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Gazette musicale du 22 octobre

2. Le même jour, la Gazette musicale publiait la nouvelle suivante : — c Les journaux de Bruxelles annoncent la nouvelle du prochain mariage de mademoiselle Sophie Cruvelli avec M. Georges Yigier, second fils de M. le comte Yigier. » On sait qu*en effet mademoiselle Sophie Cruvelli est devenue depuis lors madame h baronne Yigier. C'est à partir de cette époque qu'elle renonça pour toujours à la carrière du théâtre.

gulièrement nos sympathies. Au-dessus du talent, il y a rhonneur, dont nul n'a le droit de se faire publiquement lin jouet. Partir ainsi, laissant la scène où Ton vous aime, où Ton vous applaudit, dans des embarras inextricables, partir furtivement, comme le ferait un commerçant qui voudrait tromper la confiance de ses créanciers, c'est là un fait sans exemple à rOpéra français et qu'on ne saurait assez flétrir.

Mademoiselle Sophie Cruvelli, dit-on, est sujette aux coups de tête. A Milan, à Gènes, à Londres, elle a eu avec les impresarii des démêlés qui ont mis à nu la légèreté de son caractère. Ces sortes de péchés lui sont donc familiers. Si elle est atteinte d'un grain de folie, qu'on la soigne une fois pour toutes ; avec des douches, on en viendra à bout. Si, au contraire, c'est avec réflexion qu'elle se livre à ces coupables fredaines, qu'on la mette à la raison et qu'on lui fasse sévèrement expier son inqualifiable conduite.

Voilà un théâtre qui comptait sur elle, qui la payait plus richement que l'on n'avait jamais payé aucun artiste; voilà un musicien. Verdi, l'honneur et la probité mêmes, celui-là, qui quitte tout exprès le pays de ses triomphes, l'Italie, pour venir consacrer à la cantatrice plus de six mois de son temps et les plus belles inspirations qu'il a pu trouver ; voilà un poète, M. Scribe, qui taille un splendide rôle à cette fenmie, dont le nom était devenu un talisman pour notre théâtre français : l'ingrate ! elle a méconnu tout cela ; et, brisant sans raison toutes ses amitiés, oubliant tout ce que l'on avait fait pour elle, pour sa

gloire, pour sa fortune, elle s'en va, emportant toutes les espérances du poète et du musicien.

Où pourra-t-elle chanter maintenant, qu'elle ne soit poursuivie par les sifflements de tous ceux qui connaîtront cet acte inouï? Si le remords peut pénétrer dans les replis' de son cœur, que mademoiselle Sophie Cruvelli fasse un retour sur elle-même, qu'elle plonge son regard dans l'avenir; elle sentira peutôtre le rouge lui monter au visage, et elle reviendra d'elle-même au bercail. Nous le souhaitons pour elle, nous le souhaitons pour l'art, nous le souhaitons pour nous, qui l'avons les premiers portée sur la scène des Italiens, il y a quatre ans, et qui n'avons cessé depuis de la suivre avec un ardent intérêt dans ses progrès et dans ses triomphes *.

La vérité est que l'on ne parvint pas à découvrir la retraite de mademoiselle Cruvelli, mais que la cantatrice, étonnée peut-être, et surtout effrayée du bruit qu'avait causé son escapade, finit par donner de ses nouvelles.

Pour préparer les esprits à son retour, elle commença par faire insérer dans le Courrier de Strasbourg la petite note suivante, qui prouve ^suffisamment que son excursion avait eu l'Allemagne pour objet : — « Mademoiselle Cruvelli, la célèbre fugitive du Grand-Opéra,

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