XXIX. — Tâchez que quand vos entreteneurs
VOUS quittent, ils ne puissent pas dire du mal de vous, et conservez toujours avec eux quelques liaisons.
XXX. — Jouez bien le sentiment : allez souvent aux Français, pour y apprendre à jouer une scène de dépit, de rupture et de raccommodement. Il faut dans l'état de demoiselle entretenue être un peu comédienne.
XXXI. — Si vous pouvez avoir des étrangers pour entreteneurs, ne manquez pas de les choisir de préférence à tout autre.
C'est ordinairement pour peu de temps, et en les prenant par l'orgueil, ils dépensent beaucoup. Une demoiselle ne peut s'enrichir qu'en changeant souvent d'entreteneurs.
XXXII. — N'ayez jamais d'éntreteneur de bas étage, on n'aime pas à succéder à quelqu'un au-dessous de soi, mais à pouvoir dire : Ma maîtresse était ci-devant celte du duc, da marquis ou du comte an tel. Il faut même qu'une demoiselle, pour avoir un peu devog-ue, ait appartenu à quelque grand seigneur. Aussi doit-elle en prendre un, quand il devraii ne l'entretenir que très modiquement. Les financiers, vrais gens à enrichir, aiment à dire : On m'a préféré à un seigneur de la cour.
XXXIII. — Ne prenez jamais des joueurs pour entreteneurs. On est trop sujette aux caprices de la fortune, et à supporter des humeurs insupportables.
XXXIV. — On ne doit rien négliger pour être la maîtresse d'un ministre ; c'est le moyen de faire promptement fortune.
On vend les grâces, il faut se dépêcher et ne pas perdre un moment. Tel qui se couche ministre, se relève souvent sans l'être.
XXXV. — Un brevet d'opéra est des plus essentiels à avoir, afin de se soustraire aux ordres de la police. C'est assez aisé à obtenir : une faveur en est ordinairement le prix.
XXXVI. — Il est nécessaire d'avoir pour ami des tonneaux, autrement dit maquereaux, tels que l'abbé Ghautard(l), le baron de Vidersbach, afin qu'ils vous fassent des passades, et vous prônent aux étrangers et aux grands seigneurs. On doit bien faire son marché avec eux; ils ne sont pas très exacts pour les comptes.
XXXVII. — Un homme d'Église, tel qu'un gros bénéficier, un évêque n'est nullement à dédaigner : c'est, comme on dit, du bon bien à plumer. En outre, on peut facilement les tromper ; ils ne viennent qu'à des heures égales, et, à cause du décorum qu'ils sont obligés de garder, ils passent rarement les nuits : on peut facilement leur donner des substituts.