une fois de plus assurée de son brulant amour, il promit de laisser le soir même St-Antoine pour n'y plus revenir. Mais elle n'ajouta pas foi à ces protestations d'un nouveau genre, et elle avait raison. Une sombre Jalousie venait de s'emparer du cœur de I Jarcy. Voyant qu'il ne pouvait la posséder légitimement, il résolut de la déshonorer par un crime. Pendant la nuit, lorsque les lumières étaient presque toutes éteintes dans le village, il me força de l’accom-
pagner chez votre mère, où nous pumes entrer sans avoir été vus ni entendus Par personne, et nous pénétrâmes dans sa chambre à coucher.
— Misérables ! rugit Louis une nouvelle fois. Une angoisse mortelle s'empara de son âme. Qu'allait-il donc entendre ?
— Elle s’éveilla, cependant, ajouta Puivert, et se mit à appeler au secours de toutes ses forces, À ces cris, le seul homme qui couchât dans la maison, un domestique, accourut pour défendre sa maîtresse, Il ouvrit. une fenêtre et se rua ensuite sur moi. “ Tue le, me dit Darcy ; sans cela nous Sommes perdus.” J'avais un grand couteau ; je le lui plongeai dans la poitrine, La blessure qu'il venait de recevoir était mortelle. Votre mère n’en appelait pas moins au SECOUTS, voyant
rmu-
ee
que ses cris allaient bientôt éveiller tout le village, Darcy la saisit par le cou et l’étouffa dans ses bras nerveux.
— Lâches ! Misérables ! criait le malheureux Louis en attendant cette dernière révélation.
.— J’achève mon récit, dit Puivert.
Quand Darcy s'aperçut de la mort de sa victime, il Ja transporta dans son lit. Ilse retourna et vit le commencement
d'une lettre qu’elle vous adressait et qui était un avertissement de toujours vous défier de toute personne possédant un jone semblable à celui qu'elle vous avait envoyé dans la journée même, disait-elle, et qu'avait continuellement porté votre père depuis son mariage Jusqu'au jour de sa mort arrivée À Saint-Denis,
Ici le fermier s’interrompit.
— Vous vous souvenez, fit-il, d'avoir été bras, l’autre soir au cirque.
— Oui, répondit Louis, qui ne perdait pas un mot de ce que disait Puivert,
saisi au
— Eh bien, c'était moi. Après avoir lu la lettre commencée, Darey examina la main de la morte. Un seul anneau ornait ses doigts ; Dar Il supposa que ce devait être le jonc d'engagement que madame Hervart avait recu de votre père, mais il ne put jamais s'assurer s’il était semblable À celui qu’elle mentionnait dans sa lettre, ce qui l’a toujours vivement préoccupé depuis cette époque. L'autre soir encore, quand je vous ai saisi la main, il m'avait ordonné de m'assurer d’abord que vous ne portiez pas ce jonc, et ensuite d'essayer à vous arracher queïques aveux, en vous faisant certaines révélations Concernant ce jone, qui ne pouvaient pas manquer d'exciter votre curiosité.
Cy s'en empara,
cait me
é avec laquelle Je péril s'avan
Mais la rapidit sser aller.
força à vous lai Quelle circonstance sing reconut alors parfaitement celui qui l'avai loin des demoiselles Darcy pendant la représentation de ja veille. J'ai été bien inspiré en tenant ce jonc toujours
soigneusement caché à tous les yeux. La providence
était avec moi.
__ Ainsi, reprit Puivert, l'opinion de est encore que VOUS possédez
ait pris des doigts d
Louis, qui
ulière, pensa & entrainé
Darcy à touun jonc sem-
ours été, et e votre mère
blable à celui qu'il av assassinée.
— As-tu quelqu'autre __ Non, rien qui vous concerne.
cependant que M. de Lagusse pass® ja frontière et alla
demeurer aux Etats-Unis pendant quelques années. Il y changea son nom contre celui de Darcy: Quant à moi, personne n£ m'avait remarqué, Car c'était la seule fois que Je fusse allé à gt-Antoine. Je demeurai donc au Canada, me croyant à jamais libéré de ce misérable, Jorsqu'après quelques années il revint marié eb avec
une petite fille de deux an: 11 l'avait nommée Mathilde, du nom de votre mère ; 65 victimes, disait-il, ne l'inquiétaient pas. ; dit toute la
chose à dire ?
Je puis ajouter
Maintenant, Je VOUS ai Souvenez-vous que vous m'avez promis la vie
vérité.
sauve.
__ Va donc, j'espère ne plus te rencontrer sur MON chemin.
j de ne pas me dénoncer.
vez promis aus ; ma parole.
ommes se sépar
Encore 1ne fois, va-t-en.
èrent.
__ Vous m'a ___ je tiendra Et les deux h
it me
is, qui ntrainé tion de oujours \vidence
4 à touonc semtre mère
is ajouter ère et alla
es années.
. Quantà ait \a seule neurai donc e misérable, nié et avec jommée Ma- ,, disait-il, ne dit toute la promis la vie
atrer sur MON
; me dénoncer:
à fois, va-t-en.