V. Musica e Musicisli
pour une longue excursion dans la haute Egypte, êl qu'il désirait assister à la première représentation à' Aida. Ce qui fut dit fut fait. La répétition du samedi a été en effet héroïque pour tous : il suffit de dire qu'elle dura de sept heures du soir à trois heures et demie du matin, en présence des abonnés, qui restèrent presque tous en place jusqu'à la lin, y compris les dames des loges et le vice-roi luimême avec toute sa suite.
Cette répétition générale décida du succès ; car, avec les abonnés présents, avec le théâtre éclairé, avec les artistes vêtus de leurs costumes, elle ne différa de la première représentation que par la longueur inusitée des entractes, causée par les préparatifs encore incomplets de la mise en scène. Comme à la représentation, il y eut des applaudissements, des ovations, des cris d'enthousiasme, et puis, dans les conversations animées qui se tenaient durant les entr'actes, une admiration réciproque pour ce grand travail, et une joie intime pour cet insigne honneur réservé au théâtre du Caire d'avoir donné la vie à une composition musicale si belle et si grandiose. Tous les morceaux, depuis le prélude jusqu'au duo final, furent applaudis et même interrompus par suite de la trop grande ferveur des impatients. Dans l'hymne qui clôt la première partie du premier acte se trouve un fort accord suspendu, qui fut suivi d'une explosion d'applaudissements ; Bottesini, impatienté de cette interruption intempestive, se tourna du côté du public en
criant, avec un pur accent milanais : L'è minga fenii (Ce n'est pas fini) ?
Quand, la répétition terminée, nous sortîmes du théâtre à trois heures et demie, nous étions tous enchantés et heureux d'avoir entendu la nouvelle musique du grand maître... Le plus satisfait de tous était assurément le khédive : il ne se tenait pas de joie, et voulut qu'on télégraphiât immédiatement en son nom à Verdi, pour le féliciter et le remercier.
On va voir que la première représentation, pour être donnée en Egypte, ne le cédait en rien aux solennités européennes de ce genre. Ici, je laisse encore la parole à M. F. Filippi :
La curiosité, la fureur du public égyptien d'assister à la première représentation A' Aida furent telles, que, depuis] une quinzaine de jours, toutes les places étaient accaparées, et qu'au dernier moment les spéculateurs firent payer au poids de l'or les loges et les fauteuils. Quand je dis le public égyptien, je parle spécialement des Européens ; car les Arabes, môme les riches, n'aiment point nos spectacles : ils préfèrent le miaulement de leurs cantilènes, les coups monotones de leurs tambourins à toutes les mélodies du passé, du présent et de l'avenir. C'est un vrai miracle de voir un turban dans les théâtres du Caire.
Dimanche soir, le théâtre de l'Opéra était comble bien avant que l'on commençât : les dames occupaient en grand nombre les loges, et aucune d'elles ne vint troubler l'attention par un bavardage intempestif ou par le frou-frou de ses vêtements. En général, je leur trouvai beaucoup de beauté et d'élégance, particulièrement en ce qui concerne les Grecques et les étrangères de haut parage, qui sont nombreuses au Caire ; je dois dire aussi, par amour de la vérité, qu'à côté des plus belles et des mieux mises, on voil chaque soir des i\\cr> coptes, israélites, avec d'étranges coiffures, des costumes impossibles, un hurlement de couleurs tel, qu'en le faisant exprès, on ne saurait inventer pire. Quant aux femmes du harem de la Cour, aucun ne peut les voir; elles occupent les trois premières loges ,î droite, au second rang, el une épaisse mousseline blanche cache leur visage aux regards indiscrets1...
1. M. Reyer,dont je vais reproduire les impressions au sujet d'Aïda, décrivait ainsi la salle du théâtre du Caire : — a Le théâtre du Caire est disposé et aménagé intérieurement comme la plupart des théâtres italiens ; il n'y a ni stalles de galerie, ni stalles de balcon, et les baignoires dominent l'orchestre. La décoration, or mat sur fond blanc, est d'un goût parfait; l'intérieur des loges est rouge foncé, le devant est garni de tentures en velours de la même couleur ; un vestibule à colonnades précède l'entrée de l'orchestre et donne accès à deux escaliers latéraux qui conduisent aux étages supérieurs. Le foyer est au second étage; il est spacieux et magnifiquement orné; on s'y promène pendant les entr'actes. Les spectateurs à tarbouch viennent dans le vestibule et y fument leur cigarette en lisant avec beaucoup de gravité une alliche qui leur interdit de fumer. »
Il va sans dire que le succès fut aussi grand à la représentation qu'il l'avait été à la répétition ; il faut ajouter qu'il fut unanime, et qu'il ne se trouva pas une voix pour le contester. Ce n'est pas, je pense, sans quelque intérêt qu'on me verra rapporter ici l'impression du seul critique français qui assistât à l'apparition de cette œuvre nouvelle d'un maître illustre. Voici comment M. Reyer s'exprimait après avoir entendu cette œuvre, voici les premières lignes imprimées qui parurent en France au sujet d'Aïcla2 :
L'opéra de M. Verdi eût été médiocre, je
l'eusse dit sans détour; il a réussi, il méritait de réussir : je suis heureux d'en répandre la bonne nouvelle et de féliciter le maestro, auquel, on le sait, je n'ai jamais témoigné ni beaucoup d'admiration ni une bien grande sympathie...
A ceux qui nient le mouvement en musique, M. Verdi vient de répondre comme le philosophe de l'antiquité : il a marché. Certes ! l'ancien Verdi subsiste encore; on le retrouve dans Aida avec ses exagérations, ses brusques oppositions, ses négligences de style et ses emportements. Mais un autre
2. Feuilleton du Journal des Débats du 16 janvier 1872, reproduit dans le volume intitulé : Notes de musique.
Verdi atteint de germanisme s'y manifeste aussi, usant d'une manière fort habile, avec une science et un tact qu'on ne lui soupçonnait pas, de tous les artifices de la fugue et du contrepoint, accouplant les timbres avec une ingéniosité rare, brisant les vieux moules mélodiques, même ceux qui lui étaient particuliers, caressant tour à tour les grands récits et les longues mélopées, recherchant les harmonies les plus nouvelles, les plus étranges quelquefois, les modulations les plus inattendues, donnant à l'accompagnement plus d'intérêt, souvent plus de valeur qu'à la mélodie elle-même; enfin, comme le disait Grétry en parlant de Mozart, mettant parfois la statue dans l'orchestre et laissant le piédestal sur la scène. Je n'ai jamais bien saisi la justesse de cette expression; mais elle est tellement acceptée, que je m'en sers sans le moindre scrupule.
Ah! il ne faut pas qu'on vienne me dire maintenant : « M. Verdi vit dans l'isolement le plus complet et reste absolument indifférent à toute œuvre nouvelle, à tout système nouveau. » On m'assurait il y a quelques années qu'il n'avait jamais lu Don Juan. C'est bien possible, mais il Ta lu depuis, et il a même été beaucoup plus loin. Je suis bien certain que les œuvres de Richard Wagner lui sont familières et celles de Berlioz pareillement. Il a dû aussi étudier quelque peu les partitions de Meyerbeer et se rendre compte des procédés de M. Gounod, qui ne sont pas ceux du premier venu. Ses études en ces différents genres n'étaient peut-être qu'ébauchées quand il a
écrit Don Carlos ; elles sont fort avancées, sinon absolument complètes aujourd'hui. Et, s'il persiste dans sa nouvelle manière, le maestro Verdi, pour quelques enthousiasmes qui se refroidiront autour de lui, opérera bien des conversions et se fera bien des adeptes, même dans les cénacles où jusqu'à présent il n'était guère admis.
Ce n'est certainement pas la transformation de Gluck, ni celle de Rossini, ni celle de Meyerbeer, passant de Margarita d'Angiù ou du Crociato à Robert le Diable, mais enfin c'est quelque chose de plus qu'une simple évolution, et ceux qui connaissent la nature abrupte et le caractère indiscipliné du maître italien verront dans les velléités et dans les tendances que révèle la partition d'Aïda beaucoup plus et beaucoup mieux que de vagues promesses pour l'avenir 1.
1. Il est peu supposable que, comme le donne à entendre M. Reyer, Verdi ait ignora pendant longtemps la partition de Don Juan. Au reste, on a répondu à cette allégation, un peu hasardée, par la curieuse anecdote suivante : — « Don Juan fut mis en scène a la Scala, en 1834, par Lavigna, le maitre de Verdi, et, à part quelques interruptions, il fut représenté pendant presque toute une année, tellement le succès en fut giand. Or, pendant les soirées que VerJi avait coutume de passer chez Lavigna, celui-ci, après avoir causé quelque temps, ne manquait jamais de lui dire : « Giuseppe, voyons un peu Don Juan; » puis, se mettant au piano, il le jouait d'abord, et l'analysait ensuite. La chose dura pendant toute l'année, si bien qu'à la fin, pour dire la vérité, Verdi était rassasié de Don Juan. Il le savait par cœur, il l'admirait, le respectait, mais il en eut une indigestion qui persista pendant longtemps. »
On a vu plus haut que Verdi s'était réservé le droit de faire représenter Aida à Milan aussitôt après son apparition au Caire. m En effet, tandis que l'œuvre était donnée en celte dernière ville, on s'en occupait activement à la Scala, où elle put être jouée six semaines plus tard, le 7 février IK72. Il n'est pas besoin de dire si, là aussi, en ce berceau de la gloire et de la renommée du maître, sou succès fui éclatant et spontané. Le soir même de la première représentation, après le deuxième acte, une députation d'artistes s'approcha de Verdi et lui offrit un superbe sceptre en ivoire orné d'une étoile en diamants, semblable à celui que porte le roi d'Egypte dans l'opéra ; sur ce sceptre était tracé en rubis le nom dMWa, tandis que celui de Verdi se détachait en pierres précieuses sur une branche de laurier. Ce cadeau princier était dû à une souscription ouverte entre les premières familles milanaises.
Les interprètes (YAïda à Milan étaient Mesdames Teresina Stolz et Waldmann, MM. Fancelli, Pandolfini et Maini, c'est-à-dire justement ceux-là mêmes qui, un peu plus tard, vinrent exécuter l'ouvrage à Paris. Je dois dire
que c'est indirectement à madame Stolz que l'on doit la composition du seul quartetto pour instruments à cordes que Verdi ait jamais écrit. Au commencement de 1873, alors qu'on préparait au théâtre San-Carlo, de Naples, la représentation d'Aïda, et que madame Stolz devait encore en remplir le principal rôle, cette grande artiste tomba subitement malade, et de telle façon, que les études de l'œuvre durent être complètement interrompues. Verdi, qui s'était rendu à Naples pour diriger ces études et qui n'a jamais pu supporter l'inaction, ne savait comment employer les loisirs forcés qui lui étaient ainsi faits. C'est alors qu'il eut l'idée d'écrire ce quatuor en forme libre, dont le finale, on le sait, offre pourtant une fugue rigoureuse avec tous ses développements. C'est le cas de dire qu'à quelque chose malheur est bon. — Madame Stolz, seule, aurait le droit de n'être pas de cet avis *.
1. Le retard apporté à la représentation d'Aïda à Naples n'entrava, du reste, en aucune façon le succès de l'œuvre, qui fut accueillie avec une véritable frénésie d'enthousiasme. On en aura la preuve dans ces lignes, qu'un excellent critique de cette ville, M. Carlo Caputo, envoyait alors à un journal de Venise, la Scena :
« En somme, — disait-il en parlant des premières
représentations, — c'a été un événement unique dans les fastes
J'ai à peine besoin de dire que Aida fit rapidement son tour d'Italie, il suo giro (Tltalia, portée sur les ailes du succès. Pourtant, tandis qu'elle excitait un enthousiasme général, elle ne laissait pas que de susciter, comme tous les chefs-d'œuvre, certaines protestations individuelles, dont quelques-unes, il faut l'avouer, prirent une forme vraiment originale. Entre autres, j'en vais faire connaître une qui est assurément un modèle en son genre.
Voiei la lettre qu'un mélomane, — ou un
de San-Carlo, et les plus vieux habitués du théâtre ne s'en rappellent pas de semblable. Si Naples était Paris, qui tire parti de tout, en ce moment nous aurions déjà VAïda appliquée à tous les objets indispensables au confortable de la vie. Ce qui du moins, sans aucun doute, subsistera pour l'avenir de cet événement sera ceci : c'est que, lorsqu'on voudra dire d'un concert, d'un spectacle, d'un chanteur, d'un virtuose, d'un compositeur, etc., qu'il a obtenu le maximum du succès, on ajoutera que c'a été un succcesso alVAïda.
« Eî le succès (VAïda n'a pas seulement atteint le maximum, mais il l'a dépassé, et de plusieurs kilomètres. Vous aurez certainement pu en juger d'après les comptes rendus des journaux locaux ; ce que je puis vous garantir, c'est que les récits des chroniqueurs et dos feuilletonistes sont choses bien pâles, mises en regard de la réalité. Nous avons vécu pendant plusieurs jours d'une vie qui depuis longtemps semblait éteinte à Naples. C'était un désir, une frénésie, quelque chose comme une scène des Mille et une Nuits, une harmonie, une effluve, une volupté enivrante, qui, partant des gosiers des chanteurs, des entrailles de l'orchestre, des décorations de la scène, de la perfection de l'ensemble, et surtout de l'œuvre gigantesque du compositeur, trouvaient l'écho de leurs notes dans chaque fibre
mélophobe ! — adressait à Verdi, après avoir assisté à une représentation à' Aida :
Reggio (Emilie), 7 mai 1872.
Très honoré Monsieur Verdi,
Le 2 de ce mois, je me rendis à Parme, attiré par le bruit que faisait votre opéra d'Aïda. Une demiheure avant le commencement de la pièce, j'étais déjà à ma place, n° 120, tant était grande ma curiosité. J'ai admiré la mise en scène, j'ai écouté avec plaisir les excellents chanteurs, et je me suis efforcé de ne rien laisser échapper. A la fin de l'opéra, je me demandai sî j'étais satisfait, et la réponse fut néga-
de milliers de spectateurs, et de milliers d'autres qui se pressaient à l'entrée du théâtre, dans lequel ils n'avaient pu trouver place, — et qui se répandaient comme l'électricité, jusqu'à donner lieu enfin à cette démonstration fantasmagorique à l'aide de laquelle on voulut honorer Verdi, depuis les portes de San-Carlo jusqu'à celle de sa demeure à l'hôtel Crocelle. Et quajid ces magiques trompettes droites, à la demande instante de la foule applaudissante, entonnèrent de nouveau sôus les fenêtres de Verdi la marche triomphale caractéristique et inspirée du second acte d'Aïda, à la clarté de mille et mille flambeaux qui illuminaient la plage du Chiatamone, ceux qui à cette heure pouvaient se trouver en mer, sur cette mer placide et tranquille comme une nuit d'été, doucement éclairée par les pâles rayons de la lune, ceux-là durent croire vraiment que la Sirène ressuscitée faisait entendre de nouveau sa voix l'aseinatrice, et invitait toutes les Nymphes du golfe enchanté à se lever et à entonner un hymne à la louange du grand maestro. » — (La Scena, de Venise, 19 avril 1873.)
tive. Je repartis pour Reggk) et j'écoutai, dans le wagon du chemin de fer, les jugements qu'on portai I sur Aida. Presque tous s'accordaient à la considérer comme une œuvre de premier ordre .
L'envie me prit alors de l'entendre de nouveau, et, le 4, je retournai à Parme; je fis des efforts diaboliques pour obtenir une place réservée; comme l'affluence était énorme, je fus obligé de jeter cinq lires (cinq francs), pour assister commodément à la représentation.
J'en arrivai à celte conclusion : c'est un opéra dans lequel il n'y a absolument rien qui enthousiasme ou électrisc, et, sans la pompe du spectacle, le publie ne le supporterait pas jusqu'à la fin. Quand il aura fait salle comble deux ou (rois fois, il sera relégué dans la poussière des archives.
Vous pouvez maintenant, cher monsieur Verdi, vous figurer mon regrel d'avoir dépensé en deux fois trente-deux lires; ajoutez-y celle circonstance aggravante que je dépends de ma famille, et que cet argent trouble mon repos comme un spectre effroyable. Je m'adresse donc franchement à vous, afin que vous m'envoyiez cette somme. En voici le compte :
Chemin de fer : aller . . . Lires. 2 60
— retour 3.30
Théâtre 8 »
Détestable souper à la gare. ... 2 »
Deux fois X 2
Total. . . . Lires. 31 80
Dans l'espoir qne vous me tirerez de cet embarras, je vous salue de cœur.
Bertani.
Mon adresse : Bertani Prospero, via San-Domenico, n° 5.
On s'imagine aisément la surprise du compositeur à la réception de cette missive; toutefois il prit la chose du bon côté, et, prenant pour intermédiaire son éditeur, M. Ricordi, il le chargea de satisfaire cet ingénu contempteur cVÂÏda, mais en lui faisant jurer qu'on ne l'y reprendrait plus :
... Vous pouvez bien (écrivait-il à M. Ricordi), vous pouvez bien vous imaginer que, pour sauver un fils de famille des spectres qui le poursuivent, je payerai volontiers la petite note qu'il me transmet. Je vous prie donc de faire parvenir par l'un de vos correspondants à ce M. Prospero Bertani, via San-Domenico, n° 5, la somme de 27 lires 80 centimes. Ce n'est pas le chiffre qu'il demande ; mais que je paye encore son souper par-dessus le marché, ma foi! non. Il pouvait très bien manger chez lui.
Il est bien entendu qu'il vous délivrera un accusé de réception, et, de plus, une petite contre-lettre, dans laquelle il s'engagera à ne plus entendre mes nouveaux opéras, de manière à ne plus s'exposer aux menaces des spectres et à m'épargner de nouveaux frais de voyage...
L'éditeur M. Ricordi croyait à une mystification, et écrivit à Réggio avec la présomption de n'y découvrir aucun Bertani. Cou lie son attente, celui-ci existait parfaitement; les négociations lurent rapides, et la somme offerte par Verdi lut échangée contre le petit reçu conditionnel dont voici la teneur :
Reggio, 15 mai 1872,
Je soussigné reconnais avoir reçu du maestro G. Verdi la somme de 27 lires 80, à titre de remboursement de mes frais de voyage à Parme pour entendre Aida, le maître ayant trouvé juste que cette somme me fût restituée, puisque je n'avais pas trouvé son opéra de mon goût. 11 est en môme temps convenu qu'à l'avenir je ne ferai plus de voyage pour entendre de nouveaux opéras du maître, à moins qu'il ne se charge entièrement des dépenses, quelle que puisse être mon opinion sur ses ouvrages.
En foi de quoi j'ai signé.
Bertaxi Prospero.
J'ai à faire connaître un autre incident, non moins comique, relatif à Aida; mais celui-ci ayant trait en même temps au Requiem, j'en parlerai plus loin, lorsqu'il sera question de ce dernier ouvrage.
Dans les premiers mois de 1873 mourait à Milan, chargé d'ans et de gloire, l'un des hommes les plus justement célèbres de l'Italie contemporaine, l'un des plus grands patriotes, l'un des poètes les plus exquis qu'ait produits cette terre si fertile sous ce double rapport : je veux parler d'Alessandro Manzoni. J'eus l'occasion de voir à Milan même, quelques semaines après, combien était touchant, unanime, le culte que les Milanais avaient voué à la mémoire de leur vertueux et illustre concitoyen.
Son nom avait été aussitôt donné à l'une des plus belles rues de la ville, l'ex-ina del Giar-
dino, qui va de la pince de la Scala à la place Cavour ; on s'était empressé de mettre sous son invocation un nouveau et charmant théâtre, qui prit ainsi le nom de théâtre Alessandro Manzoni ; une souscription nationale était ouverte pour lui ériger un monument, et certains offices publics recevaient des offrandes à cet effet ; des études sur sa vie et sur ses œuvres étaient publiées de tous côtés1, tandis qu'une édition populaire était faite de son roman célèbre, i Promessi Sposi, qui s'étalait aux vitrines de tous les libraires et de tous les kiosques et que des marchands ambulants vous offraient partout, sur la place du Dôme, sur celle de la Scala, dans les galeries Victor- Emmanuel, etc.; enfin, chez tous les marchands on retrouvait son image, en gravure, en lithographie, en photographie ; son buste se voyait partout, et l'on pouvait contempler son portrait jusque sur les boîtes d'allumettes que des bambins vous offraient dans les rues pour
1. Je citerai enire autres: Alessandro Manzoni, par Francesco Trevisan ; Alessandro Manzoni, studio biografico e critico, par Vittorio Bersezio, l'adorable conteur piémontais ; Alessandro Manzoni) osia il progresso morale, civile e letterario, par le docteur Angelo Buccellato (2 vol.) ; la Mente di Alessandro Manzoni, par Giuseppe Rovani.
un sou. Si jamais grand poète a provoqué, à son lit de mort, la reconnaissance de ses compatriotes, on peul dire que c'est Fauteur de Carmagnola, d'Adelghis et des Hymnes sacrées.
Verdi, (prune affection profonde unissait à Manzoni et qui ressentait pour lui une sorte de respect filial, était à sa villa de Sajit'Agata lorsque se répandit la nouvelle de sa mort. 11 en éprouva un très vif chagrin, et pendant quelque temps pesta sombre et pensif, comme dominé par une préoccupation intérieure. Un jour, s'adressant à un ami qui se trouvai! en villégiature chez lui, il lui demanda s'il voudrait l'accompagner jusqu'à .Milan, où il avait à faire. Sur la réponse affirmative de celui-ci, tous (\(>u\ se mirent en route, et c'est seulement alors que Verdi confia à son ami la pensée qu'il avait eue et le dessein qu'il poursuivait d'écrire une messe de Requiem, destinée à célébrer solennellement le premier anniversaire de la mort du grand poète.
Arrivé à Milan, le maître descendit, selon son habitude, à VAlbergo Milano, et écrivit aussitôt au sénateur Belinzaghi, syndic de la ville, pour lui faire part de son projet, s'offrant à composer un Requiem qui serait exécuté, Tan-
née suivante, pour l'anniversaire de Mnnzoni. Le syndic se rendit immédiatement chez Verdi pour lui faire une visite personnelle de remerciement, et, le jour même, adressa une convocation extraordinaire aux membres du municipe, pour les informer de la proposition qui lui était faite. L'offre fut acceptée, comme on peut le penser, et par un vote unanime. Le conseil rédigea ensuite une adresse de remerciements au maître, et il fut décidé, séance tenante, que l'exécution du Requiem aurait lieu dans l'église sur laquelle Verdi fixerait son choix ; que tous les frais seraient à la charge de la municipalité; enfin que des invitations seraient adressées aux plus grands artistes de l'Italie, chanteurs et instrumentistes, pour les engager à prendre part à cette solennité tout ensemble artistique et patriotique 1 .
1. Voici la lettre par laquelle Verdi répondit à l'adresse de la junte municipale :
• « Illustrissime seigneur syndic,
» Il ne m'est pas dû de remerciements ni par vous, ni par la junte, pour l'offre que j'ai faite d'écrire une messe funèbre pour l'anniversaire de Manzoni. C'est une impulsion, ou, pour mieux dire, un besoin de mon cœur qui me pousse à honorer, autant qu'il m'est possible, ce grand homme, que j ai tant estimé comme écr.yain et vénéré comme homme, et qui élai: un modèle de vertu et de patriotisme.
» Quand le travail musical sera assez avancé, je ne man-
Tout cela bien établi, Verdi partit pour la France, et c'est ici, à Paris, pendant l'été de 1873, qu'il écrivit la plus grande partie de sa messe, dont un morceau, le Libéra me, était déjà composé. L'histoire de ce morceau vaut d'être racontée; car elle rappelle des fails intéressants.
Lors de la mort de Rossini (13 novembre 1868), Verdi avait eu déjà l'intention de faire exécuter, en l'honneur du maître illustre que l'Italie avait vu naître et que pleurait le monde, un Requiem inédit. Mais ce Requiem ne devait pas être écrit entièrement par lui, et ses idées à ce sujet étaient nettement exposées dans la lettre suivante, qu'il adre alors à son vieil ami M. Tito Ricordi, le célèbre éditeur de musique de Milan :
querai pas de vous faire savoir quels éléments seront nécessaires afin que l'exécution soit digne et du pays et de l'homme dont tous déplorent la perte.
» Avec la plus profonde estime et considération, j'ai l'honneur de me dire,
» Illustrissime seigneur syndic, » Votre bien dévoué, » G. Verdi.
» Sant-Agata, 9 juin 18" 3. p
SA VIE' E r S E S ( E U V Et E S 2 M!
Sant'Agafa, 18 novembre L868.
Mon cher Ricordi,
Pour honorer l'a mémoire de Rossini, je voudrais que les compositeurs les plus distingués de l'Italie (Mercadante en tête, ne fût-ce que pour quelques mesures) composassent une messe de Requiem à exécuter à l'anniversaire de sa mort. — Je voudrais que non seulement les compositeurs, mais aussi tous les exécutants, outre leur concours personnel, offrissent leur obole pour payer les frais. Je voudrais qu'aucune main étrangère à l'Italie ou à l'art, quelle que fût sa valeur, ne vînt à notre aide ; sans cette condition, je me retirerais aussitôt de l'association.
La messe devrait être exécutée dans l'église San- Petronio, de Bologne, qui a été la vraie patrie musicale de Rossini. Cette messe ne devrait être un objet ni de curiosité ni de spéculation ; mais, aussitôt après son exécution, elle devrait être scellée et placée dans les archives du Lycée musical de Bologne, d'où jamais on ne pourrait la retirer ! Peut-être cependant pourrait-on faire exception pour les anniversaires de Rossini, quand nos descendants voudraient les célébrer.
Si j'étais dans les bonnes grâces du Saint-Père, je le prierais de vouloir bien permettre, au moins pour cette seule fois, que les femmes prissent part à l'exécution de cette inesse 1 ; mais, comme je n'y suis
1. On sait que l'Église ne permet pas aux femmes de chanter dans les temples ; ce n'est que par exception qu'elle veut bien leur en accorder parfois l'autorisation.
pas, il faudra trouver une autre personne plus propre que moi à atteindre ce but.
Il faudra instituer une commission d'hommes intelligents pour régler l'ordre de celle manifestation, et surtout pour choisir les compositeurs, distribuer les morceaux et veiller à la forme générale de l'œuvre.
Cette composition (quelle que puisse être la beauté des morceaux séparés) manquera nécessairement d'unité musicale ; mais, si elle offre des défauts sons ce rapport, elle suffira néanmoins à démontrer combien est grande chez nous la vénération pour l'homme dont le monde entier déplore la perte.
Adieu. Crois-moi ton affectionné.
G. Verdi.
Cette idée fut accueillie par les artistes avec la plus grande faveur. L'œuvre projetée fut divisée en treize parties, qui furent confiées à treize compositeurs. Toutes les mesures furent rigoureusement prises, la forme et la tonalité de chacun des morceaux furent déterminées, et la messe se trouva partagée de la façon suivante :
N° 1 . — Requiem œternum (en sol
mineur) M. Buzzola.
N° 2. — Dies irœ (ut mineur) . . M. Bazzini.
N° 3. — Tiibamirum(mi\> \m\wuv) M. PedtOtti.
N° 4. — Quid siim miser (la j?
majeur) M* Cagnoni.
N° 5. — llecordare (fa majeur). . M. F. Ricci.
N° 6. — Ingemisco (la mineur). . M. Nini.
N° 7. — Confutatis (ré majeur) . M. Boucheron. N° 8. — Lacrymosa (sol majeur, et
ut mineur) M. Coccia.
N° 9. — Domine, Jesu (ut majeur) M. Gaspari.
N° 10. — Sanctus (ré b majeur). . M. Platania.
N° H. — Agnus Dei (fa majeur) . M. Pétrel la.
N° 12. — Lux œterna (la b majeur) M. Mabellini.
N° 13. — Libéra me (ut mineur) . M. Verdi 1.
On avait réservé à Verdi, comme étant le chef de l'école italienne moderne, la dernière page de l'œuvre, celle qui devait clore cette grande manifestation imaginée par lui en l'honneur du plus grand maître italien du XIXe siècle. La messe fut écrite en entier ; mais, je ne sais par suite de quelles circonstances, indépendantes de la volonté des compositeurs, le projet ne put être mis à exécution, et l'œuvre ne put voir le jour.
1. On voit que malgré le désir exprimé par Verdi, le nom de Mercadante ne trouvait point place dans cette liste. Le grand âge et le faible état de santé de ce patriarche de h musique italienne, qui comptait alors 73 ans et qui était aveugle depuis plusieurs années (il mourut moins de deux ans après) l'empêchèrent sans doute de prendre sa part de ce travail.
Verdi avait été l'un des premiers à envoyer son morceau, qu'il réclama par la suite, ainsi que firent tous ses confrères. Il le fit entendre un jour à un ami, précisémenl celui qui l'accompagna à Milan au sujet de l'hommage qu'il voulait rendre à Manzoni, et cet ami, après avoir lu attentivement la partition, lui dit:
— Une page aussi belle vous inspirerait une messe admirable. Vous devriez écrire ce Requiem en entier.
Ainsi fit-il, on l'a vu, et dans quelles circonstances.
Lorsque son Requiem fut achevé, Verdi se rendit à Milan, où l'on commença à prendre toutes les dispositions nécessaires à l'exécution. L'église choisie fut celle de San-Marco ; les chanteurs désignés par le maître étaient mesdames Teresina Stolz et Waldmann, MM. Gapponi et Maini, l'orchestre fut formé de cent exécutants et le chœur de cent vingt, le tout réuni sous la direction du compositeur. La date fut fixée au 22 mai 1874, et de toutes les parties non seulement de l'Italie, mais de l'Europe, c'est-à-dire de France, d'Allemagne, d'Autriche,
etc., les musiciens, les critiques, les dillettantes, les curieux affluèrent à Milan.
•Le succès à l'église fut immense. En dehors de la valeur de l'œuvré, il faut dire que l'exécution fut merveilleuse, non seulement de la part des solistes, tous artistes éprouvés et doués de voix admirables, mais aussi de celle de l'orchestre, où l'on trouvait les chefs d'attaque de tous les grands théâtres d'Italie, et, en ce qui concerne les chœurs, presque exclusivement composés d'un grand nombre de chanteurs des grandes scènes lyriques, auxquels s'étaient joints les meilleurs élèves du Conservatoire de Milan.
Après la solennité, le syndic, M. Giulio Belinzaghi, adressa à Verdi une lettre officielle de remercîments à laquelle celui-ci répondit dans les termes suivants :
Illustrissime seigneur syndic,
La douloureuse nouvelle de la mort de Manzoni m'a poussé à écrire la messe de Requiem. Ce fut un élan du cœur, un tribut de respectueuse affection, l'expression de mon chagrin.
C'est pour moi maintenant une très grande satisfaction de savoir de vous, Monsieur le syndic, que cet acte de ma part a pu être agréable à Votre Sei-
gneuric et à la municipalité qu'elle représenté si dignement.
Je vous remercie pour les paroles courtoises que vous voulez bien me faire parvenir, et je vous renouvelle les sentiments de mon estime.
Votre tout dévoué,
G. Verdi.
Milan, 25 mai 1874.
Mais le syndic ne se tint pas pour satisfait de l'unique exécution qui avail eu lieu i\ San- Marco, et il demanda à Verdi l'autorisation de laisser exécuter sa messe trois fois au théâtre de la Scala, afin de donner à tous ceux — et ils étaient nombreux — qui n'avaient pas été assez heureux pour assister à la cérémonie, la possibilité d'entendre une œuvre si belle et si émouvante. Non seulement le maître accéda volontiers à ce désir, mais il déclara qu'il dirigerait encore en personne la première de ces trois exécutions, les deux autres étant confiées à l'habileté de M. Franco Faccio, le chef d'orchestre de la Scala 4. On conçoit ce que fut le
1. Verdi ne pouvait faire plus. Son collaborateur pour Aida, M. Camille du Locle, alors devenu directeur de l'Opéra-Comique, avait exprimé le désir de faire exécuter le Requiem à ce théâtre, par les artistes qui le chantaient à Milan. Des ar-
SA VIE ET SES ŒUVRES 2<i I
succès au théâtre, où les assistants, n'étant plus tenus à la même réserve, pouvaient laisser un libre cours à leur enthousiasme. Toutefois, et pour donner une idée exacle de la réception que les spectateurs de la Scala firent à cette œuvre magnifique, il ne me semble pas sans intérêt de reproduire ici ce fragment du compte rendu qu'en lit un journal de Milan, il Sole :
La scène avait été disposée en salle de concert; d'un côté, à gauche, avait été massé l'orchestre ; de l'autre, à droite, on avait placé toutes les forces chorales. Devant celles-ci, dans un bel ordre, étaient réunies les braves et belles élèves de notre Conservatoire, entièrement vêtues de blanc, avec une écharpe de velours noir en sautoir.
Lorsque le cadran du théâtre indiqua neuf heures, les quatre artistes chargés des soit, la Stolz, la Waldmann, Capponi et Maini entrèrent en scène. La Stolz portait un gracieux costume de soie bleue garnie de velours blanc, et la Waldmann était habillée tout en rose. L'apparition de ces vaillants artistes fut le premier signal des applaudissements, qui devinrent forrangements furent pris à cet effet, et huit jours» exactement après la cérémonie de San-Marco, le 29 mai, on entendait effectivement le chef-d'œuvre sur la scène de FOpéra-Comique. Mais Verdi, obligé de venir ici, avant ses chanteurs, pour faire répéter les chœurs et l'orchestre, dut quitter Milan aussitôt la première exécution dirigée par lui à la Scala.
midables quand Verdi se présenta. Mais celui-ci, sévère comme toujours, se plaçant à son pupitre, au centre du théâtre ei devant les quatre chanteurs qui étaient auprès de l'orchestre, donna Je signal de l'attaque, et les applaudissements cessèrent comme par enchantement.
Suivre tous les morceaux un à un sérail chose tériellement impossible; niais nous dirons cependant que tous furent applaudis avec frénésie. Le Dies irœ, avec tous les épisodes qui Je composent, plut surtout d'une façon extraordinaire.
Mais ce fut à l'offertoire que L'enthousiasme commença à ne plus connaître de bornes, et l'on voulut absolument entendre deux lois cet admirable quatuor avec chœurs. On redemanda aussi le Sanclus, fugue à deux chœurs, qui fut exécuté d'une façon surprenante. La magique baguette de Verdi semblait avoir électrisé tous Jes exécutants.
A YAcjnus Dei, les applaudissements se changèrent en hurlements, et des hurlements étouffés éclatèrent aussi durant l'exécution, tellement est puissante l'inspiration qui en déborde. Et le public, bien qu'il eût exigé la répétition des deux morceaux précédents, et que les égards qu'il devait aux artistes lui conseillassent de ne pas insister au sujet de celui-ci, ne put se retenir de crier unanimement bis. Ce ne fut qu'une exclamation, si violente et si formidable, que Verdi ne put faire moins que de lui obéir avec courtoisie.
Après que l'offertoire eut été redit, une couronne
d'argent fut présentée à Verdi sur un élégant coussin, tandis que le public applaudissait avec frénésie.
On voit avec quel enthousiasme le public milanais accueillit l'œuvre de son musicien de prédilection1. Le succès ne fut pas moins grand ici, à l'Opéra-Comique, où, comme je l'ai dit, le Requiem fut exécuté huit jours après Milan, et avec les mêmes chanteurs. Quatre auditions en furent données, qui attirèrent une foule prodigieuse, et qui furent loin pourtant de satisfaire l'empressement du public. Aussi, aux mois d'avril et de mai de l'année suivante, on en donna huit autres, toujours sous la direction de l'auteur ; cette fois encore, mesdames Stolz et Waldmann prêtaient au maître le concours de leur talent superbe,
1. L'exécution du Requiem dans l'église San-Marco, faite dans des conditions artistiques d'une supériorité absolument exceptionnelle, n'avait pourtant coûté que la somme modique de sept mille francs. On n'avait eu à solder que les frais matériels, tous les exécutants, en tête desquels les quatre chanteurs solistes, s' étant refusés à recevpir aucune espèce de rétribution. Mais la municipalité n'eut même pas à débourser ces sept mille francs. L'éditeur de Verdi, M. Ricordi, d'accord avec le maître, organisa les trois exécutions de la Scala de telle façon qu'il put verser dans la caisse municipale une somme de huit mille francs, qui couvrait, et au delà, les dépenses faites pour la cérémonie de San-Marco.
mais leurs premiers partenaires étaient remplacés par deux autres chanteurs, MM. Masini et Medini1.
Et ce sont les mêmes artistes qu'on retrouve Tannée d'ensuite au Théâtre-Italien, en compagnie de MM. Pandolfini et de Reszké, pour faire connaître enfin au public parisien cette noble et touchante Aida, que ce public était l'un des derniers de l'Europe à entendre et à applaudir. C'est dans ce but que l'éditeur français de Verdi, Léon Escudier, avait pris la direction de notre scène italienne, fermée depuis plusieurs années2. Comme il avait fait pour son Requiem, le compositeur vint ici surveiller les études de son œuvre, et il dirigea en personne l'exécution des deux premières représentations, confiant ensuite ce soin à son
1. Après la troisième audition, le ministre des beaux-arts annonçait à Verdi qu'il était nommé commandeur de la Légion d'honneur.