‹ Vengeance fatale [microforme]Chapitre 19 sur 27 · L’INCENDIE DE LA RUE CRAIG · texte numérisé non relu

L’INCENDIE DE LA RUE CRAIG

Puivert, aussitôt qu'il fut libre, se rendit chez Darcy.

Ce dernier était entré depuis assez longtemps. Il était naturellement assez inquiet. N'ayant pas remarqué la chute du fermier de Ste-Anne, il avait pris en toute hâte le chemin de la rue St-Alexandre, et arrivé à sa maison, i] avait attendu Puivert, d'abord avec surprise, puis il fut bientôt pris de trouble et devint très-soucieux du long retard de ce dernier. I] était très agité, et quoiqu'il voulût se cacher à lui-même son propre malaise, il ne réussissait pas à calmer son esprit remuant,

— Evidemment, se disait-il, ce malencontreux personnage avait intérêt à apprendre les détails de la nuit du 29 décembre ; cependant je ne vois personne à part Louis, malheureusement je n'ai pas pu m'assurer quel était cet homme, Mais Puivert est très robuste et lors même que son antagoniste aurait eu raison de lui, il ne peut avoir raconté ce qui s'est passé dans cette nuit néfaste ; et à cette idée ses cheveux se dressaient sur sa tête. Cependant la. grandeur du danger lui rendit son ardeur juvénile. Il faut sortir de cette incertitude, se dit-il. Il entendit alors Hortense marchant à pas lents dans sa chambre, il l'appela donc,

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—{Tu te couches bien tard, dit-il; puis, voulant dissimuler sa curiosité, il lui posa quelques questions tout à fait indifférentes,

Hortense répondit naïvement qu’elle allait se mettre au lit quand il l'avait appelée et que, si elle avait veillé un peu plus tard que d'habitude, ce soir, c'était dû à la visite de Louis et d’Ernest qui s'étaient retirés quelques instants seulement avant l’arrivée de son père. :

C'était justement ce que celui-ci voulait savoir. It croyait en effet avoir reconnu Louis, mais il trouvait étrange, après la révélation de sa fille, que les deux amis se fussent séparés et que Louis se trouvait seul à cette heure sur la rue,

-Dès qu'Hortense se fut retirée, l'inquiétude de Darcy recommença plus violente,

— Malheureux, se disait-il en marchant à grands pas,pourquoi donc avoir élevé cette enfant ! pourquoi ne pas l'avoir abandonnée au même destin que sa mère ? Pourquoi avoir recueilli cette fille qui sera peut-être pour moi la source. de soucis et de danger extrêmes ? Imbécile d’avoir promis, à sa mère mourante, de l'élever avec les mêmes soins et les mêmes égards que mes propres enfants !

Ces paroles suffiront, sans doute, pour apprendre au lecteur que Darcy n'était pas le père d’Hortense. Expliquons done tout de suite comment on l'avait supposée la fille du riche propriétaire et la sœur de Mathilde, On n’a pus oublié la menace de Puivert quelques instants auparavant.

—-Je raconterai, avait-il dit, l'incendie de la rue Craig et l’enlèvement de l'enfant,

Ces

Hors l'enlèvement de cet enfant, qui n'était autre qu'Hortense, avait eu lieu lors de cet incendie que Darcy avait allumé lui-même.

Ravontons les faits de cet évènement aussi succintement que possible,

Pendant que Mde. Darcy souffrait déjà de la maladie qui devait la conduire au tombeau, c'est-à-dire quatre Où cinq ans après le meurtre de cette femme au cœur si tendre, Mathilde Gagnon, la mère de Louis Hervart, Darcy achevait de dépenser l'héritage qu'il tenait de son père. Il lui restait bien quelques immeubles, sa terre à Ste-Anne, grevée cependant de quelques hypothèques, mais cela ne pouvait lui permettre de continuer la vie luxeuse qu'il menait depuis son retour à Montréal ; il lui fallait donc augmenter sa fortune ou diminuer le ton de ses dépenses.

Ne pouvant se résoudre à ce dernier parti, il songea à commettre un nouveau crime, Le succès qui avait jusque-là couronné tous ses méfaits, n'avait fait qu'augmenter sa hardiesse dans les entreprises de ce genre, Il eut encore une fois recours à Puivert,

Le plan des deux malfaiteurs, conçu depuis longtemps par Darey, fut bientôt mis à exécution, Il s'agissait de détruire, au moyen d’un incendie, une maison de commerce appartenant au banquier et dont les étages supérieurs étaient habités par le négociant lui-même et sa famille. Ce négociant, nommé Delaunay, était marié depuis une Couple d'années et n'avait qu'un seul enfant, une fille. Darcy avait appris de luimême, qu’en dehors de son négoce, Delaunay s'occupait en même temps quelque peu d’agiotage, De nombreux Capitaux déposés entre ses mains, à un taux d'inté-

itre rêt fort bas, lui avaient permis d'augmenter considéque rablement sa fortune par des placements hardis et heureux, Darcy savait aussi que son locataire, par ite- précaution vis-à-vis de clients envers lesquels sa responsabilité augmentait de plus en plus, tenait toujours die ses fonds soigneusement déposés dans un meuble tre Pne Souvent remarqué par lui dans le bureau de travail ut i\ du négociant, S'approprier cet argent, telle fut dès tt [| lors la pensée dominante de Darcy.

de : k Or la présence à Montréal d'un diplomate distingué ga | fut la cause d’un festin offert par la cité à cet étranger. es | ; Darcy et Delaunay devaient y assister. Cette circonsde |! tance parut au premier le moment d'exécuter le plan nu qu'il avait conçu.

sa Puivert fut en conséquence notifié de surveiller le | logis de Delaunay et, après avoir vu sortir celui-ci, a | d'aller sans retard en avertir Darcy. Le diligent dé À Puivert obéit de point en point, et bientôt après il it aCCompagnait Darcy qui avait averti sa femme qu'il e ne prendrait pas chez lui le repas du soir, Pour arriver à l'endroit où devait avoir lieu le . R | dîner en question, Darcy devait passer devant l'édifice 1 loué de lui par Delaunay. 11 résolut d'y entrer en e évitant, autant que possible, le plus léger bruit, En t homme prudent il possédait des clefs pour toutes ses t maisons, dont le nombre, considérable autrefois, avait : diminué sensiblement. Puivert attendait à quelques

pas seulement, prêt à répondre au premier appel de son maître.

Depuis quelques mois à peine, madame Delaunay était devenue mère d’une petite fille, qui devait être, plus tard, la fiancée de Louis Hervart, Le moinire

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bruit l’éveillait, Aussi, quoique Darcy eut pénétré dans l'habitation en apportant toute la diligence possible pour ne pas être remarqué, elle entendit le grincement de la clef dans la serrure et s'aperçut qu'on ouvrait la porte,

— Est-ce toi, Delaunay ? demanda-t-elle en croyant : parier à son époux, dès que Darcy fut monté à l'étage | où reposait la malade.

— Oui, répondit ce dernier, en essayant de contrefaire sa voix. J'avais oublié mon passe-partout et je viens le chercher, afin de n’éveiller personne quand je rentrerai cette nuit. Bonsoir.

Puis, il redescendit l'escalier, ferma la porte violemment, mais sans sortir de la maison,

Bientôt après madame Delaunay s'était de nouveau laissé envahir par le sommeil. Darcy atteignit alors le bureau dont nous venons de parler, et qui était sur le même étage que la chambre des deux 4 époux. Mais cet appartement n'était pas éclairé et il se voyait réduit à chercher à tatons le fameux meuble contenant tout l'argent du spéculateur, Il aperçut alors une lampe dans la chambre de madame Delaunay. [l la prit et revint dans le fumoir. Les seuls meubles de ce fumoir étaient le précieux meuble, où Darcy croyait trouver sa fortune, et quelques chaises.

Cependant ses derniers mouvements, si légers qu'ils fussent, éveillèrent encore une fois madame Delaunay, qui ne voyant plus la lumière qu'elle gardait toujours dans sa chambre pendant la nuit et la croyant éteinte, se leva pour allumer sa lampe de nouveau.

Mais aussitôt elle poussa un grand cri. Elle venait d’apercevoir Darcy qui se sauvait en emportant une

boîte, qu’il avait enfin découverte dans le meuble Où Delaunay tenait enfoui son argent, ainsi que tous ses papiers de quelque importance.

— M, Darcy, vous ici ! cria-t-elle, hors d'elle-même.

À ces cris, Darcy voulut baisser la lumière et se sauver avec la boîte et son contenu. Mais il n’en eut pas le temps et il lança la lampe pleine d'huile et vers madame Delaunay. Il n'atteignit pas son bût, car la lampe se brisa et l'huile, en se répandant, fut la cause que le feu prit aux vêtements de madame Delaunay, qui se mit à pousser des cris formidables, Darcy la transporta dans la chambre à coucher et il allait s’élancer hors de la maison, lorsque les supplications de sa victime l’arrétèrent.

—Homme barbare ! murmura-t-elle en pleurant, n'avez-vous donc plus rien qui bat dans votre cœur ? Si vous n'avez pas eu pitié de la pauvre mère, ne POUVEZ-VOUS pas avoir au moins pitié de ma fille ! Je vois bien qu’il ne me reste plus qu'à mourir, mais si Vous avez encore quelque sentiment d’un père de famille, emportez avec vous mn enfant, afin qu'en quittant cette vie, je sois sûre qu'elle a été sauvée, Voyez à son éducation, me le promettez-vous ?

— Je vous le promets, répondit l'incendiaire, aux dernières paroles de l’infortunée. Puis il prit l'enfant dans ses bras, ramassa par terre un livre de prières en velours rouge tombé d’une table pendant le vacarme, s'élança hors de la maison et donna lui-même l'alarme du feu

Tout le monde sait que le télégraphe d'alarme n'était pas alors perfectionné comme aujourd'hui, et que les appareils pour éteindre un incendie ont été beaucoup

améliorés depuis cette époque. Aussi le feu dura-t-il plusieurs heures,

En entrant chez lui Darcey se souvint de la promesse qu'il avait faite à celle qui n'était plus qu'un cadavre. Il crut cependant plus judicieux d’éloigner l'enfant de la maison pendant quelque temps ; les soins d’une nourrice’ lui étaient encore nécessaires, et d’ailleurs 1l eut trouvé fort difficile la tâche d'expliquer la provej nance de cette enfant à madame Darcy. Celle-ci, comme on sait, ne devait pas survivre longtemps à : l'incendie de la rue Craig, et lorsqu'Hortense eut atteint environ dix-huit inois, le meurtrier de madame | Delaunay lui donna son nom et l’éleva dans sa maison

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comme sa propre fille.

Delaunay avait été prévenu de l'incendie qui s'était

déclaré chez lui. On conçoit facilement la stupéfaction

| de cet homme en voyant s’écrouler l'avenir qu'il avait

Ê rêvé. Nous renonçons à peindre la douleur navrante

! dont il fut saisi à la vue du cadavre de son épouse F | fl |

carbonisée et devant la disparition de son enfant, L'âge avait naturellement modifié le caractère de Darcy dans un sens plus sérieux ; aussi pensa-t-il à faire fructifier sa nouvelle fortune et il devint l’un des plus riches banquiers de Montréal.

| Quant à Mathilde et Hortense, elle continuèrent ll de grandir ensemble et jusqu’à l’époque où ce récit est L| arrivé, elles avaient toujours été sous l'impression qu'elles étaient sœurs, et toutes deux filles de monsieur et madame Darcy.

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LES NoUVEAUx ALLIÉS

On à vu plus haut qu'Hortense n'était demeurée que quelques instants, dans le boudoir, avec Darcy. Dès que celui-ci fut redevenu seul, l'inquiétude qu'il avcit essayé jusque-là de cacher par tous les moyens perça malgré lui sur toute sa figure. Elle fut bientôt suivie d’une colère furieuse qui s'exala en imprécations furibondes contre Hortense. Abattu par la lassitude, mais dans un état trop ne‘veux pour se livrer au sommeil, il s’'assit enfin sur un canapé et se prit à réfléchir, Il était depuis longtemps dans cette posture, lorsqu'il entendit frapper à la porte de la maison. Il alla ouvrir, mais seulement après s'être muni d'un révolver ; il en était venu à craindre les moindres dangers, tant ses pensées, depuis une heure, devenaient de plus en plus inégales, Il entrouvrit la porte faiblement, mais le fermier — car c'était lui—avait hâte d'entrer, Il ouvrit donc la porte toute grande et sans reconnaître Darcy. “ Votre maître est-il ici, lui demanda-t.il ? Allez le prévenir que je veux le voir et nommez moi, ” — Qu'’as-tu donc, mon cher Puivert ? fit Dar tout le sang froid était revenu devant la contenance exagérée de son serviteur, ne me reconnaîtrais-tu par hasard ? Viens dans inon cabinet ; tu pourras m'y raconter avec calme si tu as souffert de quelqu'accident depuis que je t'ai quitté.

Puivert reconnut Darcy immédiatement.

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— C'est vous M. Darey, dit-il, c'est cela, entrons et causons sans bruit, car j'en ai long à vous apprendre, . Notre vie même est menacée.

— Bien, bien, prends ton temps et n'aie pas de craintes inutiles,

— Înutiles ! Ah ! plût au ciel que ce fussent des craintes inutiles ! Mais, malheureusement, je vous assure qu'il y à de quoi être inquiet.

— Entre donc, fit Darcy en le conduisant dans son cabinet de travail.

C’est alors que ce dernier qui n'avait pas remarqué la figure de son fermier fut frappé de la pâleur et du bouleversement qu’elle offrait. Cependant il ne parut pas s’en apercevoir et attendit que son interlocuteur se décidât à parler sans lui poser de question,

— Préparez-vous à entendre quelque chose d’épouvantable, commença Puivert et, en peu de mots, il mit Darcy au cours de tous les faits de la scène qui s'était passée entre lui et l’etudiant.

— Malheureux ! rugit Darcy, après avoir écouté sans y faire la moindre interruption tout le récit de Puivert. Est-il vrai que tu as instruit Louis de tous ces faits ?

— Îl fallait tout dire ou mourir J'ai préféré lui dire tout ce que je savais

— Lâche! ajouta Darcy, se laissant aller à toute sa colère,

— J'ai encore été bien bon de venir vous avertir, car pour moi j'ai la vie sauve.

— Et moi ?

— Je ne sais rien de ses intentions à votre égard.

— Eh moi, j'en sais quelque chose. Louis essayera de me tuer ou me fera arrêter, mais je saurai bien me

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déjouer de ses plans ; aide.

— Je ne vous aiderai point.

— C’est ce que nous verrons.

— Îl m'a promis que Je pouvais dormir tranquille, que je ne serais pas incommodé par les poursuites de la justice. Mon intérêt est donc de plètement de cette affaire.

— Cela est bien beau, en effet ! Mais moi qui serai probablement traqué par la police, poursuivi en Cour

de Justice, penses-tu que je ne dénoncerai pas la part que tu as prise à ce crime ?

pour cela j'ai besoin de ton

me retirer com-

— Vous n'aurez pas de preuve, car j'ai la parole de M. Hervart,

—- Mais lorsqu'il sera appelé à donner son témoignage lors du procès, il faudra bien qu'il explique l’histoire que tu as brodée.

— Cela ne m'inquiète guère, car je serai déjà parti, et loin du pays. Aujourd'hui ou demain Je passerai la frontière. Je m'en vais maintenant, au revoir.

Et Puivert se leva pour sortir.

— Si tu fais un pas de plus, fit Darcy, en posant son révolver sur la tête du fermier, je te tue comme un chien !

Puivert reprit son siège en tremblant,

— Je ne puis croire que tu sois assez niais pour te fier à la parole de ton plus mortel ennemi,

— Oh! Je ne l'ai pas prise pour de l'or, et après tout, je me mets encore une fois à votre disposition : mais avouez aussi que dans cette circonstance, je ne pouvais agir autrement, J'ai bien ‘compris que Hervart avait entendu toute notre conversation.

— Dans tous les cas, tu n’as pas besoin de craindre quoique ce soit de moi pour ton indiscrétion, la première chose importante à faire c'est d'organiser notre défense ; comme il n'y a pas un moment à perdre, il faut donc commencer sans retard,

— Bien ! Très bien !

On voit que les menaces de Darcy à Puivert avaient eu un effet immédiat; ce dernier était devenu doux comme un agneau,

— Ne crois-tu pas ? demanda Darcy, que nous ne suffirons pas à deux à lutter contre Hervart, car enfin que de précautions à prendre chez des personnes accusées d'un crime aussi odieux. Un troisième associé qui serait en même temps robuste, courageux et rusé pourrait nous être utile, .

— Je pourrais peut-être trouver l'homme que vous cherchez.

— Comment le nommes-tu ?

— Edmond Marceau.

— Celui-là même qui t'as volé tes trois cents dollars ?

— Celui-là même,

—En effet il me paraît assez rusé, beaucoup plus que toi je pourrais dire, qu’en penses-tu ?

—.Je ne vous contredirai point.

— Ce garçon, je veux bien le croire, peut nous être d'une grande utilité,

—Ïl n'y a aucun doute de cela, pourvu qu'il soit bien payé.

— S'il n’y à pas d'autre difficulté que celle-là, je me charge de le satisfaire. Je serais d'avis même d'aller le trouver cette nuit; tu avais raison quand tu disais qu'il n’y avait pas de temps à perdre pour nous, nous

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YENGEANCE FATALE 129

sommes dans le malheur et le malheur n’en accorde jamais.

— Allons done le voir.

Darey éteignit toutes les lumières, ferma soigneusement la porte de la maison et partit avec Puivert pour se rendre chez Edmond Marceau. Tout en se dirigeant vers le bureau du courtier, Darcy disait à son fermier : “Comme cela nous pouvons done nous fier à sa discrétion. ”

—-Oui, de même qu'a son zèle, si son intérêt le lui commande ; c'est un homme fort adroit.

— Témoin la manière dont il t'a enlevé l'argent que tu portais.

— Vous êtes méchant,

— Eh bien, n’en parlons plus.

Les deux compères étaient arrivés chez Edmond. Nous sommes arrivés, dit Puivert.

Pour la seconde fois, dans un intervalle très court, le fermier et le courtier allaient se trouver en présence. Ce dernier s'était couché de bonne heure et dormait profondément. Nos deux collègues durent frapper à coups redoublés avant d’être entendus. Enfin des pas résonnèrent dans la maison et bientôt la porte fut ouverte pour donner passage aux deux meurtriers. À peine Edmond eut-il reconnu Puivert, que, laissant une lampe dans l'appartement où ils venaient tous d'entrer, il s'éloigna pour reparaître aussitôt armé d’un poignard.

— Messieurs, dit-il encore tout ému, je vous conseille de sortir de mon domicile aussi vite que vous y êtes entrés...... je ne veux rien avoir à faire avec vous

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et si vous ne partez à l'instant même, je vous plonge à tous deux ce poignard dans le cœur ! Je suis en cas de légitime défense, vous forcez ma maison, NCAA

— Nous ne sommes pas venus pour vous voler, fit Darcy que ces menaces ne troublaient point, reprenez donc un peu de sang froid... ... ;

Edmond comprit le côté ridicule de ses menaces vis-à-vis d’un homme chez qui il avait été reçu une quinzaine de jours auparavant,

— Âlors, reprit-il plus tranquillement, veuiliez donc m'expliquer votre présence chez moi à cette heure.

— C'est ce que nous voulions faire, dit Darcy, mais vous ne nous en avez pas donné le temps.

Edmond se trouvait dans une étrange perplexité ; il attendit cependant les explications de ses deux visiteurs avec calme,

— Ne craignez rien, continua Darcy, nous ne sommes pas venus pour réclamer de vous les trois cents dollars que vous avez si adroitement volés hier à ce malheureux Puivert, qui en est tout abasourdi, comme vous voyez. Comme il vous l’a dit, cet argent m'appartient, mais désormais, ne vous inquiétez plus de cette petite somme dont j3 veux bien vous faire cadeau.

— Encore une fois, que voulez-vous de moi ?

— Eh bien, voici : Ces trois cents piastres seront entre Vos mains un à compte sur un service que nous venions vous demander de nous rendre à cause de votre habileté. Nous avons besoin d’un troisième compagnon ; j'espère que vous voudrez bien vous Joindre à nous,

— De quoi s'agit-il ?

— D'abord je voudrais être sûr que nous sommes

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dans un appartement tout À fait sourd et parfaitement seuls, :

— Suivez-moi, alors, dans le soubassement, personne n'entendra ce que nous dirons, pas nous ferons. Pour vous en con vai qu'à demander à M. Puivert.

Et Edmond souleva la trappe que nous connaissons déjà pour y laisser Passer ses nouveaux amis, en la Compagnie desquels il ne se croyait pas cependant tout à fait à l'abri des dangers, Il s'était armé et comptait épier tous leurs mouvements,

— Je crois qu'il est inutile de refermer la trappe sur nous, fit Puivert, qui en cunser souvenir désagréable,

—— Je la laisserai ouverte si cela peut vous faire plaisir, dit Edmond.

Aussitôt qu'ils furent descendus dans cette espèce de cave, Darey prit le premier la parole,

— Je vais, dit-il, à Edmond, vous mettre au fait d’un évènement qui vous fera Comprendre plus facilement la raison de notre présence ici cette nuit, Il y a environ vingt ans, Puivert et moi, NOUS nous rendions coupables d’un meurtre en enlevant la vie à une femme alors mère d’un jeune enfant, et À son domestique.

Il Surrêta pour voir l'impression que ferait sur : Edmond cette première confidence. La figure de celuici était restée complètement impassible,

— Vous voyez, reprit-il, que j'apporte une confiance complète en vous, Nous avons donc commis le crime que je viens de vous dire, et ce qui est plus grave, nouseumes letort de laisser vivre l'enfant. Il est justede dire que cet attentat venait de nous créer une situa-

plus que ce que ncre, vous n'avez

vait encore un

tion fort inquiétante, et que sa mère l'avait fait disparaître de la maison, la veille du jour où elle devait être assassinée, Or cet enfant qui est devenu un homme fort et adroit est instruit aujourd'hui de ce terrible secret, et il va tout essayer pour venger sa mère ; de cela il n'y a aucun doute, Puivert m'a raconté la manière adroite avec laquelle vous lui avez dérrbé son argent et j'ai cru qu’un homme comme vous pouvait nous être utile. Vous pouvez dire maintenant si j'ai eu tort de m'adresser à vous.

— Je n’ai pas objection de me faire votre complice dans cette dangereuse aventure. Mais avant d'aller plus loin, je vous conseillerai de nous associer mon compagnon, Victor Dupuis. C’est un fin gaillard et il pourrait nous apporter un secours précieux.

— Bien Edmond, dit tout bas une voix quiécoutaitdepuis quelques instants par la trappe restée ou verte, je te reconnais là. Cette voix, on l’a déjà deviné, était celle de Victor Dupuis.

Edmond dans son premier trouble avait népligé de refermer la porte de son bureau sur Darcy et Puivert Victor s'y était donc introduit facilement. Il s'était dirigé vers la chambre du courtier, qui donnait sur le corridor où se trouvait la fameuse trappe. La trouvant ouverte et remarquant la lumière qui éclairait en bas nos trois sinistres criminels, il avait voulu entendre leur conversation. Il se préparait déjà à les joindre pous discuter le plan qu'ils adopteraient, mais la réponse qui fut faite à la proposition d'Edmond l’arrêta soudain.

— Non, dit une voix qu'il reconnut pour celle de Puivert, je n’ai pas confiance en ce garçon et je le

repousse entièrement de notre association. Sa figure me répugne et, suivant moi, il ne reculerait pas devant la trahison de ses meilleurs amis, du moment qu'il y trouverait le moindre profit,

— Je crains Victor ; 1x est la raison qui me porte à le faire entrer dans notre complot, car s'il en était

informé, il serait capable de me tuer ou de me dénoncer à la justice.

—Comme il me juge bien, pensa Victor.

— Cela ne nous regarde pas, dit une autre voix que Victor ne put reconnaître, En eftet il ne s'était jamais trouvé en contact avec Darcy.

— Mais cela me regarde, moi, réptiqua Edmond

et je ne voudrais pas me lancer dans un batean aussi fragile sur une mer aussi agitée, .

— M'est avis plutôt que vous vous lancez dans la poésie avec vos métaphores ; moins de celles-ci s’il vous

plait, et plus de réalité: si votre homme vous gêne, fu tes le disparaître.

— Je serai bien forcé d'en arriver là, J ’essayerai d’un moyen assez simple, j'invite Victor à venir goûter un vin nouveau dans cette cave, je glisse dans son verre quelques gouttes d’une liqueur connue de moi seul, et voilà mon homme plongé dans un sommeil dont il ne doit plus se réveiller, Maintenant Je passe aux conditions.

— Que demandes-tu ? fit Darcy.

— D'abord, il me faut six mille dollars.

— Tu les auras,

— Je veux de plus que vous m'accordiez la main de votre fille, Hortense.

— Je t'accorderai ma fille en mariage, en autant bien entendu que cela dépendra de moi,

Le lecteur ne s’étonnera pas sans doute de l’indifférence de Darcy à se prêter au mariage d'Hortense avec un aussi triste garnement, puisqu'il sait déjà que celle-ci n’était pas sa fille, Il comprendra aussi la préférence du meurtrier de la mère de Louis pour Mathil-

de et le dépit qu'il éprouvait de l’isolement de cette dernière. Il est bien entendu que nous parlons du

temps où elle n'avait pas encore rencontré Ernest Lesieur.

-— Je suppose, continua Edmoni, que comme cadeau de noces à votre fille, vous lui allouerez bien un revenu de denx cents louis.

e— C’est la dernière demande que je vous accorde,

— de n'ai plus rien à solliciter de vous, sortons d'ici waiitenant et mettons-nous à l'œuvre en apportant toute confiance les uns envers les autres. Mais j'allais

oublier. ... Vous ne m'avez pas dit le nom de votre ennemi.

— Louis Hervart.

— Louis Hervart ! Je n'hésite plus ! Je le poursuirai avec toute la rage dont je suis capable ; il faut en effet qu’il disparaisse pour que je réussisse dans mes desseins.

En entendant ces derniers mots, Victor s'esquiva et courut plutt qu’il ne marcha, jusqu'au domicile de Louis.

C'est lui qui frappait chez l'étudiant au moment où ce dernier allait se inettre au lit.

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LES NOUVEAUX ALLIÉS (Suite)

Louis venait d'ouvrir la porte. Aussitôt Victor se

rua dans la chambre où les deux amis se trouvaient encore, =

— C'est bien ici chez monsieur Hervart ? demanda-t-il, avec une mine toute effarée.

—- Oui, monsieur, répondit Louis,

— Vous êtes vous-même M. Hervart, je crois ?

— Oui, fit Louis pour la seconde fois.

— À'ors, prenez un siège et écoutez-moi avec beaucoup d'attention. Puis-je parler devant monsieur, demanda-t-il en désignant Ernest ? Il faut m’excuser car les choses que je vais vous raconter sont tellement graves. ....

— Vous pouvez parler sans crainte. Cet homme est mon meilleur ami.

Ernest avait jugé Victor en l'apercevant. Ton nom,

demanda-t-il brutalement à l'aubergiste lu faubourg Québec ?

— Victor Dupuis.

— Que viens-tu faire ici à cette heure ?

— Je l'ai déjà dit à M. Hervart, je lui apporte des nouvelles d’une très grande importance.

— Qui le concernent ?

— Oui, et d’autres à la fois.

— Raconte vite, alors.

— C'est ce que je veux fuire, mais ne m'interrompez pas. Je viens vous informer d’un assassinat qui a été

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résolu à l'instant même, que trois hommes débattaient entre eux quand je suis parti pour me rendre ici vous en rendre compte, Cependant, je ne connais pas le moment où ils mettront leur crime à exécution. Je puis dire pourtant qu’il n’est pas arrivé.

À ce début sinistre, Ernest pâlit, Louis trembla légèrement, Tous deux supposaient malgré eux que la personne visée par cet assassinat devait être le fiancé d'Hortense,

— Dites comment vous avez appris ces nouvelles, fit Ernest. Encore, ces faits sont-ils bien vrais ? — J'ai dit la vérité,

— Le nom de cette personne que l'on voulait assassiner ?

— C’est M. Louis Hervart.

Louis écoutait la conversation d'Ernest et de Victor sans en perdre un mot, En entendant prononcer son nom par Victor, il ne broncha pas, mais une sueur froide inonda son front,

— E° comment savez-vous que l’on veut tuer M. Hervart ?

— Cela serait un peu long à raconter, vu que c’est grâce à une première aventure que je me trouve initié à celle-ci. Il faut d’abord que je sache si je puis compter sur votre entière discrétion.

— Oui, répondit Ernest avec hauteur.

— Très bien. Procédons donc par ordre, Ce matin, ou plutôt hier matin, un de mes amis, Edmond Marceau...

— Que dis-tu ? interrompit Ernest, Edmond Marceau, un de tes amis! Moi aussi, je connais un nommé

Marceau, et c'est un de mes amis, mais je doute fort que ce soit le même que celui dont tu viens de parler.

— C’est que vous ne connaissez qu’un côté d’Edmond Marceau, celui du gentleman, tandis qu'au fond ce n'est qu’une canaille,

— Tu mens, fit Ernest, devenu furieux à l’idée qu'il avait vécu dans l'intimité d’un voleur,tu mens, coquin !

— Bien alors, si vous ne me croyez pas et m'interrompez à chaque instant, je n’ai plus rien à faire ici.

— Ernest, je ne puis comprendre tes interruptions continuelles, fit Louis dans un moment d’impatience facile à concevoir, le seul moyen d'apprendre les nouvelles que cet homme prétenu nous apporter d’une source certaine, c'est d'écouter son récit attentivement. Tu le jugeras ensuite.

Ernest regarda son ami, quelque peu surpris du ton Cassant que ce dernier venait de prendre vis-à-vis de lui, mais il ne se plaignit pas. En homme de cœur tout lui semblait permis à celui qui venait de souffrir des angoisses aussi mortelles.

— Reprenez donc votre récit et ne faites pas attention à mes dernières paroles, dit-il à Victor.

— Je disais qu'Edmond Marceau est un voleur. Eh bien ! je répète mon accusation. Je pourrais facilemert prouver une foule de crimes dont il s’est rendu coupable, car dans tous ces méfaits nous avons toujours été complices. Par exemple, lorsque Marceau habitait New-York — vous ignorez ce détail sans doute, il s’appelait Narcisse Lafond et non pas Edmond Marceau...

— Tu dis que Marceau a porté autrefois le nom de Lafond ? R

— Oui.

— Serait-ce celui qui a été accusé d’avoir volé une certaine quantité de bijoux ?

— Oui, et qu’il a bien et dûment volés.

— Îl à été acquitté cependant,

— Oui, parce qu'il n'existait aucune preuve qu'il fût

‘auteur du vol.

— Quelle preuve pouvez-vous fournir à l'appui de votre déclaration ?

— Ma mère et moi qui étions ses complices ; mais nous avions trop d'intérêt à ce qu'il ne fût pas dénoncé. Plus tard nous nous sommés rencontrés de nouveau et hier matin, je volais encore de concert avec lui, une somme de trois cents dollars à un nommé Puivert, le fermier de Darcy.

— Ce vol, je suppose, n'a rien de commun avec l'assassinat projeté contre M. Hervart ?

— Au contraire, et c’est justement ce que je désirais vous expliquer, lorsque vous m'avez interrompu à brule pourpoint.

— Vous pouvez continuer, je ne vous interromprai plus.

Victor raconta toute la scène qui s'était passée dans le bureau du courtier et que nous connaissons déjà.

— Sacrebleu ! fit Ernest dès que Victor eût terminé on récit, vous avez fait passer ce Puivert par une rude épreuve, je ne puis m'empêcher d'en rire à me tenir les côtés.

— Vous ne connaissez encore que la moitié de l’histoire, reprit Victor, voilà qui va devenir plus séricux. Ces trois cents dollars appartenaient, non pas à Puivert, mais à Darey, et il est allé larmoyer auprès

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de ce dernier” C'est ici où je me perds. Que

ne | s'est-il passé entre eux ? c’est ce que j'ignore complète- | ment. Mais ce que je sais, c’est que loin de prendre des mesures pour se faire rendre les trois cents dollars l qu'Edmond lui avait volés, le fermier est revenu le | À

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ût ] trouver cette nuit avec un autre homme que je ne + connais pas, mais que je soupçonne fort être M. Darcy;

de tous les trois. ont formé un complot qui n'est rien

moins que l'assassinat de M. Hervart. Ils étaient déjà ïe | en voie de conversation quand je suis arrivé chez | 6. | Edmond ; je puis done vous rapporter seulement ce n que j'ai entendu.

le : | Victor mit Ernest et Louis au fait, sans en omettre le | un détail, de toute la scène dont il avait été le témoin

invisible dans sa seconde visite chez le courtier de la ” rue Notre-Dame.

On conçoit l’indignation qui saisit Louis en apprenant que Darcy voulait sacrifier Hortense.

—Le misérable! s'écria-t-il exaspéré. Ah ! Je le reconnais bien. Vous ne vous êtes pas trompé, cet homme est bien Darey, le père de ma chère Hortense ! Oh le lâche! sacrifier ainsi son enfant ! abandonner sa fille à un bandit! Mais, Dieu merci, je saurai bien empêcher tout cela, où je veux mourir. Puis après un s silence de quelques secondes : Darcy a-t-il fait quelque difficulté lorsqu'il s’est agi de livrer sa fille ?

—Non, il la lui a accordée sans faire la moindre objection,

—Le barbâre !

— Que voulez-vous ? Entre assassins et voleurs, c'est : ainsi qu’on procède, — Îlne s’agit plus pour moi que de l'attaquer par

ne ve qu

tous les moyens et de le ‘tuer pour legprévenir dans l'ignoble sacrifice auquel il veut vouer Hortense. Ii y va de mon honneur aussi bien que de mon bonheur. Il est inutile de délibérer sur ce point, je suis décidé à ne reculer devant aucun obstacle.

— Îl serait bon de nous entendre, interrompit Victor. Tous les deux, nous sommes menacés d'un danger terrible, puisqu'il y va de notre vie. Par la violence du langage que vous venez de tenir, j'ai pu Voir que vous aimez mademoiselle Hortense Darcy. Edmond veut se débarrasser de moi, et certes il a raison. Mais comme nous sommes munis des secrei. de nos ennemis, nous pouvons venir à bout d’:ux beaucoup plus facilement,

Notre intérêt est le même après tout et c’est le vôtre, sans contredit, de m’accepter pour second dans la lutte que vous aurez à soutenir bientôt. Vos ennemis sont nombreux, vous êtes seul: de plus le fait qu'Edmond ignore que j'étais présent quand il a résolu son projet avec Darcy et Puivert, me font croire que je puis vous être d’une grande utilité, en même temps, que de votre côté vous me rendrez service. Je saurai vous informer de tous les pas et démarches de Marceau, de ses actions. Je venais donc vous proposer d'unir ma cause à la Vôtre ; j'ajouterai à tout cela que vous ne pouvez méconnaître l’importance du secours que je vous ai apporté en vous avertissant du danger qui vous menace.

Tout en reconnaissant l'importance du service que lui avait rendu l’ancien ami de Marceau, Louis hésitait à faire cause commune avec un homme aussi dégradé, mais Ernest fit taire ses scrupules,

— J'accepte votre offre, dit celui-ci, ainsi que mon

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ami Hervart, car je compté vous seconder moi aussi de tout ce que peuvent l'énergie et le courage d'un ami.

— Merci, Ernest, fit Louis, puis se tournant du côté de Vactor : Quand vous reverrons-nous ? De plus, où Pourrons-nous vous trouver dans un cas pressé ?

— À la Feuille d'Erable, coin des rues St-Paul et Friponne.

Sur ce, Victor se retira.

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