PHYSIOLOGIE DE L'EN VENI M AT I ON
rhagiques. Le foie et le pancréas sont congestionnés, et les reins infiltrés de sang.
Altération du Sang. — Tous ces désordres proviennent d'une altération du sang par le poison. Depuis longtemps, depuis Fontana, les physiologistes ont soutenu cette opinion, et le fait est reconnu vrai. Fluidité du sang, quelquefois déformation des globules quand la mort est lente : voilà les principales altérations produites. Brainard a constaté ces deux modifications chez des animaux morts à la suite de piqûres de Crotales. Burnet, après avoir fait des observations analogues, écrivait: « On jurerait que le sang a subi une profonde altération dans sa vitalité comme dans sa structure. » Lander, Brunton et Fayrer, en 1874, ont vu aussi des globules déformés. M. Vulpian, en 1882, parle du sang dissous parle venin. M. Urueta, en 1884, constate la même action ; quelquefois, en outre, la crénelure des globules rouges, et la présence de granulations graisseuses réfringentes.
Si l'on remplit deux éprouve ttes du sang tiré de l'artère carotide d'un chien, et si l'on ajoute dans l'une d'elles du venin de Serpent dilué, voici ce que l'on observe bientôt. Le sang empoisonné est devenu noir et fluide ; le sang non empoisonné a pris une couleur écarlate et s'est coagulé.
Certainement, le venin porté dans le sang par inoculation naturelle ne lui donne pas ces caractères d'une façon aussi prompte et aussi intense, mais il n'est pas non plus besoin d'altérations aussi profondes pour rendre le sang impropre à la vie.
Dans SOS rcmai-quables recherches sur l'acLion du toxique ophidicn, M. do Lacerda, lui aussi, a constalé la déformation des globules et la fluidité ; si la quantité du venin est considérable par rapport au sang-, la dissolution des globules devient complète en quelques minutes.
Comment le venin produit-il ces altérations du sang? Ici nous pouvons avouer que là science rencontre une barrière très- haute. Elle comprend beaucoup mieux que sur tout son passage ce sang altéré, ce sang empoisonné puisse produire les accidents dont nous avons parlé plus haut : hémorrhagies, congestions, engorgements, etc., mais l'action même du venin sur le sang est encore un mystère.
Nous ne suivrons pas M. de Lacerda dans ses observations sur l'injection directe du venin dans le cœur et les poumons. Elles s'éloignent beaucoup trop des conditions ordinaires de l'introduction du poison dans l'économie vivante, et nous n'avons en vue dans cet ouvrage que d'étudier le poison dans ses conditions normales de production et d'action.
Ainsi donc, de même que le venin des Serpents est une sécrétion spéciale vouée à un rôle bien déterminé, elle amène aussi dans ses effets un processus morbide d'une nature spéciale et caractéristique, qui n'appartient qu'au poison ophidien; il n'y a là particulièrement rien qui ressemble à une véritable inflammation, conséquence du traumatisme des tissus. Rien ne ressemble à ce qui se produit lorsqu'on injecte des substances putrides dans le sang. Un seul doute subsiste cependant: d'oii vient la septicémie qui est un des effets locaux de
PHYSIOLOGIE DE L'ENYENIMATION
racLioli du poison? EsL-ellc duc à une matière septique et putréliante accompagnant le venin ? A-t-elle pour origine les microbes révélés par Pasteur, ou les Leucomaïnes de M. A. Gautier? On n'en sait rien, mais la fluidité du sang et les hémorrhagies passives ne procèdent ni d'un poison septique, ni d'un ferment, ni de microbes, ni de Ptomaïnes, elles n'appartiennent qu'au venin.
Si le venin du Serpent est réellement, par une action inconnue, le poison du sang, il ne faut pas oublier que, dans les cas d'intoxication énergique, la mort survient en très peu de temps, avant même que le sang ait perdu ses propriétés vitales et soit altéré. La mort survient par arrêt de la contractilité du cœur et des mouvements l'cspiratoires, les animaux .succombent avant que les muscles aient perdu toute leur contractilité, la voie suivie parle venin est celle des vaisseaux et non des nerfs, l'interruption de la circulation en retour empêche l'empoisonnement, quand bien même un nert est en contact avec le venin. Celui-ci est donc aussi un poison des centres nerveux. Un poisooi du hulbe suivant l'expression de M. Urueta.
En résumé:
Mort rapide — empoisonnement des centres nerveux.
Mort lente — empoisonnement des centres nerveux et du sang.
Pourquoi ?
Comment ?