V. — Il faut savoir se prêter aux goûts bizarres
des hommes. Mais avant, montrez un peu de répugnance, et faites croire en cédant que c'est par amour, ^'oilà le grand art.
VI. — On doit cultiver son esprit et tâcher d'avoir quelques talents agréables, comme la musique, la danse. On ne captive pas lontemps avec une jolie figure ; on s'accoutume à la voir, et à la fin elle devient comme une belle statue qu'on se lasse d'admirer.
VII. — Si vous voulez juger de la passion de votre entreteneur, examinez-le après la jouissance ; si ses désirs sont encore les mêmes, il vous aime véritablement ; mais s'il semble satisfait et vous abandonne aussitôt, c'est la preuve d'un attachement peu durable et qui n'est fondé que sur les sens.
VIII. — Sachez vous faire respecter de votre entreteneur. Quoique d'une naissance commune, regardez-vous comme son égale. L'amour nous rend égaux.
IX. — Traitez vos gens avec bonté, mais qu'ils sentent toujours qu'il y a une différence entre eux et vous. Tâchez de les mettre peu au fait de vos infidélités, à moins que cela ne soit indispensable. Une fois qu'ils savent votre secret, ils veulent faire la loi et font payer leur discrétion au poids de l'or.
X. — Soyez chez vous la seule qui ayez un amant. N'en soufl'rez jamais à vos femmes de chambre. Ce sont des sangsues qui sucent les maîtres.
XI. — Ne consultez jamais votre goût pour un entreteneur ; mais prenez le plus riche. Quand vous apercevez qu'on est ruiné, quittez-le aussitôt. Si vous voyez qu'un entreteneur veuille vous quitter, tâchez d'en trouver un autre pour lui succéder sur-le-champ et n'avoir point de non-valeur.
XII. — Ayez les larmes à commande et les mots de sentiments, d'honneur, de perfidie, de cruauté, etc., mais n'employez ces armes qu'avec précaution, afin qu'elles réussissent.
XIII. — Tâcher de tirer le plus possible de votre entreteneur. Etudiez les moyens de le soutirer, mais ne le faites jamais qu'adroitement, et surtout ayez grand soin de ne pas paraître intéressée.
XÏV. — Ayez l'air prodigue, mais ne le soyez point, et jamais ne faites que des dettes factices, afin de les faire payer à vos entreteneurs.
XV. — Outre votre entreteneur, vous pouvez avoir un jeune homme riche pour amant, duquel vous aurez encore quelques cadeaux, mais ne prenez jamais de guerluchon, ou autrement dit de ces tjatleurs de pavé que quantité de femmes entretiennent et qui les ruinent.
XVI. — Si votre amant ne veut pas se conduire avec prudence, et ne venir qu'aux heures que vous lui indiquez, congédiez-le, quand même vous l'aimeriez. Ayez toujours devant les yeux cette sublime maxime : Il faut sacrifier V amour à Plutus.
XVII. — Vous pouvez aussi prendre un /crfadel : c'est un complaisant, et qui paie quelques chiffons. Mais il ne faut pas qu'il soit trop jeune et d'un rang relevé, afin qu'il puisse aller avec vous en public et vous servir d'écuyer. Un entreteneur ne se refuse guère à cela, en lui donnant à entendre que c'est un parent, une espèce d'homme d'affaires. Mais s'il montre quelque répugnance, congédiez-le aussitôt.
XVIII. — Il faut absolument avoir un ou deux qu'importe ; ce sont de vieux richards à qui on accorde de temps en temps quelques faveurs. On les fait financiers au besoin, et ils font aller la maison quand on est sans entreteneur.
XIX. — N'ayez jamais d'amies plus jolies que vous : elles pourraient vous soulever vos entreteneurs .
XX. — Quand vous allez en public avec une femme, tâchez qu'on dise toujours de vous : Voilà la plus jolie.
XXf . — Ne vous faites pas trop connaître ; on aime à dire : J'entretiens mademoiselle une telle qui est peu connue.
XXII. — Mettez-vous avec coquetterie, mais jamais avec indécence. Affectez un air modeste en public, et n'ayez jamais l'air coquine que dans le tête-à-tête.