‹ Venise, une republique patricienneChapitre 25 sur 50 · LA MINE, DE L'EMPIRE COLONIAL · texte numérisé non relu

LA MINE, DE L'EMPIRE COLONIAL

nuer la guerre. Elle sévit partout : en Albanie, où I aigo réussit à sauver Scutari (1474); en Asie- Mineure, où la (lotte du même Mocenigo prit Smyrne. Satalie, Korykos, Selefké; dans l'intérieur de l'Anatolie, où Ouzoun-llassan, soutenu par les subsides et les canons de Venise, se risqua à affronter Mahomet II. Mais la fatigue croissait avec l'effort. La belle défense de Lépante (1477) fut une dernière gloire pour la ville de saint Marc. Mais les Turcs se rapprochaient : ils envahissaient le Frioul, et on voyait de Venise brûler, sur l'Isonzo et le Tagliamento, les villages incendiés par les infidèles. Croia succombait (1478) et Mahomet II ■ait Scutari. Venise, n'en pouvant plus, préféra BÎgner une paix, même désastreuse.

Par le traité de 1479, la République renonçait à Argos et à Négrepont ; elle cédait Lemnos, le Magne, l'Albanie entière, où elle perdait Scutari et ne conservait que quelques places sur la côte, Dulcigno, Antivari, Budua. Elle promettait de payer au sultan une redevance annuelle de 10.000 ducats pour prix de l'autorisation de trafiquer en territoire turc.

C'étaient des conditions trop onéreuses pour que la paix fût autre chose qu'une trêve; et, malgré les échanges de politesses courtoises dont s'accompagna le rétablissement des bonnes relations, malgré la mission que, sur la demande de Mahomet II, la Seigneurie confia au peintre Gentile Bellini à la cour du sultan, le péril subsistait tout entier, elles Turcs demeuraient terriblement inquiétants. Dès ils recommençaient leurs entreprises dans la mer Ionienne: Sainte-Maure, Céphalonie tombaient entre leurs mains ; ils débarquaient sur le littoral

italien, à Otrante, qu'ils saccageaient; ils fondaient, sur la rive albanaise, un grand port de guerre à Avlona. Et Venise se trouvait à la fois menacée par mer dans son Adriatique, et par terre dans sa province de Dalmatie, que les Ottomans, maîtres de la Bosnie, exposaient au danger d'incessantes incursions.

L'acquisition de Chypre. — La République, vaillamment, s'efforçait de réparer ses désastres et de compenser ses pertes. Elle en trouva, à ce moment même, une occasion admirable. En 1466, Jacques II de Lusignan, roi de Chypre, qui venait de reconquérir Famagouste sur les Génois, avait cherché, pour consolider son pouvoir, l'appui de Venise, et demandé à la Seigneurie de lui choisir une épouse. La République lui proposa une patricienne vénitienne, Catherine Cornaro, qui, en 1472, monta sur le trône de Chypre. C'était un grand avantage déjà pour les intérêts vénitiens. La situation devint meilleure encore quand, le jeune roi étant mort en 1473, Catherine se trouva maitresse du pouvoir. Sous son gouvernement, Venise fut toute-puissante à Chypre ; aussi défendit-elle énergiquement la reine contre tous les complots qui la menacèrent. Elle fit si bien qu'elle détermina Catherine, en 1489, à abdiquer un pouvoir illusoire et à céder son royaume à la République. C'était une belle compensation de Négrepont perdu. La Seigneurie n'épargna rien pour faire de l'île un solide boulevard de sa puissance : dès 1492, on commençait, pour transformer Famagouste en une formidable place de guerre, à construire cette admirable enceinte de remparts, la plus belle et la

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plus comj iue nous ait léguée l'art des grands

ingénie*] i la Renaissance.

Venis ne montrait pas moins d'activité en Morée. Klle y possédait une série de positions excellente^ : Nauplie, Monemvasie, Coron, Modon, Zonchiu et Lépante, qui encerclaient le Pélopou et Zante, à peu de distance du continent, étaient d'admirables points d'appui. La fidélité immuable des stradiots albanais entrés au ?ervice de la République achevait de fortifier dans le pays la situation des Vénitiens. Leur puissance, bien établie, y était grande, et la Morée faisait heureusement pendant à Chypre pour dominer les mers orientales. L'annexion de Naxos, au centre de l'Archipel, complétait utilement cet ensemble de défense, par où le gouvernement de Venise espérait former une digue assez solide pour arrêJP'* l'invasion ottomane.

Le commerce d'Egypte. — Mais surtout, à mesure que les routes commerciales qui menaient vers la péninsule des Balkans et la mer Noire devenaient plus difficiles et presque impraticables, la République, pour se procurer les produits du Levant, se retournait à nouveau vers la Syrie et te. Durant tout le cours du xve siècle, ces deux régions jouirent d'un regain de prospérité. Beyrouth, Damas, Alep, redevinrent les centres d'activés transactions ; Alexandrie surtout fut un marché d'importance essentielle. Deux fois par an, en automne et au mois de janvier, une caravane partait de Venise pour le grand port égyj elle comprenait, annuellement, de huit à treize navires, dont le chargement est estimé à un mil-

lion de ducats au moins. Une colonie vénitienne, puissante et riche, était établie à Alexandrie, et ses fondachi, grands bâtiments carrés à l'air de forteresses, faisaient grande figure dans la ville orientale. Autour d'une cour intérieure se groupaient, au rez-de-chaussée, les magasins, au-dessus, les logements à l'usage des marchands; aux abords de l'édifice, des jardins plantés d'arbres exotiques donnaient à la construction un aspect étrange qui frappait les voyageurs ; dans la cour, dans les bâtiments, couraient des bêtes sauvages apprivoisées, et les Vénitiens poussaient l'insolence jusqu'à y entretenir un porc, objet d'horreur pour les musulmans.

Sans doute, tout n'était point aisé pour les chrétiens établis en pays infidèle. La nuit, les fondachi étaient fermés par l'extérieur; le vendredi, au moment de la prière, il était interdit aux Francs de circuler dans les rues, et pour plus de sûreté, on les enfermait pendant deux ou trois heures dans leurs établissements. Les sultans mamelouks d'Egypte créaient aux marchands vénitiens d'autres difficultés encore, et plus sérieuses. Plus d'une fois, les consuls de la République durent menacer le gouvernement du Caire de quitter le pays avec leurs nationaux, et plus d'une fois l'énergie de leurs représentations les mit en péril de mort. Contre les Occidentaux, les sultans se croyaient tout permis, et les vexations de toutes sortes, arrestations, expulsions, coups même, allaient leur train. Mais surtout les souverains de l'Egypte prétendaient se réserver le monopole de la vente des épices, du poivre en particulier, et en fixer le prix au chiffre qui leur conviendrait. C'était pour

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le commerce vénitien une source incessante de difficultés et de conflits. Mais le marché était si avantageux malgré tout, les bénéfices qu'on en tirait si considérables, que. pour le conserver, les

Vénitiens supportaient toutes les humiliations et tous les ennuis.

L'Occident ne pouvait plus se passer des épices,

et l'Egypte était le seul pays accessible au com-

occidental par où elles pouvaient arriver à

la Méditerranée. Cette considération primait tout

te; l'apreté des Vénitiens à conserver le nier rang qu'ils occupaient à Alexandrie les rendait insensibles aux mépris, aux affronts. Leurs biens, leur vie étaient exposés sans cesse : rien n'était capable de leur faire lâcher prise.

La perte de la Morée. — Tous ces efforts pourtant devaient être inutiles. Chaque jour la République connaissait de nouveaux désastres.

Arec le sultan Bajazet II, successeur de Mahomet II, les rapports avaient d'abord été assez s. M:iis en 1492 les difficultés commencèrent. Le sultan prit ombrage des dépèches chiffrées que le baile de Constantinople envoyait à son gouvernement et lui lit signifier de quitter le pays dans les trois jours. De la rupture des relations diplomatiques la guerre ouverte bientôt résulta. Les marchands vénitiens furent arrêtés à Constantinople (1499); les Bosniaques entrèrent en Dalmalie et parurent jusque devant Zara. « Il fut clair, comme le dit un document officiel, que les Turcs se montraient ouvertement ennemis de Veni

Les deux flottes se renoontrèrenl flans les eaux de Navarin. C'était, définis 141G, le premier enga-

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gement sérieux où elles s'affrontaient. La bataille pourtant demeura indécise : mais bientôt la fortune tourna contre les Vénitiens. Lépante tomba; Modon, attaquée par le sultan en personne (juin 1499), fit d'abord une belle résistance; après quelques semaines pourtant elle fut emportée par surprise, et ici encore les Turcs massacrèrent effroyablement. Peu après, Coron succombait à son tour. C'était pour Venise un coup singulièrement grave: les deux citadelles moréotes, étaient, selon l'expression d'un contemporain, « le nid dans lequel se réfugiaient autrefois tous lés navires qui faisaient voile vers le Levant. » Le Conseil des Dix décréta qu'il fallait, pour les sauver ou les reprendre, tenter tout ce qui serait possible, sentant bien qu'il y allait pour Venise de la conservation ou de la perte de sa prépondérannce maritime. La République pourtant dut y renoncer. La paix de 1503 l'obligea à abandonner les deux forteresses, et, par surcroît, l'île de Sainte-Maure : Venise ne gardait plus en Morée que Nauplie, Patras et Monemvasie.

Ce ne devait pas être pour longtemps. Moins de quarante ans après, en 1537, la guerre recommençait avec le sultan Soliman. Corfou était attaquée; la citadelle de Klissa, en Dalmatie, tombait aux mains des Turcs; dans l'Archipel, Syra, Stampalia, Patmos, Naxos, étaient conquises par Khaïreddin; Egine était saccagée par les musulmans; Andros était prise, Nauplie et Monemvasie assiégées, la Crète même menacée. La paix de 1540 obligea la République à abandonner les îles, Nauplie, Monemvasie, tout ce qu'elle possédait encore en Morée, et à payer au sultan une indemnité de guerre de trois cent mille ducats. Naxos et Andros devenaient

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